‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 85 sur 116 · SI LA POPULATION DU QUIRINAL FORMAIT UNE VILLE SABINE · texte numérisé non relu

SI LA POPULATION DU QUIRINAL FORMAIT UNE VILLE SABINE

nulle part ce culte ne prit de plus grands développements que dans les villes latines d'Antium (1) etdoPréneste (2). La réputation des sortes PraenestinsB ^ qui était ancienne, a duré jusqu'au triomphe du Christianisme (3). On ne voit pas que la déesse Salus, souvent invoquée dans les prières publiques des Romains (4), ait eu chez eux une deuxième résidence, mais on a découvert des monuments qui lui sont dédiés dans le Latium (5) et dans le Picenum (6). En revanche , il y avait près du grand Cirque un second temple du Soleil dont l'antiquité est attestée par Tacite (7). Dans le même voisinage, il y en avait un autre, plus récent il est vrai, consacré à Flora (8). On trouve un temple de Semo Sancus dans Tîle Tibérine (9). Tite-Live en mentionne un autre à Vélitres (10). Une inscription publiée par M. Henzen nous en fait connaître un à Marino (11). Les Semones, génies qui présentent quelque analogie avec les Lares (12), sont nommés dans le fameux chant des Arvales (13). Quelle que soit Tétymologie de ce mot, qu'il vienne du se privatif et d'/iomo, ainsi que le pense M. Mommsen (14), ou de la racine serere^ suivant l'opinion de M. Preller (15), il n'y a pas lieu, pour l'expliquer, de faire intervenir un autre dialecte que le latin, ou, pour mieux dire, une autre langue que celle d'où émanent tous les dialectes italiens. L'étymologie du mot Sancus, que l'on ne manquera pas de rapprocher des mots sanctus, sancio (16), n'offre rien de plus particulier. Ce n'est pas que l'on entende mécon-

(1) Horace, Odes, I, 29. Tac, Ânn,, III. 71.

(2) V. Fernique, Etude sur Prénestej p. 74, etc.

(3) Gic, de divin. , II, 41. Il y avait un fanum Fortunx en Ombrie. V. Front , de timitibuSj Lachmann, Gromatici veteres, p. 30.

(4) V. Preller, o. c, p. 60U

(6) md.y 179.

(7) Ann., XV, 74. « Vêtus œdes apud Circum. » V. Becker, Alterth,, I, p.-469/ Est-il besoin de rappeler que le culte du Soleil est répandu dans toute l'antiquité?

(8) Il avait été bâti en 514 u. c. = 240 ou 516 o. c. = 238 par les édiles L. et M. Publicius, fondateurs des ludi florales. V. Marquardt, Staastverv),, HI, p. 481. Becker, ihid., p. 472.

(9) Becker, t&id., p. 652,

(10) XXXII, l.

(il) 6999.

(12) V. Preller, o. c, p. 79, et Momms., C. 1. 1., I, 28.

(14) Ibid.

(16) Preller, o. c, p. 634.

naître le caractère propre de cette dernière divinité. Il est certain qu'elle a été adoptée de préférence par les races sabelliques. On sait le rôle important qui lui a été prêté dans leurs traditions nationales. Sancus est leur premier roi, en môme temps que le père de leur héros éponyme Sabus (1). D'autre part , un texte de Paul Diacre nous apprend que les Aurelii , plus correctement Auseli, originaires de la Sabine, avaient obtenu du peuple romain un emplacement pour y desservir le culte du Soleil, car ils étaient voués à cette divinité , et même , ils tiraient leur nom de celui qu'elle portait dans leur langue (2). Il est donc possible que les deux sanctuaires de Sol et de Semo Sancus sur le Quirinal aient été fondés par des familles sabines descendues le long de la vallée du Tibre et établies sur ces hauteurs, en face de leur pays. Rojne était hospitalière aux étrangers et accueillait volontiers les colonies et les cultes des peuples environnants (3). De même qu'on y voyait une rue des Toscans ( Fïcw* Tuscus) (4), on y rencontrait une rue des Sabins , Viens Cyprins , ainsi appelée en signe d'heureux augure, car, dit Varron, cyprins dans leur langue signifie bon (5). Il est assez difficile de fixer au juste la position du Viens Cyprins. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il n'était pas sur le Quirinal ni sur le Viminal , mais dans la proximité de l'Esquilin , non loin de la Subura (6). Au reste, il semble que les immigrants sabins se sont répandus dans plus d'un sens. Servius leur fait habiter le quartier des Carènes, peu distant du Viens Cyprins (7). Mais Varron les retrouve sur l'Aventin où l'on vénérait le tombeau de Tatius (8). Une tradition mieux autorisée plaçait le domicile des Claudii au pied du Capitole (9). Cette dispersion est une raison de plus pour ne pas attribuer à la nationalité sabine la possession exclusive de la ville annexée par les Tarquins. La seule présence des temples de Semo Sancus et du Soleil ne suffit pas pour justifier une théorie aussi hardie et aussi grosse de conséquences.

(1) V. Denys, II, 48 et 49. Aug. Ctt?. Det..|XVIII, 19.

(3) V. Marquardt, Staatsmrw., III, p. 32-34.

(4) V. Becker, AUertK, I. p. 487-489.

(5) £. L. , V, 159. I Vicus Cyprius a cypro, quod ibi Sabini cives additi consederunt, qui a bono omine id appellarnnt, nam cyprum sabine bonum. »

(6) V. Becker, tbtd., p. 525-528. Cf. Smith, Dictionary of Greék and Roman Geography, II, p. 823-824.

(7) En., VIII, 361. Sur les Carènes, Becker, tbid., p. 522 etc.

(8) Cité par Servius, En., VII, 657. Cf. Festus. p. 360.

(9) Suet., rt&., 1. V. plusjoin, § 5.

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