‹ Les origines du servage en FranceChapitre 53 sur 163 · Code Thpodosien, X, x · texte numérisé non relu

Code Thpodosien, X, x

3. Concile d'Orléans (Ml), canon 23; Vlodûard, Hist. eccl. Remensis, I, 20; Capilulaire de V/orms (839), 9.— Dans l'histoire de la translation des reliques de saint Germain, évéque de Paris, vers 790, on

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ils saisissaient en général avec empressement les occasions de devenir, eux aussi, les hommes de rïCglise. L'auteur de la Vie de saint Rémi raconte^ que les habitants des domaines que le fisc possédait dans la banlieue de Soissons, écrasés par les exactions, supplièrent Clovis de leur permettre de payer désormais à l'Eglise ce qu'ils devaient au trésor royal ; le roi y consentit, et fit don à saint Rémi do tout le territoire dont il aurait pu accomplir le tour pendant que lui-même ferait sa sieste de midi^. Quand Dagobert eut donné à saint Eloi une villa du fisc, près de Limoges, pour y bâtir un monastère, tous les habitants du domaine, heureux de passer sous le joug ecclésiastique, firent éclater leur joie ^.

lit : « In hoc pago Parisiaco ipsi fiscalini vestri ob fortitudinem Celsitudinis vestrae valdesunt insolentes, et teuieiarii, et multamala contra hune iocum perpétrant. » Cf. Nuratori, Disserlazioni sopra le Antichita italiane, xiv, t. I, p. 123. — Il fallut un article spécial d'un édit de Clotaire II (G14) pour mettre un terme aux déprédations des porchers du fisc, porcarii fiscales, qui envahissaient abusivement les forets de l'Église ou des particuliers. Ëdictum Chlotarii régis. 21, dans Baluze, Capitularia, t. 1, col. 23; Recueil des historiens de France, t. IV, p. Ilî); Boretius, Capitularia, p. 22.

i. •< Petentibus locoruin incolis, qui niuUiplicibus cxcniis erant gravati, ut quod régi debcbant Kcclesiae persolverent, rex sanclo Remigio concessit, ut quantum circuisset dum ipse mcridie quiesceret, illi donaret. ■> Vita S. ReinifiH, dans Acla SS., octobre, t. II, p. I.'i2; Klodoard. Hist. eccl. Hem., I, 14. Voir, sur ce passage, Kurth, Clovis, 1901, t. II, p. 173, 262.

2. Ce récit peut être plus ou moins légendaire; mais il semble que cette manière de délimiter une concession de terre soit un reste des usages primitifs qui accordaient au premier occupant la possession des terrains vacants. En 955, le comte Pago, burgrave de Katisbonne, donne à l'c'Véque de Saint-Emmeran un fonds de terre qu'il a acquis par occupation {bifançi) en en faisant te tour à cheval avec ses hommes, et en l'enlourant de clôtures. Codex tradilionum Sankt-Emviei-a7ien.sium, XLll (dans Pez, Thésaurus anerdolorum noi'mimM*, Augsbourg, t. I, 1721, p. 109).

3. « Mox ergo ut hoc nuntialum est, cunctis loci illius exuHanli-

On voit, par ces deux exemples choisis entre une multitude d'autres, quelle fut la libéralité des rois mérovingiens envers l'Eglise. Il n'est presque aucun d'eux dont on ne possède quelque charte de donation à des évêques ou à des moines. A leur exemple, les grands du royaume se plurent à enrichir le patrimoine de l'Eglise, cest-à-dire, dans ces temps de misère et de perpétuelle instabilité, la réserve des pauvres ^ « Cette année, dit Grégoire de Tours, mourut Chrodinus, homme plein de magnificence, de bonté, de piété, très aumônier, protecteur des pauvres, généreux envers les églises, nourricier des clercs. Souvent il créait des domaines ruraux, plantant des vignes, bâtissant des maisons, mettant les terres en culture, et, faisant venir des évêques pauvres, il leur donnait ces maisons, avec les cultivateurs, les champs, les meubles, les ustensiles, les employés et les serviteurs, disant : « Que ces choses deviennent la propriété des églises, afin que les

bus... » Vita S. Eligii, I, i;i; Mon. Germ. hist., Script, rer. merov.. t. IV, p. 680. — Cependant, la joie n'était pas toujours unanime, et il y avait aussi des opposants à ce changement de maîtres et d'état. Flodoard raconte que, pendant que saint Rémi traçait les limites du domaine octroyé par Clovis, un meunier — ancêtre peut-être du célèbre meunier de Sans-Souci — s'opposa à ce que son moulin fût englobé dans les possessions de' l'Église ; dans le même sens protestèrent le propriétaire d'un petit bois, et même les liabitants de tout le village de Chavignon {Hist. eccl. Rem,, I, 14). L'historien entoure ces faits de circonstances légendaires, sur lesquelles nous n'avons pas à nous prononcer; mais ils sont un symptôme intéressant d'une disposition contradictoire des populations à cette époque : la majorité préférant le joug de l'Église à tout autre joug, et même à l'indépendance, un petit nombre redoutant de changer de maître en acquérant un protecteur.

1. Voir les textes cités par Lesne, Hist. de la propriété ecclésiastique 1. 1, p. 1S8-161, auxquels on pourrait ajouter beaucoup d'autres.

pauvres en soient nourris et m'obtiennent grâce auprès de Dieu'. » Les immeubles donnés l'étaient avec tous les hommes qui, à des titres divers, s'y trouvaient attachés, cultores, ministri, famuli, dit Grégoire de Tours dans le texte qui vient d'être cité, accolabus, mancipiis, colonis, /ibertis, disent souvent les diplômes, les testaments et les formules-. Mais l'Église ne recevait point seulement des f^illae habitées. « On aurait tort de croire que ces terres immenses qu'on lui donnait se trouvaient toujours en état de culture et d'exploitation 3. » Au lendemain des invasions, une grande partie du pays était dévastée. « Les Germains, en s'ctablissant dans les Gaules, n'ont pas fait moins de mal à l'agriculture qu'à tout le reste de la civilisation. Ce qu'on y trouvait d'agriculture était non pas ce qu'ils avaient apporté, mais ce qu'ils n'avaient pas détruit^. » Ils avaient malheureusemcxit détruit beaucoup. Aussi, des bienfaiteurs moins généreux que le chrétien célébré par Grégoire de Tours pouvaient-ils, sans

1. >• Saepe a novo fundans villas, aedilicans domos, cuUuras erigens, vocatis episcopis, quorum erat parva facallas, dato epulo. ipsas domos cum cultoribus et culturis, cum argenlo, peristromati- 1)U8, ustensilibus, ininistris elfamulis, bénigne distribuebat, dicens : aint haec Ecclesiae data, ut dum de his pauperes reûciuntur, mihi veniam obtineant apud Deum. • Grégoire de Tours, //. F., VI, 20.

2. Pardessufs, Diplomata, CLwn, ccliv, cci.vi, cclxxxv, cccxxixccLi, cccLvin, cccLix, cccLxiir, cccix, etc.; For7nulae Marcul/i, II, 1. 3, 4, 23; Formulai! Sirmondicae, 1, 35, 37; Formulae Bignonianae. 19; Formulae Lindenbroijii, Ti; Mnratori, i)js.<. sopra le Antichita ilaliane, t. I, p. 121. Voir, plus haut, p. 73. quelques extraits du Cartulaire de Saint-Dertin.

3. Naudet, De l'état des })crsonnes en France sous les rois de la première race, 3» partie, p. 156.

4. Guérard, Polyptyque de Vabbi- Irminon, Prolégomènes, t. I, p. 636.

s'appauvrir, donner à l'Église de vastes territoires, composés de lieux incultes, de terrains vagues et sans valeur sur lesquels une végétation sauvage avait depuis longtemps remplacé la belle culture de l'époque gallo-romaine ^ « Sur la rive droite de la Loire, à cinq lieues en aval d'Orléans, dans cette contrée qui est aujourd'hui le jardin de la France, le castrum gallo-romain de Magdunum, qui occupait le site de la ville actuelle de Meung, avait complètement disparu sous les bois, quand le moine Liéphard vint, au vi^ siècle, accompagné d'un seul disciple, y porter ses pas ; à la place de nombreuses populations qu'on y avait vues jadis, il n'y avait plus que des arbres dont les tiges et les branches entrelacées formaient une sorte d'impénétrable retranchement^. C'est ainsi encore que Colomban ne trouva plus que des idoles abandonnées au mOieu des bois, sur le site de Luxeuil qu'avaient jadis occupé les temples et les thermes des Romains^. » La célèbre abbaye de Saint- Maur des Fossés, près de Paris, fut fondée sur les ruines d'un vieux castrum romain, appelé camp des Bagaudes, qui dépendait du fisc, comme beaucoup de ces terrains abandonnés''., et que l'archidiacre

1. Je dis : la belle culture, et je renvoie, pourjustiûerce mot, aux nombreuses lettres dans lesquelles Sidoine Apollinaire montre les grands propriétaires avec lesquels il était en relation d'amitié dirigeant eux-mêmes, avec le plus grand soin et un véritable amour, l'exploitation de leurs terres. Ce côté de la civilisation romaine ea Gaule, antérieurement à la domination barbare, n'a pas été assez remarqué.

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