‹ Les origines du servage en FranceChapitre 145 sur 163 · H. Leclercq, U Afrique chrétienne, 1907, p. 507 etsuiv · texte numérisé non relu

H. Leclercq, U Afrique chrétienne, 1907, p. 507 etsuiv

2. Juiiilius Africanus, De part. div. Leg., praef. (Migne, P. L., t. I.XVII. col. ij); VitaS. Fulyeitlii, t, 5 (Migne, P. L.. l. LXV, col. It»). Cf. Maitroye, Genséric et la coiniuète vandale, VMT, p. !290.

3. Voir l'enuniéraiion des plus célèbres dans Guizot, Hiat. de la civilisation en France, t. II, 18-»;i. p. 118, et dans i>zanam, La civil» tation chrétienne chez, les Francs, ISfiS, p. 4i>7.

ne pensa et probablement nul n'eût réussi à le faire revivre. Quand Charlemagne, à la fin du viii® siècle, essaiera de souffler sur les cendres presque éteintes, pour en faire jaillir une flamme nouvelle, il ne tentera pas de ressusciter les universités si brillantes encore au V® siècle : il demandera secours à TEglise seule, et s'occupera moins à rétablir une culture générale qu'à former des hommes d'Église redevenus dignes de leur mission et capables de la remplir utilement.

Ses auxiliaires dans cette œuvre lui vinrent surtout de l'étranger. Le plus puissant et le plus actif est l'Anglais Alcuin, devenu, de 782 à 804, son véritable ministre de l'instruction publique. Il arrivait d'un pays dont l'état intellectuel était alors supérieur à celui de la Gaule, et même du reste du continent, parce que les invasions ne s'y étaient pas encore fait lourdement sentir^. Mais à peu près seule dominait en Angleterre la tradition chrétienne. L'ancienne Rome, qui fut plutôt campée qu'établie en Bretagne, n'y laissa pas dans les intelligences une impression profonde. Les lettres antiques n'y avaient pas été cultivées comme en Gaule. C'est par les missionnaires de saint Grégoire le Grand que Rome fit l'éducation intellectuelle des Anglo-Saxons. Ils y portèrent les traditions de la Rome chrétienne et non celles des

1. Guizot, Hisl, de la civilisation en France, t. II, p. 'iW.

littératures classiques, pour lesquelles le grand pape a manifeste à plusieurs reprises sa défiance ' . Les premiers établissements d'instruction que l'Angleterre ait connus sont les écoles épiscopales, et surtout les écoles des monastères, dont Benoît Biscop fit de vrais foyers d'étude-. C'est à l'école épiscopale d'York, fondée par l'archevêque Egbert, sur les instances du moine historien Bède, que fut élevé Alcuin. La réforme poursuivie par Charlemagne, avec sa collaboration et ses conseils, a pour objet presque unique une renaissance de l'enseignement religieux. Elle aura pour effet le réveil des intelligences. Celuici se manifeste parle retour à la belle latinité, visible dans tant d'écrits en prose et en vers, et jusque dans la rédaction des diplômes officiels^. Il se manifeste par la conservation des chefs-d'œuvre de l'antiquité, que les moines, devenus attentifs aux choses de l'esprit et accoutumés à multiplier par la copie les livres sacrés, reproduiront avec un soin pieux. Mais on se tromperait sans doute beaucoup en pensant que Charlemagne et ses conseillers aient eu clairement en vue ce résultat d'ordre général. Les documents émanés d'eux les montrent combattant d'abord la barbarie

i. Saint Grégoire le c.rand, Ep., XI, o4; Jean Diacre, Vita S. Grégorii, m, 33.

2. Sur saint Benoit liiscop et son œuvre, voir Monlalembert, Les moines d'Occident, t. IV, 18li8, p. isi et suiv. ; Cabrol, L'Angleterre chrétienne avant les Normands, i!)09, p. 140-143; Slubbs, daos Dict. of Christian Biography, t. 1, 1817, p. 308.

3. Sur la ditléience de style entre les diplômes de répoquc mérovingienne et ceux du temps de I-ouis le Débonnaire, c'est-à-dire du temps oii les écoles fondées sous rim|>ulsion de Charlemagne auront produit leur ellet, voir Kroell, L'immunité framjue, p. 390-4!M.

qui s'était introduite dans le culte divin. Ils s'efforcent de former de bons clercs, capables de bien lire et de bien chanter. Ils travaillent à rétablir dans sa pureté le texte des saintes Ecritures et des livres liturgiques. Le reste viendra et sera la récompense de ce zèle inspiré par un sentiment religieux sincère et désintéressé : mais ce reste viendra par surcroît.

En 787, Charlemagne envoya à tous les évêques et à tous les abbés une lettre circulaire. Elle montre clairementl'objetde sa réforme :

« Nous avons, de concert avec nos fidèles conseillers, jugé qu'il serait utile que les évêchés et les monastères, dont la grâce du Christ nous a confié la souveraineté, ne se contentent pas de veiller à ce que l'on mène une vie régulière, conforme à la sainte religion. Il faut de plus que, selon les aptitudes de chacun, ils confient la charge d'enseigner à ceux que Dieu en a faits capables. De même que la loi doit régler les actions, de même le soin d'enseigner et d'apprendre doit régler et orner les paroles : afin que ceux qui cherchent à plaire à Dieu en agissant bien ne s'exposent pas à lui déplaire en parlant mal... Quoiqu'il soit préférable de bien faire que de savoir, cependant il est utile de savoir avant d'agir... Dans les lettres que, pendant les dernières années, nous avons reçues de quelques monastères, pournous assurer que les frères nous donnaient le secours de leurs pieuses oraisons, nous avons souvent rencontré de bons sentiments exprimés dans un langage incorrect ; les pensées que dictait une sincère dévotion ne trou-

valent pour s'exprimer que des paroles incultes et pleines de fautes... Aussi avons-nous craint que Ton ne soit pas capable de comprendre les saintes Ecritures. Et nous savons tous que si dangereuses que soient les erreurs de mots, beaucoup plus dangereuses senties erreurs de sens. Aussi vous exhortonsnous non seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais encore à faire d'humbles et pieux efforts pour pénétrer les mystères des Écritures divines. Et comme dans leurs saintes pages on rencontre des métaphores, des tropes et d'autres figures de rhétorique, il n'est pas douteux que celui qui connaîtra le mieux la grammaire sera le plus capable de les comprendre. Que l'on choisisse donc pour cette œuvre des hommes qui aient la volonté, la capacité et le zèle d'enseigner les autres... Nous vo us exhortons à vous montrer de bons soldats de l'Église, non seulement en étant pieux, vertueux, en menant une vie excellente, mais encore en étant savants et en parlant correctement. Il ne suffît pas qu'à votre vue on soit édifié, il faut encore qu'en vous entendant on remercie avec joie le Dieu tout-puissant'. »

A la suite de cette ordonnance, Charlemagne en fit une autre « sur la correction des livres. » Il confia à l'un de ses plus savants conseillers, le Lombard Paul Diacre, l'examen « des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui ont été altérés parTimpéritie des copistes. » Il voulut en même temps réformer

i. Constitutio de scholisper singida episcopia et monastei'ia infdtuenilis, dazis lialu/e, Capitularia, t. I, p. iOl.

les leçons incorrectes contenues dans les livres liturgiques, particulièrement dans ceux qui servaient aux offices nocturnes. Dans ce but, il ordonna à Paul Diacre « de cueillir dans le vaste champ des Pères de l'Eglise quelques fleurs et d'en tresser des guirlandes. » De ce florilège on composa deux volumes, embrassant tout le cycle de l'année chrétienne et contenant des leçons pour chaque fête. Charlemagne déclare donner à ces volumes son approbation officielle, et en recommande l'usage à toutes les Eglises \

Un autre Capitulaire, de 789, réitère l'invitation adressée aux évéques et aux abbés d'ouvrir des écoles. 11 trace même en quelques mots le programme de celles-ci : « Qu'on y apprenne à lire aux enfants. Que dans tous les évêchés et tous les monastères on leur enseigne les psaumes, les notes, le chant, le comput, la grammaire^. »

Les conciles suivirent l'impulsion ainsi donnée. A Chalon-sur-Saône, en 813, l'année qui précéda la mort de Charlemagne ^, à Attignies en 822 ', à Rome en 826 ^, à Paris en 829 ^, les évêques s'obligent à ouvrir des écoles, ou demandent la fondation d'écoles

i. Constitulio de emendatione librorum et officiorumecclesiasticorum. Ibid., p. 204.

2. « ... Et ut scholae legentium puerorum fiant. Psalmos, notas, cantus, computum, grammaticam per singula monasteria vel episcopia discant... » Premier Capitulaire de 789, c. 70; Baluze, t. I, p. 23T; Boretius, p. o5.

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