‹ Les origines du servage en FranceChapitre 156 sur 163 · ConslasUchus. • Ibid · texte numérisé non relu

ConslasUchus. • Ibid

2. • Jamdudum illa pessima consuetudo erat, ut ex vilissimis servis summi pontiûces fièrent. » Thégan, De geslis Ludovici Pii, 20.

reproclié aux gens d'Église, et qui eut quelquefois cependant des conséquences heureuses, ils s'efforçaient de faire partager leur fortune à tous ceux qui leur tenaient par les liens du sang, et, après avoir franchi eux-mêmes, parfois un peu brusquement, l'étape, de la faire franchir de même à leurs parents. Tliégan déclare que les prélats subitement émergés de la servitude changent aussitôt de caractère et de mœurs. « Ceux qui auparavant étaient doux, disciplinés, deviennent, dès qu'ils sont montés sur le faîte, irascibles, querelleurs, médisants, obstinés, injurieux, ils accablent de menaces tous ceux qui leur sont soumis, et croient se faire ainsi craindre et louer tout ensemble'. » Ce sont les vices habituellement imputés aux parvenus : mais ce reproche est tellement un lieu commun, qu'on ne saurait l'accepter à la lettre : quelques-uns peutêtre l'ont mérité et ont ressenti le vertige des hauteurs trop vite atteintes : il est probable que d'autres, mieux trempés, de plus de sang-froid et de plus de vertu, y ont échappé. Mais Thégan fait encore aux prélats un autre reproche : c'est, nous l'avons dit, de travailler à l'élévation de leur famille. Ce qu'il écrit sur ce sujet est curieux. « Ils s'efforcent d'arracher leur ignoble parenté au joug de la servitude qui lui convenait, et de lui assurer la

i. • Postquam taies culmen accipiunt, iiun(|uani sicut antea tam mansueti et sic domesliii, ut non slalim incipiaut esse iracunili, rixosi, maliloqui, obstinati, injuriosi, et minas omnibus subjectis liromiltenles cl per liujusniodi negotia cupiunt ab honiinibus tinieri et laudari. > Ibid.

liberté. Ils font faire aux uns des études libérales ; ils donnent aux autres des femmes nobles pour épouses, et marient leurs parentes à des nobles. Personne ne peut vivre en paix avec eux, si ce n'est ceux qui ont contracté de telles alliances. Les autres passent leurs jours dans la plus grande tristesse, dans les gémissements et les pleurs. Mais leurs proches, dès qu'ils savent quelque chose, se moquent des plus nobles vieillards, deviennent hautains, capricieux, méprisants. Il ne reste presque rien de bon à ceux qui ont ainsi rejeté toute pudeur... Aussitôt que les parents de ces hommes ont acquis quelques connaissances, on les traîne vers les ordres sacrés, au grand péril de ceux qui les confèrent et de ceux qui les reçoivent. Et bien que quelquesuns d'entre eux soient vraiment savants, cependant leur scélératesse surpasse leur science : il arrive souvent que le pasteur d'une église n'ose point appliquer à d'autres la justice des canons, à cause de ses proches, et ainsi le ministère ecclésiastique devient un objet de mépris '. »

Ce que nous retenons de cette diatribe, trop générale pour être juste, et qui doit appeler beaucoup

1. « Turpissimam cognationem eorum a jugo debiUe servitutis nituntur eripeie, et iibertatem iniponere. Tune aliquos eorum liberalibus studiis instruunt, alios nobilibus feminis conjuiigunt, et propinquas eorum nobilium filios cogunt accipere.... Propinqui vero eorum postquam aliquid intelligunt, quod maximum periculum est dantibus et accipientibus, ad sacrum ordinem pertrahuntur. Et licet aliqui sint periti, tamen superat eorum doctrinam criminum multiludo... El illud ministerium pl^rumque a nonnullis valde despicilur, propter quod a talibus exliibetur ». Ibid.

d'atténuations, c'est le grand nombre de familles serviles qui, à la suite de l'élévation d'un de leurs membres, promu à une haute dignité de l'Eglise, s'élevèrent au-dessus de leur condition primitive, acquirent la liberté, contractèrent même de grandes alliances et donnèrent de nouveaux membres au clergé. De telles ascensions ne purent se faire sans causer bien des froissements. Dans une société très hiérarchisée, comme était celle du ix* siècle, on ne pouvait sortir du cadre sans y produire une sorte de brisement. Mais on en sortait, et c'était un grand progrès.

Toute la passion de Thégan se condense dans une dernière invective. 11 vient de rappeler les souvenirs du concile de Compiègne, oi^i, en 833, fut déposé Louis le Dél^onnaire. « Tous les évêques, dit-il, se montrèrent ses ennemis; les plus acharnés furent ceux que d'une condition servile il avait admis aux honneurs ou qu'il avait tirés du milieu des Barbares pour leur confier le pouvoir épiscopal. Ils choisirent pour chef un homme impudique et cruel, appelé Ebbon, évêque de Reims, descendant d'une famille d'esclaves... Alors fut accomplie cette parole du prophète Jérémie : « Des esclaves nous ont dominés. » Oh! quelle récompense lui as-tu donc réservée? Il t'avait fait libre, ne pouvant te faire noble, ce qui est impossible d'un affranchi. Il l'avait revêtu de la pourpre et du manteau; tu l'as, en retour, couvert d'un ciliée! Il t'avait, quoique indigne. Dromu à la dignité de pontife : tu as voulu,

par une sentence mensongère, le précipiter du trône de ses pères! Cruel, n'as-tu donc pas compris le précepte du Seigneur : « L'esclave ne doit pas s'élever au-dessus de son maître?... » Au moins, ceux qui insultaient Job étaient des princes, au dire du livre de Tobie. Mais ceux qui ont affligé l'empereur étaient ses esclaves et les esclaves de ses pères M »

Il serait inutile de reviser ici le procès d'Ebbon, sur lequel les contemporains ont fait peser la responsabilité de l'assemblée de Compiègne, et qui, déposé à son tour, mourut dans la disgrâce. Peutêtre tout ne fut-il pas bas et ingrat dans les motifs qui inspirèrent les évêques, et, en humiliant si profondément l'empereur, crurent-ils de bonne foi travailler au relèvement de l'autorité impériale-. Cela importe peu à la question qui nous occupe. Ce qui importe davantage est ceci : un fils de serf, devenu évêque, fut appelé à présider une assemblée qui comprenait, non pas seulement comme le dit Thégan, avec l'inexactitude et le dédain d'un Saint- Simon du ix'' siècle, des évêques de basse naissance ou d'origine barbare, mais les personnages les plus

1. « Omnes enim episcopi molesti fuerunt ei, et maxime hi quos ex servili conditione honorâtes habebat, cum his qui ex barbaris nationibus ad hoc fastigium perducti sunt. Elegeruut tune unum irapudicum etcrudelissimura, qui dicebatur Hebo, Remensis episcopus, qui erat ex originalium servoruoi stipe... Fecit te liberum, non nobilem, quod impossibile est post libertatem. Vestivit te purpura et pallio, et tu eum induisti cilicio... Qui istum vero affligebant, légales servi ejus erant ac patrum suorum. » Ibid., 43, 44.

2. Voir dans ce sens Kleinclausz, L'Empire carolingien, ses origines et ses transformations, p. 317-319.

considérables de l'Empire, et parmi eux des partisans d'une politique peut-être chimérique, mais très noble, comme Agobard et Wala. La différence des conditions ou des origines était effacée, et il semble que personne, à ce moment, ne l'ait aperçue.

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