CHAPITRE II
LA DISSOLUTION DU SÉNAT PATRICIEN. — LA PLÈBE ET LE DÉMEBI- BRBBIENT DE LA geUS, — LES IfAGISTRATURES ANNUELLES ET LES SÉNATEURS PLÉBÉIENS. — DU RAPPORT DU SÉNAT AVEC LES CU- RIES DANS LES TEMPS HISTORIQUES.
I. — La plèbe. — D*une théorie nouvelle sur Torigine de la plèbe. — La plèbe ne dérive pas exclusivement de la clientèle.
II. — La population conquise principal élément de la plèbe. — Sa situation légale. — Des effets produits par l'apparition de la plèbe sur la constitution de la gen$ patricienne. Le démembrement de la gen$,
III. — Des effets produits par le démembrement de la gens patricienne sur la constitution du Sénat. — De Textension donnée au sens du mot patres et de Tapparition de la formule Fatres Conscripii. — La lectio de 245 u. c. = 509 et Tadmission des juniores et des filii familias, — Les juniores et les seniores patrum. — De Timportance nouvelle de la lectio senatu$.
IV. — Des changements apportés dans la constitution du Sénat par la création des magistratures annuelles. — Ce que deviennent les décuries et les dêcemprimi. — L'admission des plébéiens et le relâchement des liens entre le Sénat et les curies.
V. — Du rapport du Sénat avec les curies dans les temps historiques et de la leçon cvriatim dans le texte de Festus relatif à la loi Ovinia, — Si les plébéiens faisaient partie des curies. — De la distinction entre la plèbe urbaine et la plèbe rustique. — Du désaccord entre l'extension de la puissance de Rome et le maintien de sa constitution municipale. — Dans quel sens Rome était une capitale.
VI. — Confirmation de ce qui précède par deux textes de Denys d'Halicamasse relatifs à la procession des chevaliers le jour des ides de juillet. — L'inscription dans les caries des sénateurs et des chevaliers.
I. — La plèbe. — D'une théorie nouvelle sur Vorigine de la plèbe. — La plèbe ne dérive pas exclusivement de la clientèle.
L'élévation des patres minorum gentium n'apporta à la constitu* tioû du Sénat aucun changement essentiel. Ce fut le démembrement de la gens qui inaugura un ordre nouveau. Cette révolution est de celles qui s'élaborent dans l'ombre et que l'histoire enregis-
256 LES ORiaiNES DU SÉNAT HOIfAIN.
tre longtemps seulement après qu'elles sont accomplies. Aussi ne faut-il lui demander sur ce sujet que des indications tout à fait générales.
A peine née, la société romaine se trouva jetée dans une crise. Entre le roi et la gens un conflit avait éclaté. Il était inévitable. En efTet, la gens ne maintenait son indépendance qu'au détriment du pouvoir central, et ce pouvoir, s'il voulait s'affermir et s'étendre, était condamné à briser Tunité de la gens, et, par son unité, sa force.
Pour cela , il avait un moyen : la guerre. Ce n'était pas pour rien que le patriciat honorait dans le pacifique Numa le modèle de toutes les vertus royales, tandis qu'il ne cachait pas ses rancunes contre les monarques belliqueux, Romulus, Tullus Hostilius, Tarquin le Superbe. Il sentait qu'ils avaient été les premiers artisans de sa ruine. Par la guerre, les droits du père sur les membres de la gens, du patron sur les clients étaient suspendus. Il n'y avait plus en présence -qu'une armée et un chef, à qui revenait, avec le mérite de la victoire, le soin d'en partager les dépouilles. Ainsi la foule s'accoutumait à connaître une autre autorité que celle des patres. Elle apprenait à tourner ailleurs sa faveur, ses vœux, ses espérances.
La guerre, quand elle était suivie de la conquête, avait des conséquences encore plus graves : elle introduisait dans la cité un élément étranger, la plèbe, dont la présence activait la dissolution du régime patricien.
Mais la plèbe est-elle un élément étranger? On le nie. La conquête, dans une théorie récemment proposée par M. Willeras (1), n'a été pour rien dans la formation de la plèbe. Elle n'a eu d'autre résultat que d'augmenter le nombre des patriciens et des clients, car les vaincus, en changeant de patrie, ne changeaient pas de condition. Les familles patriciennes étaient incorporées dans le patriciat romain, et, quant à leurs clients, ils restaient à leur égard dans la même sujétion qu'autrefois.
La plèbe dérive de la clientèle. Elle se composa d'abord des clients laissés libres par l'extinction de leur gensj puis des autres, quand les liens de la clientèle se relâchèrent. 11 est vrai qu'à partir de la chute de la royauté , le patriciat étant devenu une caste fermée, l'octroi du droit de cité entraîna l'admission dans la plèbe et non plus dans le patriciat. Mais, comme Rome ne s'étendit guère durant le premier siècle de la république , les étrangers
(1) Sénats I, p. 1-19. l>roUpubUe, 4* édit., p. 31-33.