‹ Les origines du servage en FranceChapitre 161 sur 163 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

salutaires, entre toutes les bonnes œuvres, voilà ce qu'ordonne son infinie miséricorde : que chacun renvoie libres ses esclaves, car ce n'est pas la nature, c'est le péché qui les a assujettis^ » Mais il faut que quelqu'un donne l'exemple, et celui qui doit donner l'exemple, c'est le roi. « Honorez donc, ô très juste et très pieux roi, honorez Dieu pour tous, car il est écrit : « Au nom de tous, il m'a rendu honneur. » Honorezle donc, soit dans les esclaves qui vous sont soumis, soit dans les richesses qui vous ont été données : des premiers faites des hommes libres, des autres faites des aumônes, et ainsi vous obéirez en toutes choses aux préceptes divins-. »

La parole avait été dite trop tôt : rien ne montre que ni Charlemagne, ni Louis le Débonnaire y ait fait attention, bien que Smaragdus ait été un ami de l'un et de l'autre. Mais elle est un indice du travail qui se faisait dans les esprits. Pour qu'un homme aussi réfléchi que l'abbé de Saint-Mihicl eût lancé une telle idée, il fallait que son exécution ne parût plus impossible, et que ce qui naguère eût été un paradoxe, fût maintenant un idéal qui pouvait être proposé sans présomption et sans ridicule. C'est

1. t vere obedire débet honio Deo et ejus praeccpla in quantum ille possibilitatein dederit obedire. Et inter alia praecepta saliitaria et opéra recta, propter uimiam illius chai itatcin unusquisqiie liberoji débet dimittere servos, cousideransquia non illi eos natura subegit. sed culpa. • Ibid.

i, • Honoritica ergojustissime ac piissime rex, pro omnibus Deum tuum, quia ut scriptum est : < Pro omnibus lionorificuvil te, • sive ia servis tibi subactis, sine in divitiis til>i conccssis, ex illis libère» taciendo, et ex istis eleemosynas tribuendo, praeceptis illius obiv dire ne cesses. " Ibid.

déjà beau d'avoir entrevu et d'avoir montré la solution'. Mais elle viendra de la force des circonstances plutôt que de la volonté des hommes. L'auteur du De via regia avait trop attendu de la générosité et du désintéressement de ses contemporains.

En eût-il eu le pouvoir, — ce qui est plus que douteux, — Louis le Débonnaire n'aurait pas été l'homme d'une si grande œuvre. Ce prince, d'un cœur excellent, mais d'un esprit faible et d'une volonté changeante, n"était pas capable d'un dessein suivi. Malgré de fermes et clairvoyants conseillers, il n'avait pas su conserver l'unité de l'Empire. L'époux et le père avaient annihilé le souverain. Même sur le terrain de l'esclavage, où Smaragdus l'appelait à livrer un vaillant combat, il donna la mesure de sa faiblesse. Ses misérables concessions aux Juifs sur le baptême de leurs esclaves, si énergiquement combattues par Agobard, montrent jusqu'à quel point elle pouvait descendre. Et cependant, telle est maintenant la force du sentiment chrétien, qu'au risque de se contredire Louis le Débonnaire rappelle solennellement, lui aussi, ces grands principes d'unité, d'égalité, de fraternité, que les docteurs de son temps avaient si bien posés, et insiste avec eux sur le droit des esclaves et des serfs à être traités en frères. On lit dans la

1. Guizol parait avoir lu l'orL disUaitement la Via regia de Smaragdus : « Les idées, dit-il, sont sages et douces, mais communes : un seul fait mérite d'être cité, c'est le caractère beaucoup plus moral que religieux de l'ouvrage. ■> Hist, de la civilisation en France, t. II, p. 40G.

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préface d'une collection de Capitulaires, éditée sous son règne :

« Puisqu'il y a dans l'Eglise des personnes de condition diverse, comme les nobles et les non nobles, les serfs, colons, tenanciers, et autres dénominations de ce genre, il convient que ceux qui leur sont préposés, clercs ou laïques, se montrent à leur égard cléments et miséricordieux, soit dans les travaux qu'ils en exigent, soit dans les redevances et les tributs qu'ils en reçoivent; qu'ils sachent que ces hommes sont leurs frères, et ont avec eux un même Père, qui est Dieu, auquel ils disent : Pater noster qui es in cœlis, une même mère, la sainte Eglise, qui les a tous engendrés de son chaste sein par le baptême. Qu'on leur donne donc une discipline très douce et une utile direction : une discipline, de peur qu'en vivant dans le désordre ils n'offensent leur Créateur; une direction, de peur qu'ils ne fléchissent dans les épreuves de la vie, faute de l'appui de leurs chefs \ ))

Plusieurs choses sont à remarquer dans ces pa-

1. " Quia ergo constat in Eccicsia divcrsarum conditionuni liomines esse, ul sint nobiles et ignobiles, servi, coloni, iiiquilini et cetera hujusmodi nomina, oportet ut quicumque cis praelali sunt clerici vel laici, cleinenter ergo eis agaut et miscricorditer eos tractenl, sive in cxigendis ab eis uperibus, sive in accipiendis trit)Uiis, et quibusdam debitis; sciantque eos fratres sucs esse et unuin paticin secum haberc Deum, oui clamant : <> Pater noster, ipii es in coelis, » unam matreiii sanctani Kcclesiain, quae eos intemerato sacri lontls utero gignit. Disciplina igitur eis niisericordissinia et gubernatio opportuiia adliit>enda est; disciplina, ne indisciplinate vivendo auctorcm suum oirondant; gubernatio, ne in quotidiauis vitae commeatibus praelatorum adminiculo destituti latescant. ■ Capit. econciliis c.rrrrpta. i>, dans Mon. Germ. hist., l.eoes. sect. ii, t. I, n" 1.i4.

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