LA CHARTE DE S
sion de ce temps ^ — se reforma-t-elle d'elle-même quand les violences et les confusions des invasions barbares eurent cessé ? Quoi qu'il en soit, un texte très clair des premières années du ix® siècle rappelle cette distinction comme chose connue, établie, ayant force de loi, non comme chose nouvelle.
Charlemagne partagea, en 806, le territoire de son Empire entre ses trois fils : Louis, Pépin et Charles. La charte de ce partage a été conservée, et fait partie du recueil des Capitulaires^. Aucun document, peut-être, n'aide à mieux connaître le caractère de la monarchie carolingienne^. Comme l'intelligence de ce caractère est indispensable pour avoir complètement celle du sujet qui nous occupe, je dois analyser l'ensemble de la charta divisionis avant d'en citer le passage où il est question des serfs.
La charte débute d'une manière toute romaine. L'empereur y prend le nom de César, pieux, heureux, triomphateur, toujours Auguste : en lisant les premières lignes du préambule, on se croirait en présence d'un texte du iii^ ou du iv« siècle. Le fait même du partage n'est pas pour dissiper cette impression première : l'Empire romain ne fut-il point partagé dès ce temps-là, comme un fardeau trop
\. « Lcx romana, quae est omnium humanarum mater legum. » Capitularia, additio quinta, dans Baluze, 1. 1, p. 122C.
2. Dans Baluze, t. I, p. 439-446; dans Boretius, p. 426-d.'i0.
3. Fnstel de Coulanges a écrit quelques lignes seulement sur le partage de 806, dont il ne fait pas remarquer l'imporiance (Les transformalions de la Royauté pendant l'époque carolingienne, p. 623). Le caractère de ce partage et sa signification politique sont au contraire mis en relief par Kleinclausz {Empire carolingien, p.247-256).
lourd pour le bras d'un seul ? Cependant, quand on lit de plus près, on s'aperçoit que la division de l'Empire du ix* siècle entre trois princes ne ressemble pas à celle qui put se faire au temps de Dioclétien, de Constantin ou de Théodose. Louis, Pépin et Charles ne sont que les lieutenants de leur père : on doit voir en eux des administrateurs, non des souverains : ils ont la nomination des évoques, des comtes, des fonctionnaires, la disposition des terres fiscales, la distribution des bénéfices : ils sont seigneurs des terres et des hommes de leurs apanages : mais toute la souveraineté demeure aux mains de l'empereur. De lui seul émanent les lois * : ses fils n'ont qu'à les faire exécuter-. « Nous entendons, dit Charlemagne, qu'aussi longtemps que nous vivons, notre puissance s'exerce sur tous les Etats qui nous ont été donnés par Dieu, qu'elle reste telle qu'elle a été jusqu'à ce jour, avec une pleine autorité royale et impériale, que nos fils nous soient soumis et que le peuple demeure en notre sujétion, nous rendant tous l'obéissance qui est due par des fils à leur père et par ses peuples à leur empereur et roi^. » Le pouvoir central, d'appellation et de majesté romaines, est fort, et veut être obéi : mais on sent que
1. Tous les Capitulaires postérieurs au partage de 806 sont faits en son nom : deux seulement, d'époque incertaine, portent avec le sien celui de Louis le Débonnaire.
■i. Epistola rmpei-a loris ad Pippinum, regem Italiae, de pace Eccleniaruvi. Dalu/.e, t. I, p. 4Câ; Pertz, Leyes, t. 1, p. i:iO; Boretlus, p. 212.
3. Charla divisionis rer/ni Francoriun inler Karolum, Pippinum et Ludovicum, filios Kuroli Magni imperaloris, ao.