LA PLÈBE NB DÉRIVE PAS EXCLUSIVEMENT DE LA CLIENTÈLE
naturalisés ne représentèrent, durant cette période, qu'une infime portion de la plèbe. C'est seulement à partir du cinquième siècle de Rome que cet élément prit une importance prépondérante.
Quelle est la valeur de cette théorie?
Précisons d'abord les termes de la question. On accordera volontiers que les premiers plébéiens ont été des clients tombés en déshérence. Le mouvement de décroissance du patriciat tenait à des causes économiques. Les guerres l'accélérèrent. Elles ne le déterminèrent point. Il n'attendit donc pas, pour se produire, que la royauté fût entrée dans la voie des conquêtes. D'autre part, il est très probable que beaucoup des clients livrés ainsi à eux-mêmes, au lieu de chercher de nouveaux patrons, préféraient l'indépendance, sous la protection du roi , leur appui naturel. Mais ce premier noyau n'a-t-il pas été renforcé à la suite des conquêtes de la royauté? Ne convient-il pas de distinguer dès ce moment entre les plébéiens anciens clients et les plébéiens de race libre? Voilà ce qu'il faut examiner.
On ne prétendra pas non plus , apr^s ce qui a été établi précédemment , que le patriciat n'ait pas reçu quelquefois des représentants des peuples vaincus. Sans admettre que toutes les gentes dont les cognomina étaient empruntés à des noms de villes fussent originaires de ces villes , on conviendra qu'il en était ainsi pour une ou deux que nous savons , et même pour d'autres peutêtre que nous ne savons pas. D'ailleurs, le cas des gentes minores est connu. Celui des familles albaines ne Test pas moins. Mais Tite-Live, qui rapporte l'introduction de ces dernières dans le patriciat romain, ne dit point que cette faveur ait été étendue au patriciat albain tout entier. Il laisse entendre plutôt qu'elle se restreignit à une élite (1). Denys, qui annonce le même fait, mais qui se borne à l'annoncer, on se rappelle par quel calcul, ne s'exprime pas autrement que Tite-Live (2).
Les historiens racontent souvent que les vaincus étaient transportés à Rome (3). Il est évident qu'il ne faut pas prendre cela à la lettre. Si cette mesure avait été générale, elle aurait eu pour effet d'affamer la ville en dépeuplant la campagne. Elle n'a pu s'appliquer qu'aux habitants des villes détruites auxquels Rome offrait l'abri et les ressources qu'ils ne trouvaient plus dans
(1) I, 30. a Principes Albanorum in patres legit. »
(2) III , !i9. « ... Toïç TcaTptxCoiç Tcpoffveji-yiÔTÎvai ToOffÔe touc oÎxov»;. » Et il ne nomme que les maisons dites albaines. V. l** partie, ch. III, g 3.
(3) T. L., I. 30, 33. Denys, II, 50 ; III, 37, 38, 43.
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leur patrie. Les textes s'interprètent facilement dans ce sens.
Si Ton en croit Denys , ces immigrés étaient inscrits dans les curies (1). On en a voulu conclure qu'ils étaient classés, les uns parmi les patriciens, les autres parmi les clients. Mais le renseignement fourni par Denys est-il exact dès Torigine, ou ne Test-il qu'à partir d'une certaine époque? Les curies, de leur côté, ne recevaient-elles que des patriciens et des clients, ou bien se sontelles , dès la période royale , ouvertes à des hommes étrangers h l'organisation patricienne?
Ce sont des questions sur lesquelles on reviendra. En attendant, il sufiBit d'appeler l'attention sur le point suivant.
La plus célèbre de ces immigrations est celle qui vint se fixer sur le mont Aventin, au temps du roi Ancus Marcius (2). Or, l'Aventin a été de bonne heure un lieu consacré à la plèbe. C'est là que, dès l'institution du tribunat, on éleva le grand sanctuaire plébéien, le temple de Cérès (3). C'est là que les insurgés du mont Sacré tinrent leurs conciliabules (4). C'est là qu'ils imposèrent leur traité de paix au:j,patriciens (5). Bien qu'elle fût comprise dans l'enceinte fortifiée, cette hauteur était restée en dehors des quatre tribus urbaines et du pomérium (6), en dehors par conséquent de la ville du patriciat. Il semble qu'elle était comme un territoire neutre par où cette ville se mettait en communication avec Textérieur. Nous avons dit que Servius y construisit le temple de Diane, où les peuples de la confédération latine reconnaissaient le centre de leur unité religieuse et politique (7).
On conteste que l'Aventin ait été habité sous les rois. Au témoignage de Tite-Live (8) et de Denys (9) , on oppose la loi du tribun Icilius ^ qui , en l'an 298 u. c. = 456 , fit décréter la cession de l'Aventin à la plèbe (10). U résulterait de là que cette région formait encore , à la fin du troisième siècle de
(i) II, ôO; tlî, 37 a etc ^vXàc. » Mais il n*y avait alors d'autres tribus que les tribus primitives.
(2) T. L., I, 33. Denys, III, 43.
(3) Denys, VI, 94.
(5) Gic. De Rep., II, 33, 37. BaU., ffûl.. fragm. L I, M, édit Oerlach, p. 207. Cf. Cic, pro Jfur., 7.
(10) T. L., UI, 31, 32. Denys, X, 31, 32.