‹ Les origines du servage en FranceChapitre 67 sur 163 · Vuir plus haut, p. 1U · texte numérisé non relu

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n'eussent pu, comme les autres serfs, aspirer à la liberté. Heureusement il n'en était pas ainsi. Une étude plus attentive des faits et des textes nous montrera que, malgré les apparentes entraves résultant del'inaliénabilitédes biens d'Eglise, il était possible de concilier celle-ci avec les impulsions de l'humanité ou de la conscience, et que nulle interdiction canonique et nulle impossibilité de fait n'empêchaient l'évêque qui voulait affranchir ses serfs d'agir envers eux comme le pouvaient les autres maîtres, et de les transformer, lui aussi, en hommes libres.

Cela était évident pour ceux qui lui appartenaient en propre, qu'il avait trouvés dans l'héritage paternel ou qu'il avait acquis autrement. L'élévation au sacerdoce ou à l'épiscopat n'avait pas pour effet de transmettre à l'Eglise les propriétés privées des évoques ou des prêtres. Ceux-ci, à toute époque de leur vie, demeuraient libres d'en disposer à leur gré. Leur patrimoine personnel ne se confondait pas avec le patrimoine de l'Eglise. On s'en rend compte en lisant le testament de saint Rémi, qui partage ses biens entre trois légataires : l'évêché de Reims et deux de ses neveux. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de voiries personnages ecclésiastiques affranchir, soit de leur vivant, soit par acte de dernière volonté, les serfs qui leur appartenaient en propre, et sur lesquels ils avaient conservé tous leurs droits. Pour prendre un exemple, celui des prélats qui se succédèrent à cette époque sur le siège de Reims, et dont Flodoard a recueilli avec tant de soin les souvenirs,

on voit saint Rémi affranchir par testament beaucoup de ses esclaves ou de ses serfs, saint Romulfe rendre la liberté à la plupart des serviteurs de sa maison, souvent affranchir de même plusieurs de ses serfs, en leur laissant quelques biens ^ Semblables dispositions se rencontrent dans les testaments de Bertramn '^, évêquedu Mans (633), de saint Eloi •', évoque de Noyon (631), du prêtre ' Aredius (573). L'abbé Leodobold (667), donnant à un monastère plusieurs villas, avec les serfs qui les cultivent, en excepte ceux qu'il pourrait encore affranchir ^'. L'évêque d'Auxerre saint Didier (604-622), qui fit des dons de terres à presque toutes les églises de Bourgogne et d'Aquitaine, affranchit deux mille de ses serfs ^.

Ces bienfaiteurs parfois si généreux n'avaient rien à démêler avec la règle de 1 inaliénabilité, puisque ceux qu'ils dotaient ainsi de la liberté leur appartenaient en propre, faisaient partie de leur patrimoine, et n'étaient pas du domaine de leur Eglise. Mais on comprend que pour des hommes qui montraient une telle bienveillance à leurs serviteurs, il eût été dur de ne pouvoir récompenser de la même manière de bons serviteurs de l'Eglise confiée à leurs soins. Cette privation leur fut épargnée.

i. Flodoard, Hist. eccl. Rem., I. 18; II, 3. 3. Pardessus, Diplomata, ccxxx.

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