De cavendo conviclu et societate Judaeorum
3. De insolcntia Judaeorum. A ces divers écrits il faut ajouter le mémoire De judaicis superslitionibus, adressé au même empereur par Agobard et deux, autres évoques.
de telle sorte que l'homme intérieur, créé à son image, ne soit soumis à aucun homme, pas même aux anges, à aucune créature en un mot, mais à lui seul... Quand donc ceux-ci viennent, parce qu'ils ont reconnu le Créateur dans cette partie intérieure de Ihomme qui est affranchie de toute servitude, et demandent à être régénérés par le baptême, pour quelle raison empêcherait-on des esclaves de le recevoir sans la permission de leurs maîtres, et ne les admettrait-on à servir Dieu qu'après qu'ils en auront obtenu la permission des hommes * ? »
Dans une autre lettre, Agobard s'exprime sur le même sujet avec plus de force encore :
« Je raisonne ainsi : tout homme est la créature de Dieu, et dans chaque homme, même s'il est esclave, la plus grande partie a pour maître Dieu, qui l'a fait parvenir à la lumière de ce monde, lui a conservé la vie, l'a maintenu en santé, bien plus que celui qui, pour vingt ou trente sous une fois donnés, en possède les services corporels. Personne ne peut douter que tout esclave, s'il doit faire travailler ses membres pour son maître charnel, doit le
1. « ... Licet peccatis exigenlibus juslissimo et occultissimo ejus judicio, alii diversis honoribus sublimati. alii servitutis jugo depressi, ita tamen a servis corporale nnnistcrium dominis exhibori ordinaverit, ut interiorem liomineni ad idiaginem suani ciulituiu iiulli hoiiiiiium, nuUi angeloruni, nuUi oniniiio creaturae, sed sibi soli voluerit esse subjectum... Cuin ergo hi qui ad baplismum veniunt per agnitionem Cieatoris iu interiore homine, qui ab omui servitutis conditione liber est, lenoventur, quae ratio esse pi)test, ut id servi absque perinissione doniinorum suorum oonsequi proliibeantur, nec servire eis Deo liceat, nisi liecntiam ab hominibus iinpelraverint? • Contra priteceptum impium de baptismajudakofum mancipiortim.
culte de son àme au seul Créateur. Aussi les saints missionnaires, compagnons des apôtres, ont-:ys baptisé tous ceux qui venaient à eux, les réunissant en un seul corps, leur enseignant qu'ils sont des frères et les enfants de Dieu, et leur apprenant à demeurer chacun dans l'état où il a été appelé, non par goût, mais par nécessité. Mais ceux qui' peuvent devenir libres doivent le chercher de préférence. Aussi est-il évident que si des païens s'enfuient vers le Christ, et qu'au lieu de les accueillir nous les repoussons, par égard pour leurs maîtres charnels, nous commettons un acte impie et cruel, puisque nul n'est le maître de l'àme humaine, si ce n'est celui qui l'a créée ' . »
On remarquera avec quelle fermeté Agobard tranche ici une question d'exégèse qui a été et qui est encore posée. Le célèbre verset 21, chapitre vu, de la première épître de saint Paul aux Corinthiens est de forme ambiguë, et peut se traduire de deux
i. « ... De qua re ego quidem talem teneo rationem : omnem prolecto hominem crealurain Dei esse, et in unoquoque homine, quamvis servo, majorem potestatem habere dominum Deum, qui in utero creavit, ad lucem luijus vitae produxit, concessam vitam custodivit, sanilatem servavit, quam illum qui viginti aut iriginta solidis datis fruitur corporis ejus servitto. Nec est qui dubitet quod unusquisque servus, membrorum corporis opéra carnali Domino debens, mentis religionem soli debeat Creatori. Propterquod omnes sancti praedicatores socii apostolorum... omnes baptizaverunt, omnes in uno corpore redigerunt, omnes fratres et filios Dei esse docuerunt, ila lamen ut unusquisque in quo vocatus est, in hoc permaneret, non studio, sed necessitjte. Sed et qui possent liberi fieri, magis uterentur. In promptu est eliam ratione coiiigere si qui ellinicorun ad Christuni fugiunt, et non recolligimus sed repudiamus propter carnales dominos, esse impiuni et crudele cum liumanae animae nullus esse possil dominus nisi conditor. » ConsuUatio et supplicalio de baptismo judaicorum mancipiorum.
laçons. Pour les uns, il veut dire : « Si tu peux devenir libre, profite plutôt de ta servitude. » Pour les autres, il signifie : « Si tu peux devenir libre, saisisen l'occasion avec empressement. » Le texte grec, comme la version latine, se prêtent aux deux sens. Les anciens Pères ont hésité : saint Jean Chrysostome l'entend dans le premier, saint Ambroise dans le second. Les commentateurs modernes sont également partagés '. Agobard, lui, n'éprouve aucune hésitation. Toutes les fois que des esclaves ou des serfs peuvent acquérir la liberté naturelle, ils ont le devoir de le faire : sed etsiquipossentliberi fieri, mugis uterentur. Agobard est de ceux dont le cœur est oppressépar l'idée de servitude, et qui, non contents de proclamer bien haut l'intangible liberté de l'âme, voudraient voir toute espèce de servitude disparaître.
Cette disparition avait été hardiment demandée, dès la fin du viii*^ siècle ou le commencement du ix' ; mais le cri poussé alors n'avait point eu d'écho. L'auteur de la généreuse parole était Smaragdus, abbé de Saint-Mihiel. Dans un livre adressé soitàCharlemagne, soit plus probablement à son fils Louis le Débonnaire, Smaragdus trace les devoirs du })rince, la « voie royale » qu'il est appelé à parcourir. Il pose le principe admis de tous les penseurs chrétiens :
1. Voir mon livre sur les Esclaves chrétiens, p. iOO, noie i.
« Nous avons été créés de condition égale, et c'est le péché qui nous a soumis les uns aux autres '. » Mais, plus hardi que ses prédécesseurs, et même que ceux qui viendront après lui, du principe il tire bravement les conséquences. L'esclavage doit disparaître. D'abord, dans sa source : « Défendez donc, ô roi très clément, que dans votre royaume personne ne soit réduit en captivité ^. « Smaragdus va jusqu'à trouver dans Moïse et dans les prophètes ce que personne, semble-t-il, n'avait encore vu avant lui, et ce qui paraîtra peut-être une exégèse un peu aventureuse : l'interdiction même de l'esclavage. « Montrez que vous êtes le fils très fidèle de ce Père céleste que vous priez chaque jour avec tous vos frères, en lui disant : « Notre Père qui êtes aux cieux. » Aimez ce qu'il aime et défendez ce qu'il défend. Il a lui-même ordonné, par la bouche de Moïse, que celui-là fût mis à mort, qui pour de l'argent aurait vendu son frère, fds d'Israël. Il nous enseigne par la bouche du prophète Amos qu'il ne pardonne pas à la ville de Tyr d'avoir réduit ses frères en captivité •^. » En vertu de ces oracels, non seulement le prince a le devoir d'interdire l'esclavage, mais encore chaque propriétaire d'esclaves a le devoir de rendre libres ceux qu'il possède. « L'homme doit obéir à Dieu, et, autant qu'il le peut, observer ses préceptes. Parmi les préceptes
\. • Condilione enim aequabili ter créait sumus, sed aliisalii culpa subacti. » Via regia, 30 (Migne, P. L., t. CHi.
2. . Prohibe ergo, clementissirae rex, ne in regno tuo captivitas fiât. » Ibid.