‹ Les origines du servage en FranceChapitre 158 sur 163 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

aux maîtres, non seulement bons et modérés, mais encore méchants, et de leur obéir en toutes choses. Nous savons encore que le concile de Gangres a écrit : « Si quelqu'un, sous prétexte de religion, enseigne à l'esclave à mépriser son maître, et à lui refuser l'obéissance, la bienveillance et l'honneur, qu'il soit anathème '. » Si celui qui a enseigné à l'esclave à mépriser son maître et à lui refuser l'obéissance mérite l'anathème, combien plus l'esclave qui ne veut plus servir ce maître ! Il faut cependant distinguer entre celui qui le fait par orgueil et celui qui a pris la fuite par nécessité, contraint par la cruauté du maître. Agar aussi s'est enfuie, à cause des mauvais traitements de Sara, mais, sur les conseils de l'Ange, elle est revenue vers sa maîtresse. De même Onésime, l'esclave de Philémon, se sauva de chez son maître, inais, ayant été converti et baptisé par l'apôtre Paul, il lui fut renvoyé par celui-ci. Toutes les fois donc que de fidèles interprètes du Christ rencontreront un esclave fugitif, ils devront lui conseiller de revenir chez son maître et de lui rendre son obéissance, de peur d'encourir l'anathème. Cependant, s'il meurt dans sa fuite, il faut prier pour lui, à moins qu'il ne soit coupable de quelque crime plus grand, qui ferait perdre à la prière son efficacité '■*. »

1. Canon 3 du concile tenu ù Gangres, en Asie Mineure, aune date incertaine du milieu du (luatiième siècle.

•2. « ... Attarnen si in ipsa fuga obierit, oranduiu est pro eo, nisi forte aliquo crimine majore impliceiur, aut iu perlidiam devolvatur, unde Iructuosa pro eo non possit esse oralio. « Ilaban Maur, Ep. .W (dans Mon. Ueim. hist., Ep., t. V).

Cela revient à dire, après beaucoup de circonlocutions, que la fuite d'un esclave est un péché véniel, et à reconnaître timidement qu'un esclave a le droit, sans mettre en péril le salut de son âme, de se soustraire à la servitude.

Beaucoup moins subtils et moins méticuleux, beaucoup plus larges et plus humains se montrent Jonas, évêque d'Orléans \ et Agobard, archevêque de Lyon 2. Leur accord est d'autant plus intéressant à constater, que ces deux hommes considérables ne s'entendaient pas en politique, et que dans les troubles qui agitèrent le règne de Louis le Débonnaire ils furent chacun d'un parti opposé.

Le premier a résumé, dans un traité en deux livres, les devoirs des laïques. Parmi les plus importants de ces devoirs sont ceux qu'ils ont envers leurs esclaves ou leurs serfs. Ici, plus rien des théories d'Aristote. Jonas déclare, au contraire, qu'entre maîtres et serviteurs il n'existe aucune inégalité de nature. C'est donc en égaux que ceux-ci ont droit d'être traités. « Les hommes qui tiennent la première place ne doivent pas penser que ceux qui leur sont soumis diffèrent d'eux par la nature comme ils en diffèrent par le rang. Par une dispensation de la Providence divine, tel homme est inférieur à tel

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