‹ Les origines du servage en FranceChapitre 38 sur 163 · Code Justinien, VIT, xxiv · texte numérisé non relu

Code Justinien, VIT, xxiv

manique refusèrent dabandonner en cette matière les vieilles traditions de leur race. F^nfermer, quant au mariage, chacun dans sa classe, sans lui permettre d'en sortir en s'alliant avec une personne qui fût au-dessus ou au-dessous de sa condition, est une tendance qui se rencontre chez tous les peuples germains. Jusqu'à la conquête de leur pays par Charlemagne, les Saxons y demeurèrent fidèles. « La loi établit chez eux, dit le vieil historien Adam de Brème, que nul ne doit, pour se marier, sortir des limites de son état propre, mais que le noble doit épouser une femme noble, le libre une femme libre, l'affranchi une affranchie, l'esclave une esclave ^ » Le principe posé si énergiquement par la législation païenne des Saxons se retrouve dans les lois des Francs, des Burgondes, des Lombards, des Wisigoths, malgré leur conversion au christianisme. Elles sanctionneat sur l'union des personnes libres et des esclaves des dispositions beaucoup plus dures que le sénatus-consulte Claudien, et parfois empreintes d'une étrange sauvagerie.

Sans doute, aucune condamnation ne frappe l'homme libre qui s'est uni à sa propre esclave. Le nombre des serves du fisc, que Clotaire et ses fils, qui pratiquaient la polygamie et le divorce, au mépris des lois divines, honorèrent simultanément ou successivement du titre d'épouses et de reines, est

1. • Lcgibus lirmatur ut nulla pars iu copulaiulis conjugiis propriae sortis terininos transférât, seti nobilis nobileiii ducat uxorem, et liber liberam, libertus conjugatur liberlac, et servus anciitae. - Adam de Brème, Htst, Ecclesiarum Hamburyensis et Bretnensis, I.

trop grand pour qu'on puisse citer chacune d'elles : il suffit de renvoyer aux curieux récits de Grégoire de Tours ^. Un peu plus tard, Erchinoald veut épouser l'esclave Bathilde, qui le refuse, et devient la femme de Clovis IP. Théodebert II, roi d'Austrasie, épouse l'esclave Brunechilde^. Mais l'union des femmes libres avec leurs serviteurs est sévèrement punie. 11 semble que les lois aient peur des fougueuses passions de ces matrones barbares, qui s'éprenaient de leurs esclaves avec l'impudeur des Romaines de la décadence^. Mais au lieu de leur ouvrir, comme le fit un pape du m® siècle^, le port tranquille du mariage, et de purifier la "passion en la soumettant à la règle, les lois des Barbares aiment mieux frapper impitoyablement. Chez les Ripuaires, quand une femme ingénue s'est unie à un esclave de même nation, ses parents peuvent la dénoncer : le roi ou le comte lui présente alors un couteau et une quenouille : si elle prend le couteau, elle doit tuer son amant; si elle choisit la quenouille, elle tombe en servitude^. Chez les Wisigoths, lorsqu'une femme ingénue épouse son esclave, ils sont

i. si dramatiquement mis en œuvre par Augustin Thierry : voir surtout le premier de ses Récils des temps mérovingiens, qui donne si bien l'idée de la vie privée des monarques francs.

Page 1