‹ Les origines du servage en FranceChapitre 77 sur 163 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

2. Concile d'Agde, cauon 1 ; concile d'Orléans IV, canon 0; concile de Tolède IX, canon IC.

quand on regarde l'ensemble de cette législation, après avoir étudié en détail chacun des canons qui la composent. Et l'on a le droit d'en conclure, croyons-nous, qu'au moins à l'époque où elle fut constituée, la plupart des affranchissements accordés sur les terres de l'Eglise ou des monastères étaient gratuits.

Une curieuse lettre épiscopale, conservée dans la collection des épîtres de saint Boniface, montre un abbé refusant d'affranchir une esclave, malgré la demande d'un évêque. Celui-ci, ému d'un tel refus, essaya de racheter à prix d'or la liberté de l'esclave. L'évéque était Brithw^ald, archevêque de Cantorbéry au commencement du vm'' siècle. L'abbé s'appelait Beowald. Voici la traduction de la lettre \ adressée par Brithwald à un autre prélat, Forthere, évêque de Scherborn :

« La requête que j'avais présentée en votre présence au vénérable abbé Beowald, pour obtenir l'affranchissement d'une jeune fille captive, qui, j'en ai la preuve, a des parents dans notre voisinage, n'a rien obtenu, contrairement à mon espérance. Je suis de nouveau ému par les prières de ses proches, et j'ai pensé que le meilleur moyen de réussir serait de vous envoyer cette lettre par un parent de la jeune fille, nommé Eppa. Je vous supplie d'obtenir de cet abbé qu'il accepte des mains du porteur 300 sous pour le rachat de l'esclave, et qu'il la remette aux

1. Inter Epist. S. Bonifacii, n» 7, dans Jaffé, Monum. Moguntina,

mains de celui-ci, afin qu'elle passe le reste de sa vie avec ses proches, non dans la tristesse de la servitude, mais dans la joie de la liberté. Quand votre charité aura procuré le succès de cette affaire, vous serez récompensé par Dieu, et vous aurez droit à mes remerciements les plus cordiaux. Et même notre frère Beowald ne perdra par là, selon moi, aucun des droits qu'il peut avoir légitimement sur elle'. Je termine par où j'aurais dû commencer, en vous demandant, quand vous prierez pour vous, de daigner en même temps faire mention de moi. Puisse Notre- Seigneur Jésus-Christ accorder à votre Révérence une longue vie ! »

J'ai voulu reproduire intégralement cette lettre, afin de ne dissimuler aucun aspect défavorable du sujet que je traite. Montalembert, qui en a donné une traduction abrégée, ajoute : « C'est l'unique exemple que j'aie pu découvrir d'un fait de ce genre, et heureusement la prompte et généreuse réparation du mal s'y trouve à côté du mal lui-même 2. » Je dirai à mon tour que cette lettre, qui montre en conflit la dureté d'un abbé et la charité d un évoque, fait voir que non seulement aux yeux de celui-ci l'affranchissement gratuit des esclaves monastiques était licite, mais encore que le refus dun tel affranchissement pouvait exciter autant d'indignation que de surprise. La réserve discrète et toute chrétienne

1. Probablement à cause de Vobsequium et des operae dus par l'altranchi à son ancien maître. I) en sera question plus loin.

2. Les moines d'Occident, t. V, 18«7, p. 189. Cf. Brownlow, Lectures on Slavery and Serfdom in Europe, ISW, p. 407-108.

du langage de Brithwald ne met que mieux en relief ces sentiments.

Beowald, apparemment, était une exception, ou gouvernait quelqu'un de ces monastères relâchés que dénonce avec tant d'énergie son contemporain, le moine historien Bède ^ . Sans doute on jugera plus sainement de l'esprit qui animait les moines anglosaxons, en rappelant les exemples donnés vers le même temps par quelques-uns d'entre eux. Une partie des aumônes reçues par Aidan, le fondateur du monastère deLindisfarne, en Northumbrie, était employée à la rédemption des esclaves. Parmi ces derniers, il choisissait de préférence, dit Bède, « ceux qui avaient été injustement vendus, » c'est-à-dire probablement les gens du pays enlevés et vendus par des brigands, comme la « captive «''dont il est question dans la lettre à Beowald, ou réduits en servitude sans y avoir étélégalementcondamnés*. Beaucoup de ceux qu'il avait ainsi délivrés furent instruits par lui, et, devenus ses disciples, furent promus aux ordres sacrés^. Ce que fait Aidan au nord de l'Angleterre, un autre moine, Wilfrid, qui deviendra évêque d'York, le

1. Bède, lettre à Egbert, évêque d'York (734 ou 735). et Hist. eccL, y, 23.

2. « Ad redemptionem eorum qui injuste fuerant venditi. >• Hist. eccL, m, 5.

3. S'il faut entendre à la lettre le mot captive. Mais peut-être signifîe-t-il simplement « esclave. » Le chapitre 30 de la Via regia de Smaragdus, dans laquelle l'abbé de Saint-Miliiel demande à Louis le Débonnaire de supprimer complètement l'esclavage (nous en parlerons dans un autre chapitre), est intitulé -.Ne captivitas fiat.

4 Sur les condamnés à l'esciavage pour crime ou délit, Wî'fe theow, voir Lingard, Histoire d'Angleterre, trad. Roujoux, 1. 1, p. 167.

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