I.KS ORIGINES DU SERVAGE
ouverte hors de l'enceinte du monastère au reste de la population, et oîi les religieux font la classe. En 815, Walafrid Strabo entra dans l'école des externes de l'abbaye de Rcichenau : elle comptait alors quatre cents élèves, tandis que la classe des internes en comptait cent'. Comme cette école d'externes annexée aux monastères, l'école établie à l'ombre de l'église paroissiale voit accourir la foule : c'est là que, conformément aux Capitulaires impériaux aussi bien qu'aux canons des conciles et au règlement de Théodulfe, les curés ont le devoir d'instruire les fils de leurs ouailles. Celle-ci est la vraie école populaire, où, sans prétention à une science plus étendue ou plus profonde, on forme les bons chantres, les bons lecteurs, et où l'on apprend à ceux qui seront plus tard les bons prêtres à pénétrer le sens des Ecritures.
Malgré la l)elle devise qui se lisait sur une porte de l'abbaye de Salzbourg :
Discere si cupias, gratis quod quaeris habebis,
l'enseignement supérieur donné à l'intérieur des monastères n'était pas toujours gratuit. On dit que sous le gouvernement de Frédégis, successeur d'Alcuin, des honoraires très élevés étaient demandés aux étudiants de Saint-Martin de Tours; lévêque de cette ville, Amalaric, ancien bibliothécaire du monastère, fit, en 840, une fondation pour y assurer
I. Hefele, Hixt, des conciles, trad. Leclercq, l. IV, 1911, p. i7.
la gratuité des études, fondation sanctionnée par un acte de Charles le Chauve'. Au contraire, à l'école paroissiale, la gratuité était de droit. Donner l'enseignement était une des obligations du prêtre. « Tous les prêtres doivent avoir des écoles dans les villas et dans les bourgs, dit le Capitulaire de Théodulfe. Si quelqu'un de leurs fidèles veut leur confier ses petits enfants pour qu'ils leur apprennent les lettres, ils ne doivent pas refuser de les accueillir et de les instruire. Il est écrit : « Ceux qui enseignent aux autres la justice brilleront comme des étoiles dans l'éternité. » Quand ils les instruisent, ils ne doivent exiger aucune rétribution^. »
J'en ai assez dit pour faire comprendre qu'un tel enseignement, au moins dans son premier degré, s'adressait aux petits autant qu'aux grands, et plus encore peut-être aux petits qu'aux grands.
Il en était ainsi même à la cour. Si Charlemagne, sa famille, ses dignitaires s'étaient mis à l'école d'Alcuin, d'Angelbert et des autres lettrés qui se pressaient dans le palais, si une sorte d'académie, dont les membres avaient pris des surnoms empruntés