Jbid., p
Avant le succès définitif des invasions barbares, l'esclavage semblait, certes, fort loin encore de disparaître : mais quelques-uns des maux qu'il entraînait avaient déjà été conjurés, et il était véritablement battu en brèche de toutes parts. L'Empire romain étant, depuis longtemps, réduit à ne plus faire que des guerres défensives, une des sources de l'esclavage, celle qui est alimentée par la mise en vente de nombreux prisonniers de guerre, de populations entières arrachées à leur patrie par la conquête, était à demi fermée. Les lois romaines, pénétrées chaque jour davantage par l'esprit chrétien, s'étaient graduellement adoucies à l'égard de l'esclave, et elles tendaient à mettre sa condition en rapport avec les mœurs plus humaines et plus pures que la religion nouvelle avait substituées aux mœurs antiques. Enfin, comme on l'a vu, beaucoup d'esclaves avaient eu leur situation non seulement améliorée, mais transformée par le servage.
Les invasions compromirent ces résultats. Elles jetèrent de nouveau sur le marché d'innombrables populations enlevées à leurs foyers : — elles remplacèrent les lois romaines par des lois qui, en général, se montrèrent beaucoup plus dures pour les esclaves : — elles effacèrent la distinction juridique établie au iv** siècle entre l'esclavage proprement dit et le
servage, et ramenèrent ainsi les serfs à la situation précaire des esclaves.
Ce dernier fait a seul trait directement à l'étude que nous avons entreprise. Cependant il est nécessaire d'expliquer au moins sommairement les deux autres, si nous voulons donner une idée claire du rôle qui appartient aux Barbares dans l'histoire de l'esclavage.
Et d'abord, il paraît incontestable que les invasions arrêtèrent la diminution commencée du nombre des esclaves, et au contraire accrurent considérablement celui-ci.
Il ne faut point nous figurer les nouveaux maîtres des Gaules, Francs, Wisigoths, Burgondes, sous les traits plus ou moins idéalisés des Germains de Tacite. Chez ces derniers, il y avait peu d'esclaves, au dire du grand historien, et ces esclaves n'étaient guère employés qu'à la culture de la terre : les besoins personnels des maîtres étaient peu nombreux : les chefs aimaient à être entourés d'hommes libres, et dédaignaient la société de leurs serviteurs : l'esclavage domestique existait à peine dans ces peuplades à la fois agricoles et guerrières^. Mais, devenus possesseurs des plus belles provinces de l'Empire, les Barbares s'amollirent vite au contact de mœurs élégantes et faciles^ : ils s'amollirent plus vite qu'ils ne se civilisèrent. Ils gardèrent leurs vices, mais ils y joignirent les vices des vaincus. La