Montalembert, Les moines d'Occident, t. n, p. iOl
5. Monachos in Rotono laborantes. • Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. H, 1707, p. G8. — « Ad illos monachos laborantes et regulam sancti Benedicti opérantes in monasterio quod dicitur Uoton. » A. deCourson, Cartulaire de l'abbaye de Redon (dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France), 1870, n° xii, p. 12. Cf. n" XV, p. 13; n" clxxviii, p. 137. — «Monachis ibidem servientibus. » Pardessus, Diplomala, cclxxii.
ti. • Monachis quotidianum rurale opus lacientibus. • Concile d'Epone (517), canon 8.
ques, les prêtres suivaient l'exemple donné par les religieux : eux aussi, enrichis sous la condition tacite de remettre en valeur des contrées souvent incultes et dépeuplées, durent travailler de leurs mains, planter des vignes comme saint Germain de Paris*, ou vivre comme Etherius, évêque de Lisieux, au milieu de leurs ouvriers et de leurs laboureurs-.
Mais ces ouvriers, ces laboureurs, comment les attirer sur les vastes domaines dont plusieurs étaient depuis des siècles sans habitants, soit que la population ait fui devant les rigueurs de la fiscalité romaine, soit qu'elle ait péri ou émigré à l'époque des invasions? Rassembler sur ses terres une population nouvelle fut pour l'Eglise une œuvre très difficile. En beaucoup de lieux, elle se vit obligée d'acheter des esclaves et de les y installer à titre de serfs. Saint Grégoire le Grand, le doux et habile administrateur du patrimoine de l'Eglise romaine, avait donné l'exemple. Il fit quelquefois acheter des esclaves sardes, d'origine africaine, et les établit sur les domaines ecclésiastiques delà Sicile^. Cet exemple fut suivi par les prélats des pays francs, par ceux mêmes qui, comme les évêqucs de Reims, Romulfe et Sonnât, donnaient la liberté à leurs propres esclaves. Flo-
1. Dans les terres de l'abbaye fondée parChildebert en 543 en l'honneur de la sainte Croii et de saint Vincent, et qui reçut plus tard le nom de Saiut-Germain, on montrait encore, au m" siècle, cinquantetrois arpents de vieilles vignes que le saint évèque avait lui-même plantées. Cuérard, Polyptyque de l'abbé Inninon, t. II, p. 117, n» 1.
2. • Die vero, quum sacerdos operarios in agroadgresaverat ad sulcandum... » Grégoire de Tours, //. F., VI, M.
a. Saint Grégoire le Grand. Rp., IX, 18.
doard a tracé avec un grand soin le tableau de l'administration temporelle des évêques de Reims. Il note qu'Egidius (560-590), Romulfe (590-593), Sonnât (593-631), saint Nivard (650-665), saint Rieul (670- 693), saint Rigobert (693-733), Tilpin (733-794), achetèrent des serfs pour les domaines de l'Eglise^. 11 est permis de croire que le principal effort de ces prélats avait porté sur le recrutement d'une population de cultivateurs libres, et qu'ils ne recouraient aux serfs que pour combler les lacunes de celle-ci : le même historien nous montre, en effet, Leudegisil (631-641), saint Rieul, saint Rigobert, Tilpin, établissant des colons sur un grand nombre de terres de l'Eglise de Reims-, et toujours il distingue soigneusement les colons et les serfs.
On a vu que le service sur les terres de l'Église était préféré au service sur les terres des particuliers, et même, en dépit des privilèges dont jouissaient les fiscalini^ au service sur les terres du roi, et l'on a déjà entrevu les causes de cette préférence. Je les résume ainsi : la douceur plus grande de la domination ecclésiastique, — la fixité plus assurée des charges et redevances, — une protection plus efficace contre les exactions et les violences. — et surtout
\. Flodoard, Hist. ecclesiae Remensis, II, 2, 4, 5, ", 10, 11, 17. Ci. Formulae Bignonianae, 4.