Ibid., 2o
-i. « In ipsis aatem pretiis... semper aliquantulum vilius detur, quam a saecularibus datur. • Ibid., 57.
saint Benoît commandent de même le travail des mains. )3ans le règ'lement qu'il composa, en 558, pour le monastère de Beuvron, saint Ferréol ordonne que les moines sachent lire et écrire, et apprennent les psaumes par cœur, « même ceux qui gardent les troupeaux; » qu'ils soient toujours occupés de lecture ou de labeur manuel; que ceux qui ne peuvent labourer copient des livres, tressent dos filets pour la pêche ou fabriquent des souliers *.
Saint Isidore de Séville, écrivant en 619 la Règle d'un monastère fondé par lui, veut que les moines travaillent non seulement pour leur subsistance, mais pour celle des pauvres. Il prescrit pour chaque jour environ six heures de travail et six heures de lecture. Mais il préfère pour ses religieux le travail exécuté à l'intérieur : ils s'occuperont, dit-il, à préparer leur nourriture et à cultiver leur jardin : les serfs auront l'entretien des bâtiments et la culture des terres ^.
Le réformateur de la vie monastique au ix^ siècle, saint Benoît d'Aniane, prescrivit et pratiqua luimême le travail. Moins scrupuleux que saint Isidore, il ne lui déplut pas que des moines fussent bâtisseurs. Le monastère d'Aniane fut construit par ses religieux : quelquefois Benoît se mêlait lui-même îr leurs travaux, ou préparait leur nourriture^. Dans les couvents qui subirent son iniluence, on travail-
I. Régula S. Ferreoli, H, <9, 36, iÈ (dans MiRue, P. L.. t. l.Wi). Sur cette règle, voir plus haut. p. 136.
8. Régula S.Isidori, G (Miene, P. L., t. LXXMI). 3. Vita, i'J: dans Acta SS. oïdinis S. Be}%edicti, t. V, p. 19V.
lait. L'exemple était donné de haut. L'un des plus illustres disciples de Benoît d'Aniane fut Guillaume, duc d'Aquitaine. Non content de combler de ses générosités les monastères, il en fonda un, dans les montagnes, entre Lodève et Montpellier. 11 le dota de tous les édifices prévus par la Règle bénédictine, chapelle, réfectoire, dortoir, infirmerie, noviciat, hôtellerie, hôpital pour les pauvres, four, boulangerie, moulin, y créa un jardin, des plantations de vignes et d'oliviers. Il finit par s'y faire moine luimême. On le vit alors travailler à la cuisine des religieux, porter l'eau et le bois, allumer le feu, faire cuire les herbes et les légumes, servir à table, laver la vaisselle. 11 eut aussi la charge des moulins et de la boulangerie. Ce fut seulement à la suite d'un danger qu'il courut, pendant qu'il cuisait le pain, qu'on lui interdit ce travail servile, et que, cédant au désir exprimé par tous les religieux, il passa ie reste de sa vie dans la prière et la méditation ^ .
L'influence de Benoît d'Aniane se fit sentir dans la rédaction d'un règlement monastique, délibéré par une assemblée d'abbés, à Aix-la-Chapelle, en 816 ou 817, et transformé en loi par Louis le Débonnaire^. C'était la remise en vigueur et l'unification de la Règle bénédictine, que l'on avait pris l'habitude d'interpréter diversement selon les lieux ; c'était aussi son rajeu-
1. Vita S. GuilL, dans ActaSS. ordinis S. Benedicti, t. V, p. 73; et dans les Bollandisies, Acla SS., mai, t. VI, p. 809.
2. Capitulare Aquisgraiiense, Devitaelconversationemonachorum. Mansi, Conc. ampliss. coUect., t. XIV, Append., p. 393 ; Baluze, Cap., t. I, p. 579 ; Pertz, Leges, t. I, p. 200.
nissement et son adaptation à des besoins nouveaux. Les quatre-vingts canons ou articles votés à Aix-la- Chapelle sont extrêmement curieux : il serait hors de propos de les analyser ici : j'en veux retenir seulement ce qui a trait à l'obligation, pour les moines, du travail manuel. On leur rappelle la nécessité pour eux de travailler « à la cuisine, au pétrin, et dans les ateliers des divers métiers'. » On indique, comme l'avait déjà fait le fondateur, les adoucissements qui devront être apportés au jeûne, quand des travaux fatigants auront été commandés aux religieux^. On enjoint à ceux-ci de prendre sur le temps destiné à la lecture ou au repos, quand ils devront se livrer à quelque travail extraordinaire et urgent, tel que la moisson •*. On détermine, avec cet esprit de minutieux détail qui est une des caractéristiques du IX* siècle, tout ce qui regarde la discipline^, l'hygiène, la nourriture, le lever, le coucher, le vêtement. Comme l'écrit un chroniqueur de l'époque, c'est une nouvelle édition de la Règle do saint Benoît^; mais c'est aussi un code du travail à l'usagre des moines.
i. • ut in coquina, io pistrino, et in caeteris artium ofOcinis propriis operentur maiiibus. • Cap. A^uisgr.^ 2.