L'ansange équivalait à peu prés à un arpent
serfs attachés aux églises n'est pas, du reste, indispensable : mieux pourvues encore sont celles qui ont, comme nous venons de le voir, le service de plusieurs hôtes ou petits colons libres.
Après la description du manse seigneurial et des terres formant l'apanage de Téglise vient, dans le brève de chaque villa, l'inventaire, un par un, de tous les manses dont la réunion la constitue. Le nombre des manses varie selon l'importance de la villa. J'en compte deux cent quatre-vingt-douze dans une, trente seulement dans une autre. A chaque manse est attachée à perpétuité une quantité de terre déterminée, qui est également très variable. Tel manse a jusqu'à vingt ou même trente bonniers de terre arable, tel autre manse de même rang en a un ou deux. Comme les redevances et services exigés de tenures a/ant une contenance aussi différente ne varient pas dans une même proportion, et qu'un manse de dimension moindre paie quelquefois autant qu'un manse possédant le double de terres, on doit croire que la valeur et la fertilité de celles-ci ont été prises en considération pour l'établissement du manse.
Tous les manses ne sont pas qualifiés de même. Les uns sont inscrits comme ingénuiles, d'autres (en très petit nombre) comme lidiles, d'autres comme serviles. Les redevances et les charges imposées aux uns et aux autres ne sont pas toujours semblables : ainsi, les manses ingénuiles et lidiles supportent seuls l'impôt de guerre ; les manses serviles
LE POLYPTYQUE D'IRMINON. 203
sont astreints à des services qui ne sont pas demandés aux autres * . Une légère différence dans le coût des services et des redevances existe entre les manses ingénuiles et les manses serviles, ceux-là étant généralement plus étendus et moins chargés que ceux-ci. D'après les minutieux calculs de Guérard^, en moyenne le manse ingénuile contenait 10 hectares 59, et payait 183 fr. 63, dont 116 fr. 39 en redevances et 67 fr. 24 en services ; le manse servile en moyenne contenait 7 hectares 43 et payait 162 francs, dont 48 francs en redevances et 114 francs en services. Les services, dans les deux cas, sont ici évalués en argent. Les manses lidiles sont trop peu nombreux pour qu'on puisse établir une moyenne et faire une comparaison. Ce que nous avons dit plus haut de l'inégalité des manses, quelle que soit leur dénomination, montre, du reste, que ces moyennes ne peuvent résulter que de calculs très approximatifs, et ne correspondent qu'imparfaitement à la réalité. Mais, tout approximatives qu'elles soient,
1. Particulièrement un, qui n'est point evigé des manses d'autres qualifications : la fourniture du fer, ferrum, c'est-à-dire la recherche elle traitement du minerai de fer. Cette redevance est exigée des seuls manses serviles, et dans un seul fisc, celui de Bussy [Polyptyque, xni, 64 et suiv.), dans le Perche, dont le tei-rain abondait sans doute en minerai, et où de nombi-eux bois fournissaient le combustible nécessaire. Ce qui est exceptionnel, c'est que, si un manse servile de ce fisc est occupé par un non serf, c'est-à-dire un colon ou un lide, celui-ci est dispensé de fournir les cent livres de fer mises à la charge du manse : « praeter ferrum, » se lit alors, comme on lit ailleurs : « Illi qui sunt servi solvunt ferrum. » Tout cela, fourniture de fer par les manses serviles, et décharge de cette fourniture pour les tenanciers qui ne sont pas serfs, se trouve dans le seul fisc de Boissy.