‹ Les origines du servage en FranceChapitre 104 sur 163 · Capitulaire de · texte numérisé non relu

Capitulaire de

'f. Charlemagne commandait aux évèques ou abbés voisins de laire garnir de lambris ou décorer de peintures les églises du patrimoine royal : • Si vero essent ecclesiae ad jus regium proprium pertinentes, laquearibus vel muralibus ordinandne picturis, id a vicinis episcopis aut abbalibus curabat. • Moine de Saint-Gall, I, 32. Les missi chargés d'inspecter le-i bénélices doivent examiner l'état des églises qui en dépendent, toits, murailles, pavage, luminaire, peintures (»tpc non et in piclura). Capitulaire de 807, 7; Baluze, t. I, p. 400; Boretius, p. 135.

.'i. Specitnen Lreviarii rerum /iscalium Caroli Magni, dans Guerard. Polyptyque d' Irminon, t. Il, Appendice IV, p. *m;.

*>. Charlemagne parle des autels dans le Capitulaire déjà rite de

gent. Le luminaire était formé d'une couronne en argent, du poids de deux livres, ornée de perles en verre de diverses couleurs, et de laquelle pendait une croix de cuivre doré, attachée à un globe de cristal', L'église possédait cinq reliquaires, garnis de verreries et d'émaux, trois croix renfermant des reliques, deux calices, dont l'un doré et ciselé à l'extérieur, des boîtes à encens, en argent, deux encensoirs, dont l'un en argent doré, des fioles à parfums, un vase de cuivre avec son goupillon pour l'eau bénite, tous les vêtements ecclésiastiques, chasubles, dalmatiques, étoles, tuniques de lin, aubes, et aussi des nappes d'autel, des corporaux, des voiles, etc. ; il y avait même, à l'usage du célébrant, des gants de soie brodés d'or et de perles. L'église possédait deux cloches, avec des chaînes en cuivre doré. Ce qui est plus intéressant encore, cette église rurale avait une bibliothèque de dix-neuf volumes. Ancien et Nouveau Testament, recueils d'Homélies, Commentaire de saint Jérôme sur l'évangile de saint Matthieu, Sacramentaires, Lectionnaires, un Antipho-

1. C'est sans doute là un de ces luminaria que les Capitulaires de 805 et 807 voudraient voir dans toutes les églises. Sur les croix et couronnes de lumière qu'on y suspendait, voir une dissertation des PP. Martin et Caliier, dans leur livre devenu très rare. Mélanges d' Archéologie, t. ni, 1853, p. 24 et suiv. Au ix'= siècle, les églises étaient très illuminées. Les Gesta Aldrici, 10 (dans Baluze, Miscellanea, t. III, p. 111-113), nous montrent, en 840, la cathédrale du Mans éclairée à matines par trente lumières d'huile et cinq de cire les jours de dimanche ordinaire, et les jours de grande l'été par quatre-vingt-dix lumières d'huile et dix de cire au moins. C'é tait une tradition romaine conservée ; voir dans le Catltemerinon de Prudence, V, 137-1't8, ce qui est dit de l'illumination des églises au iv« siècle. Beaucoup des redevances d'iiuile et de cire imposées aux colons et aux serfs étaient destinées à l'éclairage des églises.

naire, un recueil de Canons et un exemplaire de la Règle de saint Benoît '. L appartement où l'on conservait ces livres était garni de « tout ce qu'il faut pour écrire, » deux bouteilles d'encre, trois tablettes de plomb, cent soixante-dix roseaux taillés^. Le prêtre de cette église, peut-être lui-même fils du domaine ^, n'était probablement pas un illettré, et les paysans et paysannes ■* qui la fréquentaient y purent entendre, selon les prescriptions d'un Capitulaire, des leçons de religion « données dans un langage approprié aux plus humbles intelligences^. » Ce que le Capitulaire De villis dit moins clairement, — et cette absence de clarté, dans un texte par ailleurs si précis et si détaillé, mérite peut-être d'être remarquée, — c'est la condition de ces paysans. Nous avonc déjà vu que, parmi les hommes du domaine, les uns étaient libres et les autres ne l'étaient pas : un article cité plus haut marque les

1. La Règle de saint Benoît était très populaire à cette époque, puisqu'on en trouve des copies jusque dans les églises rurales. L'église de Saint-Sauveur, décrite dans le Polyptyque de l'abbaye de Saint- Oraer, dont elle dépendait, possédait aussi une bibliothèque bien garnie, contenant, entre autres livres, une Kègle de saint Benoit. Cité parGuérard, Polyptyque d'Irminon, l. II, p. 404.

2. Cependant l'usage des plumes d'oiseau était déjà répandu : • Instrumentum stribendi sunt cahimiis et penua. Ex liis enim verba paginis infiguntur, scd calainus arboris est, penna avis, cujus acnmen in duas partes dividilur, • dit Isidore de Séville, Origines, VI, U,3.

U. De villis, 4.

i. Au ix" siècle, les hommes et les lemmes occupaient encore des places séparées dans les églises. Voir daus \es Atinates de Saint- Bertin, année 858, le fait d'un loup entrant dans une église rurale pendant la messe, et parcourant d'abord les rangs des hommes, puis ceux des femmes (p. 93).

3. « Juxtaquod benevulgaris populus intelligere possit. • Premier Capitulaire do 813, 14 (Baluze, 1. 1, p. .W«\

dilférences de leur état par la punition différente infligée aux uns et aux autres pour un même délita Beaucoup d'autres articles parlent des servi. Mais aucun ne nomme les colons, et cependant les assujettis de cette condition intermédiaire, considérés à la fois comme hommes libres et comme attachés à la glèbe, étaient certainement nombreux dans les villas impériales, et probablement y composaient la catégorie la plus importante de la population ; le rapprochement avec d'autres documents contemporains du Capitulaire, particulièrement avec le Polyptyque de Saint-Germain des Prés, que nous étudierons en détail dans le chapitre suivant, met ce fait hors de doute. Comme leur état se rapprochait beaucoup plus de celui des serfs que de celui des hommes pleinement libres, j'incline à croire qu'ils sont visés en même temps que ceux-là par les articles relatifs aux servi : et ainsi se marquerait une tendance au nivellement des conditions parmi les populations rurales, qui me paraît ressortir de l'ensemble des documents du ix^ siècle.

D'autres habitants des villas impériales sont nommés dans le Capitulaire : ce sont les ouvriers. Il y en a de beaucoup de sortes, car une villa, à l'époque carolingienne comme au temps de l'Empire romain, devait se suffire à elle-même : aussi, dans la petite société qu'elle formait, tous les métiers nécessaires à la vie étaient-ils représentés : même les arts

i. De villis, 3.

de luxe y avaient leur place, non pour les besoins des habitants, mais à cause des redevances en nature exigées de ceux qui les pratiquaient. J'en vois une preuve curieuse dans un écrit du v" siècle, déjà plusieurs fois cité. Le domaine « plus grand qu'une ville « que sainte Mélanie possédait en Afrique renfermait des tapissiers et des brodeurs, car, dit son biographe, elle y fit exécuter des tapisseries brodées d'or et de perles pour les offrir à l'église de Thagaste * : on y trouvait aussi des orfèvres, des argentiers, des ouvriers du cuivre et de l'airain, aurificeSj argentarios et aerarios, à qui elle commanda des plats d'or et d'argent destinés à la même église -. 11 en est de même dans les villas impériales réglementées par le Capitulaire. On y trouve des ouvriers du fer, de l'or, de l'argent, et aussi des charpentiers, des forgerons, des tourneurs, des selliers, des cordonniers, des fabricants de boucliers, etc. :1e compte de leurs produits doit être envoyé chaque année, à Noël, en même temps que celui des terres labourées parles tenanciers des manses. Mais pas im mot, dans les articles où sont énumérés ces métiers divers-*, n'indique si ceux qui les exercent sont des hommes libres, des serfs, des esclaves. Cette indétermination est de nature à surprendre. 11 semble que si ces artisans étaient des esclaves, le mot servus ou mancipium se lirait dans les passages qui les concernent. Peut-être

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