‹ Les origines du servage en FranceChapitre 126 sur 163 · Dans Periz, Leges, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Dans Periz, Leges, 1. 1, p

-i. De instilutione canonicorum, 122.

5. Taine, Origines de laFrauce contemporaine, 1. 1, L'ancien régime, \9H>, p. 8 ; Garsonnet, Histoire des locations perpétuelles, p. 208.

2iG LES ORIGINES DU SERVAGE.

Il le montre même sous une couleur pittoresque : des renseignements qu'il donne, on pourrait tirer une vive image de la vie des cultivateurs au ix* siècle, et décrire avec une exactitude suffisante leurs champs, leurs maisons, leur nourriture, leurs travaux agricoles, leur vie de famille'. Mais il laisse entièrement de côté les travaux intérieurs de l'abbaye ou de ses divers manscs seigneuriaux, qui certainement occupèrent aussi les hommes du domaine. D'autres documents peuvent suppléer, dans une certaine mesure, à ce que ne nous dit pas le Polyptyque, Ils nous montrent des ouvriers de la culture et de l'industrie, et nous font connaître l'existence d'ateliers où ces derniers travaillaient en commun. Nous avons vu, par le Capitulaire De çillis, qu'il en existait dans les manr es dominicaux des villas impériales^. Il y en avait aussi dans les abbayes.

Le plus ancien plan d'une abbaye occidentale, celui de Saint-Gall, remonte à 820. Conservé aux

i. Je citerai, à titre «l'exemple, celle description des bâtiments d'un nianse. faite par Gucrard (t. I, p. 603), d'après les diverses indications du Polyptyque :

• Cliaque manse tributaire avait une habitation [sella ou cella), avec les écuries, granges et autres constructions nécessaires aux travaux des champs. La sella et les autres bâtiments étaient généralement de bois. Les toits étaient en bardeaux, et même on revêtait encore de bardeaux les quatre murs extérieurs des maisons. La grande quantité de bardeaux exigée en cens prouve au moins qu'on en faisait un emploi très usuel. Les habitations, au lieu do se joindre, devaient être isolées les unes des autrts par les cours, les jardins, les vergers et autres dê|)enriance8 qui les entouraient. Elles ressemblaient, j'imagine, aux masures de la Normandie, ou plutôt à tes habitations de paysans, éparses, et en planches, telles qu'on en voit en beaucoup de pays, et qui forment particulièrement la plupart des villages suisses. »

'J. Voir i>lus haut, p. 187.

archives de cette abbaye, il ne fut peut-être pas exécuté^. Mais il donne au moins l'image idéale de ce qu'étaient ou voulaient être les constructions d'un grand monastère au temps des Carolingiens. Tous les édifices qui les formaient, avec toutes leurs dépendances, y sont indiqués : d'un seul coup d'œil on y voit apparaître la vie religieuse, laborieuse, intellectuelle, charitable, organisée par saint Benoît et ses successeurs.

Voici les bâtiments à l'usage des religieux v l'immense église, flanquée de deux tours et se terminant aux deux extrémités par une abside, la maison de l'abbé, le noviciat, avec son infirmerie et sa chapelle particulière, également à deux absides, le cloître, les dortoirs, le réfectoire, la salle de bains, la cuisine des moines. Voici les bâtiments à destination hospitalière : l'hôtellerie, la cuisine de l'hôtellerie, le logement des pèlerins, une autre maison pour les hôtes. Voici les bâtiments à destination sanitaire : logement du médecin, dispensaire, jardin des plantes médicinales^. Voici l'édifice à destination intellectuelle : l'école. Voici les bâtiments des-

1. 11 paraît avoir été envoyé à l'abbé Gozpert, qui commença la reconstruction de l'église et du monastère en 829 : peut-être fut-il préparé par Eginhard, qui fut préfet des constructions royales sous Charlemagne. A ce moment, le monastère devait être fort chétif, car le chroniqueur de la fin du w" siècle, connu sous le nom de moine de Saint-Gall, dit qu'au temps de Charlemagne c'était l'endroit le plus misérable de tout l'Kmpire. On y envoyait en exil les gens qu'on voulait punir. De Gestis Caroli Magni, H, 28.

2. Les lieux d'aisance ne sont pas oubliés : sept bâtiments à cet usage, d'assez vastes dimensions, et divisés en nombreux compartiments, sont prévus sur le plan. Le haut moyen âge négligeait beaucoup moins qu'on ne se plaît à le dire la propreté et l'hygiène.

tinés au service intérieur et aux divers travaux industriels et agricoles : logis des serviteurs, pilon, moulin, ateliers, greniers, cellier, boulangerie, écuries, porcheries, établcs, jardin potager, verger, poulailler, loge des oies, maison des jardiniers'. C'est toute une petite ville, ainsi que l'a voulu saint Benoît, quand il écrit, au chapitre 66 de sa Règle : « Un monastère doit, autant que possible, être constitué de telle sorte qu'il contienne tout ce qui est nécessaire, eau, moulin, pétrin, jardin, et que tous les métiers puissent y être exercés, de manière que les moines n'aient pas besoin d'aller au dehors, ce qui ne convient pas du tout au bien de leurs âmes^. » Parmi les édifices inscrits sur le plan de Saint- Gall. on a remarqué les ateliers. Ils forment un grand bâtiment carré, divisé en plusieurs chambres, dont chacune était appropriée à un métier. Il y avait celles des cordonniers, des selliers, des tourneurs, des orfèvres, des forgerons, des foulons, des polisseurs de glaives, politores gladiorum, qui étaient peut-être simplement des couteliers. Un bâtiment

1. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall, publié par Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti, t. H, 1704, a été reproduit dans le Dictionnaire raisonne de l'architecture française de Viollet-le-Duc, v" Architecture monastinue, 1. 1, 18,'i.i, p. 213, et dans le Dictionnaire d'archéo logie chrétienne et de liturgie de dum Cabrol, 1°' tasc, i;H)3, art. Abbayes, pardoni Besse, p. 37-38. Inopartie seulement en est donnée dans le Dictionary of Christian Antiijuities de Smith, art. Church, t. I, 187ri, p. 383. Mais ces reproductions, oîi manquent les légendes latines, en donnent une idée insuHisai)te : Il laut se reporter à ta gravure de Mabillon, seule complète.

â. . Monasteriuni autem, si lieri potest, ita débet construi, ut onuiia necessaria, id est, aipia, molendinum, liortus, pistrinuni, vel artes divorsae iiitra nionasleriuin everteantur, ut non sit nécessitas monachis vagandi loras, quia oinnino non expedit aniuKibus eoruni. •

spécial contenait leur habitation, mansiones eorum '.

Nous n'avons point de plan semblable de l'abbaye de Saint-Pierre de Corbie, Mais ses statuts, contemporains du plan de Saint-Gall, puisqu'ils furent rédigés en 822 par l'abbé Adalard-, font connaître l'organisation de ses ateliers monastiques.

Celui de Corbie comprenait plusieurs appartements, caméra. Dans le premier travaillaient deux cordonniers, deux cavalarip, un foulon; le second contenait six forgerons, taillandiers ou serruriers, deux orfèvres, deux cordonniers, deux armuriers, un parcheminier, un fourbisseur, trois fondeurs : l'occupation des ouvriers de la troisiènie caméra n'est pas indiquée''.

Il y avait encore dans le monastère quatre charpentiers, quatre maçons, deux scieurs de bois, plusieurs portiers, et quatre médecins, deux pour

1. De même, sur le plan fbeaucoup moins détaillé) de l'abbaye du Monl-Cassin [Ann. ord. S. Bened., t. H, p. 57, n° 8), « cubicula artificum. »

2. Statuta antiqua abbatiaeS. Pétri Corbeiensis, pahliés par Guérard ci;, appendice au Polyptyque d'Inninon, t. H, p. 307 et suiv.

3. Du Cange, s. v. : « Legendum opinor Cavatarii, ex Gall. savetiers, veteramentarii sutores. »

4. Ces ateliers sont ceux de l'intérieur du monastère. Mais les manses dominicaux des villas qui lui appartenaient paraissent avoir eu aussi des ateliers. On les reconnaît dans les bâtiments accessoires, ctliis casticiis, indiqués pour ciiaque mansus indominicalus parle Polyptyque d'Irrainon. Probablement les tenanciers obligés à des travaux industriels, dont nous avons parlé p. 238, y faisaient-ils les objets qu'il leur eût été difficile de fabriquer à domicile. Là où il y avait des serfs et serves attachés spécialement au mansus indominicatus et y demeurant (voir plus haut, p. 179), ces ateliers servaient à leurs travaux. H y avait un gynécée dans un mansus indominicatus de l'abbaye de Nidelratcich ou Altaha, dont il a été question p. 196. Dans l'intérieur des abbayes, où, d'après la règle bénédictine, les femmes n'avaient pas le droit d'entrer, il n'y avait pas de gynécée.

les moines, deux pour « la maison des vassaux. » Le mélange d'ouvriers très divers montre qu'à côté des métiers utiles soit à la construction ou à l'entretien des bâtiments, soit au vêtement ou à la chaussure dos moines, les arts de luxe étaient euxmêmes représentés dans l'atelier monastique : on y voit des orfèvres. Ils étaient employés à la fabrication des vases sacrés et des ornements d'église : nous avons eu l'occasion de remarquer qu'au ix" siècle les églises même les plus modestes étaient riches en orfèvrerie'. Probablement, à Corbie comme ailleurs, le revenu de certains manses contribuait-il spécialement aux frais de l'atelier monastique, qui devait employer des matières premières nombreuses et coûteuses. Le soin de le tenir au complet de matières et douvriers était confié à un fonctionnaire spécial, le camerarius'^ .

Hors du monastère, on comptait à Corbie douze employés au moulin, six à la pêche, deux à l'écurie, huit aux jardins, sept à la charreterie, un à la vigne, un au vivier, deux au verger neuf {ad arboretum novum), deux bergers^.

Il s'agit ici, non du personnel vivant sur les domaines de Saint-Pierre de Corbie, qui étaient considérables, et comptaient parmi les grandes proprié-

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