Vita s. Mélanine, 18; RampoUa, p
3. • Servi utiles, rustici morigeri, urbani, amici, obedientes, patronoque contenu. ■ Sidoine Apollinaire, Ep., IV, 9.
ne figurait sans doute qu'au dernier rang dans les préoccupations du législateur, si môme il y tenait une place quelconque ; il apparaît seul, aujourd'hui, aux yeux de l'historien. A partir de la loi de Valentinien, une très nombreuse catégorie de personnes de condition servile se trouva placée en dehors du commerce, c'est-à-dire soustraite pour une grande part à l'arbitraire des maîtres et aux misères de l'esclavage. Nous désignerons désormais par le terme consacré de serfs les individus appartenant à cette dernière catégorie, et nous réserverons le nom d'esclave pour ceux qui demeuraient voués au service domestique et aliénables comme des meubles.
Je n'ai pas besoin d'insister longuement ici sur le progrès que le servage représentait, comparé à l'esclavage : je l'ai indiqué plus haut, et il suffit d'avoir une notion claire de l'un et de l'autre état pour l'apercevoir. Le serf se trouva rapproché du colon. Au milieu des misères de toute nature qui assombrirent les dernières années de la domination romaine en Occident, la condition de ce dernier n'avait pu demeurer, en beaucoup de lieux, ce qu'elle était légalement et théoriquement ; les textes du iv'^ et du ve siècles nous laissent deviner l'oppression à laquelle le colon fut quelquefois soumis. Il ne garda souvent de la liberté que le nom. Le serf, au contraire, grandit. Est-ce lui qui monta jusqu'au niveau du colon ? n'est-ce pas plutôt le colon qui s'abaissa jusqu'à lui ' ?
1. < Quae cnim ditferentia inter serves et adscriptitios iiUelligatur, cum uterque in domini sui positus sit potestate, et possil servum
Sans examiner cette question, on peut dire qu'une sorte de nivellement s'établit entre les deux situations, et que les différences qui les séparaient parurent près de s'effacer, sinon en droit, au moins en fait; les textes les nomment souvent ensemble, comme s'ils étaient de condition semblable. Certes, l'égalité dans la servitude et dans l'abaissement est chose triste ; il y eut cependant un avantage pour une catégorie d'esclaves à se sentir l'égale, la voisine au moins, d'une certaine catégorie d'hommes libres, si misérable que fût parfois devenue cette dernière : depuis tant de siècles l'esclave, étant au-dessous de tous, n'avait été l'égal de personne !
Tel est le premier progrès survenu dans la condition de l'esclave : par le servage, toute une partie de cette classe opprimée et méprisée s'élève d'un échelon, et forme comme une population intermédiaire entre les esclaves et les derniers des hommes libres. Ce progrès, qui contient tant de germes féconds, a dans l'histoire une date précise : il remonte au règne de Valentinien et Gratien, c'est-à-dire à la dernière moitié du iv^ siècle, à une année qui se place entre 367 et 375.
cum peculio nianumiUere, et adscriptitium cum terra dominio expellere? » Rescrit de Justinien, au Code Jusi., XI, xlvii, 21.