‹ Les origines du servage en FranceChapitre 70 sur 163 · ïrisar, i>. Gregorio maguo, p · texte numérisé non relu

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qui vous met à part des habitants de ce pays : vous vous appelez la famille du saint apôtre Pierre, et pour ce motif vous devez l'emporter sur tous par la qualité de vos mœurs. Vous devez encourager dans le bien ceux qui vous sont soumis (les colons et les esclaves), leur rappeler fréquemment de qui ils sont les serviteurs, leur faire détester les pillages et les actions mauvaises des Barbares, pour tout dire d'un mot la famille de l'Église doit par ses bons exemples s'attirer en tout lieu l'estime et le respecta » Saint Grégoire eut l'occasion de se mêler souvent des affaires de Gaule ^ : mais peutêtre ne le fit-il jamais plus efficacement que par cette intervention indirecte et cette belle leçon de choses. Nous ne savons dans quelle mesure il affranchissait les esclaves du patrimoine soit en Gaule, soit ailleurs. Sans doute il n'eut jamais la pensée d'affranchissements en masse comme en firent les patriciens convertis du m* et du iv^ siècle, et même de charitables propriétaires d'un temps plus voisin de lui. Rien au moins ne l'indique dans ses lettres. Probablement partageait-il sur ce point les idées que nous venons de voir exprimées parles conciles gaulois, et jugeait-

1. Saint Grégoire le Grand, Ep., V, 31 : Conductoribus massamm sive fundorum per GaUiani constilutis.

2. Pour protester contre les élections épiscopales viciées par la tyrannie royale et par la simonie, et pour réclamer la conrocation plus fréquente de conciles. Voir Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, 1855, p. 89 ; Fuslel de Coulanges, La monarchie franque, 1888, p. 560; Grisar, S. Gregorio Magna, p. 285-316; Vacandard, Études de critique et d'histoire religieuse, première série, 1905, p. 158-187. Il ne faut pas croire cependant que tous les évêques nommés alors même par de mauvais rois fussent de mauvais évêques; voir sur ce sujet Fuslel de Couianges, ouvr. cité, p. 593-598.

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il qu'une sage mesure devait être gardée en cette matière. Mais toutes les fois qu'un motif d'humanité ou de religion l'y poussait, il n'hésistait pas à affranchir individuellement les esclaves ecclésiastiques. Il le faisait alors en justifiant son acte par les considérations les plus élevées. Il leur accordait la liberté gratuitement, en leur laissant leur pécule, et sans se croire obligé d'indemniser son Église. C'est ce qui résulte d'une formule employée par lui, que l'on a souvent citée, mais qu'il me paraît intéressant de reproduire ici, d'abord parce qu'elle est très belle, ensuite parce qu'elle me semble résumer clairement la situation, et enfin parce qu'il n'y aurait pas besoin d'en presser beaucoup les termes pour en faire sortir les considérants d'une sentence d'abolition future de l'esclavage. « Puisque le Rédempteur et le Créateur du monde a ,'oulu s'incarner dans l'humanité, afin de rompre par la grâce de la liberté la chaîne de notre servitude et de nous restituer à notre liberté primitive, c'est bien et sainement agir que de rendre le bienfait de la liberté originelle aux hommes que la nature a faits libres, et que le droit des gens a courbés sous le joug de l'esclavage'. C'est pourquoi vous, Montanus et Thomas, serviteurs de la sainte Église romaine, que nous servons aussi avec l'aide de Dieu, nous vous faisons libres à partir de ce jour et citoyens romains, et nous vous laissons

1. Sur la théorie romaine du droit des gens générateur de la ser vitude, et contraire sur ce point au droit naturel, voir Uipien, au Digeste, I, i, 4, et les Imtilutes de Justinlen, I, ii, i. Cf. Carlylc. Mediaeval poUtical theory in thf West, t.l. 1903, p. ♦«-«.

tout votre pécule ^ » Ce pécule se composait surtout d'un legs qu'un prêtre avait fait aux deux esclaves. Le montant de ce legs passera, après eux, à leurs enfants légitimes : il ne fera retour à l'Eglise romaine qu'au cas où les deux affranchis ne laisseraient pas de postérité.

Nous sommes assez bien renseignés sur l'Espagne wisigothique. Les conciles, si nombreux depuis la conversion du roi Reccarède, en 589, jusqu'au vin® siècle, époque de la conquête arabe, ont sans cesse l'occasion de s'occuper des esclaves. Beaucoup de leurs canons réglaient la condition des affranchis ecclésiastiques : ceux-ci paraissent former une classe importante delà population. Leur existence en si grand nombre prouve jusqu'à l'évidence que là aussi les évêques avaient le pouvoir de donner la liberté aux esclaves et aux serfs de leurs Églises, et qu'ils en usaient largement. Il existe cependant une différence sensible entre la législation des conciles espagnols sur cette matière et celle des conciles gaulois. On rencontre dans ceux là une tendance plus restrictive, qui tient sans doute à l'esprit de la race, plus autoritaire et moins souple que la nôtre : on paraît parfois , de ce côté des Pyrénées, embarrassé pour concilier le maintien nécessaire de l'inaliénabilité du patrimoine ecclésiastique et la faveur due à la liberté .

Le principe ordinairement suivi, c'est que l'affranchissement des serfs ne doit pas appauvrir l'Eglise à

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