‹ Les origines du servage en FranceChapitre 117 sur 163 · Guérard, t. I, p · texte numérisé non relu

Guérard, t. I, p

2. Fort inégalement répartis : tel fisc ne contient pas un seul serf; dans tel autre, comme celui de Ncuilly, ils forment les deux tiers de la population.

vernait, au commencement du ix* siècle, l'abbaye de Saint-Germain, les serfs ne formaient plus qu'une infime minorité.

Il en est de même dans la plupart des grands domaines ecclésiastiques dont le souvenir nous a été conservé. Dans le Polyptyque de l'abbaye de Saint- Bertin. à Saint-Omer, rédigé au milieu du ix^ siècle par l'abbé Adalart, l'analyse de dix-neuf villas donne les résultats suivants : une population libre, composée de bénéfîciers, de tenanciers importants, des divers officiers de l'abbaye, de colons faisant seulement deux ou trois jours de corvée par an, au nombre de 153; d'hommes libres censitaires, désignés sous diverses dénominations, au nombre de 1.560: total, 1.778; une population servile, composée de serfs et de serves, servi et ancillae, au nombre de 166, et de mancipia, au nombre de 296 : total, 462. La population libre paraît ici supérieure des deux tiers à la population servile; cette supériorité paraîtra beaucoup plus grande si l'on fait attention que, dans le Polyptyque, les femmes et les enfants ne sont pas compris dans l'énumération des libres, tandis que, dans celle des non libres, sont indiquées les ancillae ' .

1. Voir les Fragmenta Polyptychi Sithiensis, publiés par Guerard. Polyptyque d'Irminon, t. II, p. 2!«-*f)6, et, d'apri-s une copie plus complote, p. ;i9t)-40ij. Mes calculs ont été laits d'après le Iragment p. 292 et suiv. ; dans le second, queh|iiis autres villas sont décrites, ce qui donne, pour les diverses classes de la population, des chiilres plus élevés, mais sans modifier les proportions. Encore est-il dillicile, en lisant le Polypiytiue, de rt'connaiire si les manlipia ne sont pas les esclaves personnels des tenanciers libres (cf. Guérard. 1. 1, p. 309), et par conséquent s'ils doivent ou non être additionnes avec les servi.

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Les proportions changent un peu dans les terres de Tabbaye de Fulda ; mais là encore la population libre l'emporte sur la population servile. Les libres, c'est-à-dire les lidi et les coloni, y sont au nombre de 1.790, les serfs de diverses dénominations, slavi, sevvitores, au nombre de 832. Les premiers l'emportent donc de moitié sur les seconds '. Cependant ce calcul n'est pas très sûr, car il se peut qu'à Fulda les tribuiarii, au nombre de 372, soient à joindre à la population servile. Mais il se peut aussi que l'on doive en retrancher les servitores. Je trouve, en effet, dans une des terres de l'abbaye, l'indication suivante : 30 sercitores payant chacun trois modii d'avoine, sans devoir aucun service, et 80 tributarii devant un cens et faisant de plus un service quotidien. D'autre part, je remarque huit terres auxquelles sont attachés 402 slavi, qui paient des redevances de cochons, poulets, lin brut ou tissé en étoffes, froment, seigle, avoine, argent, mais ne paraissent pas devoir de services personnels. Les conditions semblent donc, en fait, très nivelées ; du reste, quelques corrections que l'on doive apporter au calcul proposé plus haut, la population certainement libre demeurerait encore supérieure à la population servile.

1. Les lidi, qui sont au nombre de 899, sont certainemenl des libres: ainsi, sur un ensemble de 13 terres occupées par o9i lidi, la redevance totale est de (iSO cochons, 431 pièces d'étoffe, 730 poulets, 8.194 ceuls, 189 moutons, 39 cliarreltes de blé, 43S modii d'avoine, etc., plus pour chacun seulement 9 jours de services corporels par an. Guérard, t. Il, p. 928.

La même impression est produite par le Polyptyque (un peu postérieur) de l'abbaye alsacienne de Marmoutiers. Dans la marche ou dépendance immédiate de celle-ci [Moresmarcha) on compte 120 mansesing'énuileset 25 manses serviles; proportion analogue en dehors de la marche et en d'autres possessions de l'abbaye ^ Il n'y a que sept manses serviles dans les terres de l'évêché de Cologne-^, et les possessions de l'évêché d'Augsbourg comptent, au ix^ siècle, 1.039 manses ingénuiles contre 46G manses serviles^.

Cette minorité de serfs, à y regarder de près, jouissait, soit en droit, soit au moins eu fait, de la plupart des avantages possédés par les hommes libres. D'abord, de la stabilité : stabilité de deux sortes, celle qui consistait à ne pouvoir être aliéné, celle qui consistait à ne jamais voir augmentées ses obligations et ses charges.

La première appartenait au ix'= siècle, nous l'avons vu, à tous les serfs de la glèbe. Elle était particu-

1. Guérard, Polyptyque d'Irmiiion, t. HI, p. 930 et suiv. ; Chaiti: bonorum Maurimonasterii, aniio 1120, dans SchoepBin, Alsatia illu- Strata, t. I, 4751, p. 198 et suiv.

2. Maiirer, Geschichte der Fronhiife, t. 1, p. 354; cité par Garsonnet, Histoire des locations perpétuelles, p. 272.

3. < Ilabet quippe siimma .\ugustensis episcopatus maiisos inge nuiles vestilos miv, ahsos xxxv; serviles vero veslitos ccccxi, abscs XI.V. • Specimeti breviarii reru7n flscaliU7n Curoli Magni, daii» Guerard, Polypl. d'Irminon, t. II, p. 299.

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lièrement garantie aux serfs ecclésiastiques. Ils se perpétuaient, de père en fils, sur les terres cultivées par leurs ancêtres. On trouvait encore, au commencement du XII® siècle, dans le domaine de l'abbaye du Mont Cassin, des descendants de serfs donnés aux moines en 817 ^ « Chez les moines bénédictins d'Arezzo, j'ai vu, écrit Muratori, un antique parchemin contenant la généalogie de beaucoup de serfs de ce monastère, dans laquelle étaient énumérés leurs pères, aïeuls, bisaïeuls, leurs fils, petits-fils, collatéraux, leur avoir, les fuites, les translations, avec autant de soin que les nobles en mettent à tenir leur propre généalogie"'^. » Une note qui se lit au Polyptyque d'Irminon donne la généalogie, pendant six générations, d'une famille appartenant à l'abbaye de Saint-Germain^. Dans le parchemin d'Arezzo cité par Muratori on a remarqué « les translations » de serfs. Ils pouvaient, en effet, être transférés d'un manse à un autre, mais toujours sur les terres de l'abbaye. Ces translations pouvaient se faire même pour les colons : une loi de la première année du v* siècle prévoit le cas où un propriétaire retirerait les colons d'une terre suffisamment peuplée pour les établir sur une autre qui manquait de cultivateurs^,

1. Chronique de Léon d'Ostie, citée par Muratori, Disserta :,ione sopra le Antichita ilaliane, t. I, p. 121.

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