‹ Les origines du servage en FranceChapitre 121 sur 163 · Polyptyque,», H · texte numérisé non relu

Polyptyque,», H

2. Dans un mansc du fisc de Villeioeux, une société lormée de trois ménages ooinpiend quatorze personnes, en comptant les enlautÂ. Polyptyque, \\, 21. Ailleurs, un demi-mansc ingénuité est cultivé

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Le Polyptyque donne aux associés le nom de socii ' . Voici un exemple intéressant. Il s'agit d'un manse ingénuile dufisc deMaule : « Escanradus, serf, etsa femme Girlindis, colone, de Secqueval, hommes de Saint-Germain. Leurs fils sont Richard, Gislevert. Il réside dans la cour d'Ostrulfis. Et son associé Erlulfus, colon [et socius ej'us Erlulfus, colonus). Ils occupent un manse ingénuile contenant dix bonniers de terre arable, un arpent de vigne, deux arpents de pré-, » Dans ces associations, dont la légalité est établie et reconnue, toutes les classes de la population rurale sont mêlées, et se rencontrent sur un même pied d'égalité. La note que je viens de traduire nomme même le serf le premier, et le colon son associé le second. D'autres exemples pareils pourraient être cités. Il semble qu'un niveau ait passé sur la hiérarchie des tenanciers. Les préséances n'existent plus.

en association par douze associés : « isti xii lenent dimidium mansumingenuilem, » Ibid., xxv, 22.

i. Polyptyque, xni, 1, 5; xxr, 28; xxiv, 30, 61, 88, 89, 113, 117, 126, 127, 132, 139, 17o, 179, etc. — Une femme associée est appelée socia : « Winefredus servus et uxor ejus colona, nomine Froklindis... et socia ejiis, nomine Rainildis... » xxiv, 33. — On remarquera que, <lans les terres de Saint-Germain, les iemmes jouissent des mêmes droits que les hommes : plusieurs fois il est question dans le Polyptyque d'une femme libre, colone ou serve, probablement yeuve, cultivant soit seule, soit en société, un manse ou une partie de manse : ix, 18, 233; xi, 3 ; xii, 10, 22, 23; xiil, 8, 21, 68; xiv, 80; xx, 38, 39, 40,41; xxni, 17. Cette reconnaissance de la cai)acité féminine est intéressante à noter.

2. « De Hostrulfi curte. Escanradus servus et uxor ejus colona, de Sicca Valle, nomine Gislindis, homines sancli Germani. Isti sunt filii eorum : Richardus, Gislevertus. Manet in Ostrulli curte. Et socius ejus Erlulfus colonus, homo sancti Germani. Tenet mansum i ingenuilem, habentem de terra arabili bunuaria x, de vinea aripenuum i, de prato aripennos n... » Polyptyque, xxi, 28.

Que nous sommes loin, encore une fois, de l'esclave antique! J'ai dit un peu plus haut que le serf, à la différence du colon et du lide, ne pouvait posséder rien en propre, tout ce qu'il acquérait faisant partie de son pécule et devenant, par conséquent, propriété du maître. C'était le droit écrit, mais de ce droit qui parfois se survit à lui-même en théorie, alors que dans la réalité des faits il est depuis longtemps oublié. Sur le parchemin d'Arezzo, cité tout à l'heure d'après Muratori, étaient indiquées non seulement la généalogie des serfs, mais diverses autres choses encore, parmi lesquelles leur avoir ^ Ils pouvaient donc posséder, et d'une façon durable, puisqu'elle était constatée par écrit.

Leurs possessions n'étaient point seulement mobilières : nous voyons des serfs propriétaires d'immeubles. Cela remonte à une époque fort antérieure à notre Polyptyque, puisqu'une formule de Marculfe prévoit le cas. 11 s'agit d'un maître donnant en pleine propriété à son se/vus un manse dépendant de sa villa, avec terres, bâtiments, vignes, pré, bois, et même mancipia qui y sont attachés 2. Le serf pouvait lui-même avoir des serfs 3. 11 est question, au Polyptyque d'Irminon, de serfs propriétaires. Le serf Ratbert et sa femme la serve Aida possèdent,

). • n loro avère, » dit Muratori.

"2. Formulac Marcul/i, U, 3G; Baluze, Cap., t. H, p. 485; Uozière, hecueil général d's formules usitées dans l'Empire des Francu, I. I, 1851», 11- ICI.

3. • Hic habct iiniini servum nomiuc Rotbertus cuin uxore sua et mancipiis suis. » eut raid, f. U. Append. XVI, p. 351.

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habent, trois ansages de terre arable, deux parts d'arpent de vigne, et un demi-arpent de blé^ Un autre seivus sancti Germatii, Morhaus, a acheté, conqidswit, un manse beaucoup plus étendu, puisqu'il comprend dix-neuf bonniers et vingt perches de terre labourable, et sept arpents de pré : lui ou son héritier l'a donné en bénéfice à un certain Witlaicus, dont on ne nous dit pas la condition, et qui est peutêtre un homme libre : celui-ci emploie à cultiver cette terre « deux manants étrangers, duos extreneos manentes, époux de deux femmes de Saint- Germain 2. » Ces possessions sont inscrites dans le Polyptyque, sans doute parce que les moines de Saint-Germain, comme ceux d'Arezzo, tenaient note de l'avoir de leurs serfs. Les exemples donnés parle Polyptyque sont peu nombreux : mais ils suffisent à montrer que la propriété n'était pas refusée au serf. La formule de Marculfe nous dit clairement que cette propriété n'était pas seulement viagère, mais passait après le serf à ses héritiers ". Elle prévoit que

d. Polyptyque, xvii, 46.

2. « Terram quam conquisivit servus sancti Germani, nomine Maurhaus, in pago Oxomense, in centena Corbonense, in loco qui dicitur Vallis Maurliarii. Habet ibi mansum i, habentem de terra arabili bunuaria xviii et perticas xx, de pralo aripennas vu. Tenet nunc ipsam terram Witlaicus in beneficio. Habet ibi lioœines duos exlraneos manentes, et habent feminas sancti Germani, quorum infantes isti sunt, etc.. » Polyptyque, xn, 47.

3 Pro respecta fîdei et servitii tui, quam circa nos impendere

non desistis, promptissima voluntate cedimus tibi a die praesente locello nuncupante illo, aut manso inl'ra termino villa nostra illa cum omni adjacientia ad ipso locello aut mansello aspiciente, terris, domibus, mancipiis, vineis, pratella, silvola, vel reliquis beneficiis ibidem aspicientibus, itaut ab hac die ipso jure proprietario, si ita convenit, aut sub reditus terrae in tua revocas potestate, et nulla fonctione aut reditus terrae vel pascuario aut agrario, caropera, aut

le bien possédé par le serf sera libre de toute charge et de toute redevance'. C'est le ipsum jus proprietarium^ comme elle dit en latin barbare'^.

Telle était la situation prospère à laquelle pouvaient parvenir les serfs. On en vit de plus heureux

quodcunque dici potest, exinde solvere nec tu nec tua posteritas nobis necheredibus nosiris nec cuicunque posi nos ipsa villa possèdent, non debeatis, nisi tantum si vuU riga ; sed ipsum omnibus diebus vitae tune aut heredis tui emuniter debeaiis possiderc, vel quidquid exinde lacère volueritis iiberam habeatis potestatem... • La formule est inlitulée : Si aliqtiis servo vrl gasindo suo aliquid concedere voluerit. Nous venons de voir que les serfs pouvaient devenir propriétaires autrement qu'en vertu d'une donation : le serf Morliaus s'était trouvé assez riche pour acheter, conquirere. la terre inscrite au Polyptyque. La formule de Marculfc dit que le serf propriétaire pourra cultiver lui-môme son bien ipso jure proprietaj-io, ou en tirer un revenu en l'affermant, aut sub reditus terrae in tua rei'oci's polestate. C'est ce dernier parti que semble avoir pris le serf Maurlius, puisqu'il a donné sa terre en bonéllce à witlaicus, qui devait probablement, comme d'autres bcnénciers(cf. Polyptyque, 1, 40: XVI, 91, et fragm. u, 4), '•cquitter un cens et faire des corvées.

i. Cela dépendait naturellement des conventions. La terre possédée par le serf Ratbert doit non des services, mais une légère rede vance aux moines de Saint-Germain. Même dans la formule de Marculfe, la phrase un peu cnigmatique : nisi tatitum si illa vu'.t riga parait réserver au profit du donateur ou de celui qui lui succédera un service de labourage. Sur la riga, raie de labour (ou plutôt peut-élre levée de terre bordée par deux raies, comme on en fait encore chez nous, sous le nom d'endos, dans les sols trop peu perméables), voir les explications de Guérard, t. I, p. (!37-()43.

± Le serf propriétaire avait-il le droit d'aliéner son bien sans le consentement du maître? Cela, encore une fois, dépendait probablement des conventions intervenues entre eux. La formule de Marculfe qui permet au serf de • faire de sa propriété tout ce qu'il voudra, » quidquid exinde facere volueritis liberain hcbere debeatis potestatem, l'autorise évidemment à l'aliéner si cela lui convient. Par contre, Muratori cite une donation d'immeuble faite par un serf à un monastère d'Italie ipso mihi domino meo mihi consentientc et suptus confirmante, ce qui implique peut-ètio pour ce sert une nécessité d'autorisation dominicale (Diss., t. I, p. l-2i). Cet acte, du reste, est postérieur d'au moins deux siècles à l'époque que nous étudions. Mais un autre acte, de 798, nous montre un t Joanni» servus » donnant ■ per liccntiam Tassilonis, • avec la permission de son maître Tassilon, un mansus vestitus à l'Kslise de Salzbourg. qui parait lui avoir été ensuite rétrocédé en bénélicc par la cas-.i dominica.

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encore. Flodoard raconte qu'au ix"^ siècle, un riche propriétaire fit don à une église voisine de Reims, et consacrée à saint Martin, de « tous les serfs et colons qui appartenaient à sa femme. Il les obligea à payer le cens à l'église, mais les exempta de toute autre charge ou service. Cette colonie ainsi réglée, et ayant maintenu son privilège, s'élevait jusqu'à deux mille têtes et plus, au point qu'avant d'avoir été ravagée par les Barbares, elle payait à l'église douze livres d'argent'. » Les colons et les serfs dont il s'agit ici furent donnés, évidemment, en même temps que les terres cultivées par eux. Privés de tout service pénible, de toute corvée, maîtres de cultiver ces terres à leur profit, moyennant un cens invariable, et qu'ils surent « maintenir, » ils se multiplièrent et s'enrichirent, en même temps qu'ils enrichissaient l'église dont ils étaient tributaires. Entre eux, malgré la distinction théorique des conditions, n'existait plus aucune différence. Seules les invasions normandes mirent fin à cette prospérité. Un dernier pas, cependant, restait à faire, et, si ce mouvement ne s'accomplit pas complètement au ix'' siècle, l'exemple cependant en fut donné. Le grand rénovateur de la vie monastique au temps de Charlemagne, son second fondateur, pourrait-on dire, en Occident, saint Benoît d'Aniane, ne voulut pas que le monastère fondé par lui en 807 possédât

1. Flodoard, Hist. eccî.Rom., lY, n. 0. — Il s'agit d'une église dédiée à saint Martin dans un village qui prit ce nom, près de Reims; Lecoy de La Marche, Saint Martin, 1881, p. 3G4.

des serfs. Sa sainteté attirait les dons : beaucoup do domaines lui furent offerts, à la culture desquels des serfs étaient attachés. Il donna à tous ceux-ci la liberté', non probablement en les renvoyant, ce qui eût été leur rendre un bien mauvais service, en un temps où l'homme n'avait quelque solidité que s'il tenait à la terre, et s'il vivait à l'ombre protectrice d'une maison seigneuriale ou d'une abbaye, mais sans doute en faisant d'eux des colons-. Cet exemple n'eut peut-être pas beaucoup d'imitateurs =*, et, en fait, comme on vient de le voir, le nivellement qui s'opérait spontanément dans l'état des habitants des campagnes équivalait presque, pour les serfs, à une libération. Mais il est beau de rencontrer à la fois.

1. Vita s. Dcnedicti Amunensis dans Mabillon, Acla SS. ordinis i>. Benedicti, t. V, p. 194.

-2. On remarquera que dans les Polypty(iues que nous possédons il n'esl jamais question de liberli, et que dans plusieurs d'entre eux l'état intermédiaire des lidi n'est pas mentionné. Cela t'ait supposer que, en France, les serfs allrancliis par les abbayes étaient le plus souvent élevés directement à la situation de colons. On a vu, au contraire, le grand nombre des lidi dépendant de l'abbaye allemande de Fulda. — Une mention assez curieuse du Polyptyque d'irminon me confirme dans la pensée qu'en France, au ix»" siècle, les serfs ruraux étaient, par l'aHrancliissement, promus directement à la qualité de colons. Je lis, au n' ii de l'inventaire du fisc de Bussy, dans l'énuméralion des tenanciers d'un manse : • Gautsindis, colona sancti Germani, et liliusojus servus, nomine Siclardus, et soror ejus ancilla, nomine Baldisma. » U me paraît que cette Gautsindis avait d'abord été serve comme sa sœur Baldisma; qu'elle eut, dans cet état, un lils, Siclardus, serf connue elle, et qu'elle devint tMisuile colonc par l'alTrancliisscment. sans que son lils ait été affranchi.

3. Même d;uis les monastères que l'on peut considérer comme des colonies do celui d'Aniane. Kn 807, saint Guillaume d'Aquilaiiu> fonda prés de Montpellier le monastère du Val-Gelon. 11 lit venir, pour y habiter, des moines du couvent de saint Benoit d'Aniane, et donna de grandes terres, avec beaucoup de serfs et de troupeaux, au nouveau monastère ainsi fondé. Vita S. Guillelmi, 10; dans Acta an. onlinis H, ISctwdicti, t. V, p. 88.

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posés ensemble, le fait et le principe. L'acte de Benoît d'Aniane correspondait, d'ailleurs, à un travail qui se faisait au même moment dans la conscience chrétienne, et dont nous trouverons plus loin, sous la plume d'un autre moine, l'éclatante manifestation ^,

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