L'ÉGLISE ABBATIALE DU PARC
L'abbaye des Prémontrés du Parc lez-Louvain (i) est l'une des plus anciennes et des plus célèbres de notre pays. Elle a, de plus, le mérite d'ofîrir, aux historiens et archéologues, une mine précieuse d'études. Nous n'entretiendrons nos lecteurs que de l'église, qui est la partie la plus intéressante de l'abbaye.
Voici d'abord en quelques mots son histoire. Godefroid le Barbu, duc de Lothier et de Brabant et comte de Louvain de i 106 à 1 140, possédait, près de cette ville, au hameau de Vinckenbosch, un vaste enclos ou parc avec habitation et moulin, servant à l'élevage du gibier. 11 y fonda, en 1 i 29, la nouvelle abbaye du Parc, dans les circonstances suivantes :
Saint Norbert venait de jeter, en 1 1 21 , à Prémontré, les fondements de son Ordre. Appelé quelques années plus tard à Anvers, dans le but d'y extirper l'hérésie de Tanchelin, il y fonda, pour consolider les résultats obtenus par ses travaux apostoliques, la célèbre abbaye de Saint-Michel sur l'Escaut. Enchanté des bienfaits opérés par la nouvelle communauté, Godefroid conçut le désir d'en voir ériger une semblable plus près de lui, à
(1) Pour les sources sur l'abbaye du Parc, cf. J. Jansen, Geschiedkundige navorschingen over de aloude abdij van 't Park, Antwzrpzn, 1904. En voici les principales pour ce qui concerne notre sujet : Masius, Chronicon monasterii Parchensis ; Sanderus, Chorographia sacra Brabantix, Hagae Comitum, 1726-1727; Gramaye, Antiquiiatus Jllustr. Ducatus Brabantiae, Lovanii, 1708; Van Even, Louvain dans le Passé et dans le Présent, Louvain, I 895 ; Raymaeckers, J^echerches historiques sur l'ancienne abbaye du Parc, Louvain, 1 858.
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T-.' Ctrchitec - Louvain même. 11 s'adressa à W^autier, abbé de Saint-Maurice à Laon, et ture rotnctne obtint de lui quelques religieux auxquels il donna, par une charte datée de cn^rctbctnf. ^ '^9> propriété de son enclos de Vinckenbosch. La nouvelle fondation
prit le nom d'abbaye du Parc (i ).
Un des premiers soins des religieux fut de bâtir une église ou oratoire,
utilisant pour cette construction les matériaux provenant de la démolition
de l'ancienne demeure comtale (2).
11 ne reste aucune trace de ce premier temple et il est à présumer qu'il
avait tous les caractères de simplicité et de pauvreté des édifices construits
rapidement au moment d'une fondation nouvelle.
FiG. 59.
Église du Parc. (Plan actuel.) (3)
(J{elevé de l'auteur. ]
Un siècle plus tard, vers 1226, comme le nombre des chanoines ne cessait de s'accroître en même temps que les ressources de l'abbaye, l'abbé Yvan de Bierbeek résolut de reconstruire l'église sur un plan plus vaste. La mort le surprit avant qu'il eût achevé son oeuvre, mais son successeur, Henri de Bruxelles, la termina l'année même de son élection, si bien que la nouvelle basilique put être consacrée le dimanche de Quasimodo de l'année 1228, par Jacques de Vitry, évêque sufFragant de Liège.
(1) Acte de 1129 publié d'après le manuscrit original dans Jansen, op. cit.
(2) Jansen, op. cit., p. 7.
(3) Les clichés de cette notice ont été prêtés par le 'Bulletin des Métiers d'art.
Les chroniques de Masius, Frumentius, de Paepe et Sanderus, se basant 1^' é gl i S e sur un texte de Gramaye, affirment que le choeur et les transepts seule- du Parc. ment furent consacrés alors et que la chapelle primitive servit de nef jusque vers 1280, époque à laquelle auraient été ajoutées les nefs actuelles (1). Raymaeckers recule même cette date jusqu'en 1 296 (2) et appuyé cette opinion sur certains passages du livre des comptes, mentionnant qu'on travaillait à l'église en 1 293 et en 1 296 (3). Nous ne pensons pas que, dans ces textes, il s'agisse de toute la nef, mais seulement des deux premières
Fia. 60.
Église du Parc. (Plan primitif.) (J{estitution de l'auteur.)
travées à l'ouest, qui portent des traces évidentes de remaniements. Quoi qu'il en soit, il est indubitable que, dans la suite, on travailla continuellement à l'église, surtout à partir du xv' siècle. Depuis 1730 l'édifice a perdu totalement son cachet ancien par suite de remaniements successifs. Le plan et les photographies que nous donnons montrent suffisamment que, dans son état actuel, l'église présente tous les caractères extérieurs d'une église du xviii^ siècle.
(1) Cf. J ANSEN, op. C//.. p. 19.
(2) Jansen, op. cit., p. 38.
(3) Jansen, op. cit., p. 38.
L'archttecture romane en BrabanL
Fig. 61 . — L'Église du Parc au xvi' siècle. (D'après une gravure. )
FiG. 62.
Dans les planches qui suivent, nous nous sommes efforcé de restituer aussi exactement que possible à l'église son aspect primitif. En effet, les transformations n'ont pas été radicales au point de rendre impossible une reconstitution. Nous avions d'ailleurs pour nous aider grand nombre de gravures anciennes donnant des vues de l'abbaye, les documents écrits, comme le livre des comptes du couvent, ainsi que de nombreuses chroniques. Une comparaison raisonnée entre ce monument et d'autres similaires nous fournira également de précieuses indications.
A première vue, ce qui frappe dans l'église actuelle, c'est une disproportion évidente entre la nef, large et ramassée, et le chœur, long et étroit. Un examen sommaire du chevet démontre bientôt que celui-ci est une addition apportée postérieurement au chœur : ce dernier est construit en pierres ferrugineuses mêlées à des moellons de grès blancs, tandis que le chevet est tout entier en pierre de Gobertange. Les arcatures romanes qui portent la corniche du chœur disparaissent au chevet, dont les murs sont d'une épaisseur notablement moindre et dont tous les caractères sont propres au style du début du xvii' siècle. Plusieurs gravures, antérieures à 1629, représentent d'ailleurs l'église avec un chœur de deux travées et un chevet plat (fig. 63, 64, 65), et les chroniques contemporaines nous apprennent que ce fut l'abbé Drusius qui, désireux de donner plus d'espace aux cérémonies liturgiques, fit percer, en 1629, le mur plat et construire un agrandissement en forme d'abside à cinq côtés.
Le plan primitif comportait certainement un transept. 11 y a d'autant moins de doute à ce sujet que l'aile sud subsiste, convertie en sacristie. On remarque très bien, de l'intérieur, les grandes arcades bouchées par un mur de faible épaisseur et, du côté nord, on voit les traces de l'arc des bas-côtés s'ouvrant anciennement sur le transept. Les gravures antérieures à ] 720 reproduisent les transepts en entier (fig. 63, 64, 65, 66). La Chorographia de Sanderus donne même deux gravures différentes : l'une de 1726 reproduisant les deux croisillons, l'autre de 1730 L'Église du Parc au siècle, sans le croisillon nord. L'abbé De ^C'aersegghere 'après une image ancienne.) l'avait fait abattre en 1 720.
L'Eglise du Parc en 1606.
(D'après une gravure.)
Nous savons aussi par Sanderus que le vaste transept s'ouvrait à Test sur six chapelles latérales : Henricus de Bruxelîa, qui inchoatum chorum
cum sex appendiciis suis, scilicel utrimque in modum crucis tribus capellis, uno anno perfecit. Quoique rare chez nous, cette disposition ne doit pas nous étonner : l'architecture cistercienne, tant en France qu'en Allemagne, construisait volontiers ces chapelles carrées. Or, les Prémontrés, qui n'ont jamais eu de style propre à leur Ordre, ont suivi , en général , dans la disposition de leurs églises, le type cistercien.
Nous en avons des exemples nombreux : Rommersdorf en Allemagne ; Dommartin, Saint-Martin de Laon en France, et bien d'autres encore. La tradition de l'Ordre confirme donc pleinement l'allégation de l'historien. D'autre part, l'examen attentif de l'église enlève nos derniers doutes : les arcades qui s'ouvraient dans le mur oriental sud subsistent encore; deux d'entre elles servent de linteau aux fenêtres de la sacristie et de l'escalier et l'on voit distinctement la première, plus élevée, à l'étage de l'ancien transept. Du côté nord, on remarque encore dans le contrefort moderne l'amorce de l'arc ancien.
L'existence des chapelles dans le transept est donc sans conteste. 11 est plus difficile de ^ ^ ,,a „
^ riG. 64. L CGLisE DU Pahc au
déterminer quelle était leur dis- (D'après une gravure.)
égUse du Parc.
1^' architecture romane en Brabant.
position. Habituellement, les chapelles cicterciennes étaient de plan oblong ou carré et se terminaient par un mur droit (i). A Parc, le constructeur semble avoir suivi cette règle. Nous avons retrouvé les fondations des anciens murs de séparation des chapelles ; leur plan oblong, tel que nous l'avons restitué, nous semble donc suffisamment établi, mais nous ne
savons rien de certain en ce qui concerne leur élévation. Le toit en appentis que nous avons indiqué nous a été inspiré par une légère saillie dans le mur du transept, saillie qui semble avoir servi à supporter les entraits de la toiture et, ce qui paraît plus concluant, par le fait que cette disposition a été suivie dans la majeure partie des autres églises de même origine (2).
Contrairement à ce que nous rencontrons dans la plupart des transepts de notre pays, ceux du Parc avaient la même élévation que la nef centrale.
Les deux meilleurs dessins anciens que nous possédions (fig. 64 et 65) indiquent, à l'angle nord-est du transept, une tourelle d'escalier communiquant avec les combles. Nous l'avons reproduite en plan et en élévation.
Pour parfaire le plan terrier, il reste à déterminer la forme des piliers. La nef ancienne était sans doute portée sur douze piliers carrés, avec pilastres et colonnettes accolées du côté des nefs latérales. Les documents et les dessins anciens ne nous fournissent aucun renseignement au sujet de l'intérieur, mais le monument lui-même est assez éloquent. Tout d'abord, il serait à prouver que l'église
(1) Maulbronn, Eberbach en Allemagne ; Fourness en Angleterre;. Fontenay, la Couronne, Obazine en France ; Chiaravalle, Casamari en Italie, etc.
(2) Cf. Dehio et VON Bezold, op. cit., pl. 196,
Fjg. 65.
L'Eglise du Parc au xvii" siècle.
(D'après une gravure.)
du Parc a fait exception à l'usage commun des piliers peu distancés. 1^' église
Ensuite, les bas-côtés ont gardé leur ancienne largeur, soit la moitié de du J^Ctrc
celle de la grande nef et nous savons que le style roman de nos contrées
exige invariablement des travées carrées dans les basses-nefs. Avec les seuls
piliers actuels celles-ci seraient d'une longueur démesurée. Du reste, les trois
soutiens du fond de la nef donnent assez clairement la forme primitive. On
voit très bien que De Waersegghere, à qui l'on est redevable de la moder-
nisation, n'a fait, en somme, qu'abattre deux piliers dans chaque rangée, renforcer les autres et remplacer les deux arcades par une seule, de manière à former les deux grandes travées actuelles. Sont seuls intacts les quatre piliers en dessous du clocher, et encore étaient-ils, jusque dernièrement, cachés par des boiseries. Comme ils avaient à supporter le poids de la tour, ils devaient être plus solides que les autres auxquels nous avons donné la forme carrée. Cette forme nous a été suggérée tant par son emploi constant dans nos églises romanes que par l'examen attentif de l'arc de la troisième travée, lequel, s'il était entièrement dégagé, devrait aboutir nécessairement
à un massif carré. La disposition des pilastres engagés et des colonnettes 'L'église supportant les formerets des bas-côtés nous est conservée dans les premières du T^Ctrc travées, où ils sont demeurés presque sans changements. Les données étant les mêmes pour toute la longueur des bas-côtés, il n'y a aucun motif pour supposer que la solution variât.
La restitution que nous avons faite nous paraît donc exacte.
L'élévation latérale n'a rien de commun avec celle de l'église actuelle. Celle-ci n'a d'ouvertures que sur les bas-côtés et les trois nefs sont couvertes d'une seule toiture à deux versants. Mais, lorsqu'on pénètre au grenier des bas-côtés par l'escalier à vis, on retrouve en dessous du toit, bouchée, mais dans un état de conservation remarquable, toute l'ancienne rangée supérieure des fenêtres, telles que nous la reproduisons. Ces fenêtres étaient encadrées d'arcatures reposant alternativement sur des consoles ou sur des pilastres de largeur variée ; leur talus se confond avec un larmier continu qui se trouvait au-dessus des bas-côtés; on peut parfaitement se rendre compte de leurs dimensions en examinant l'angle d'inclinaison des chambranles et l'épaisseur des murs. 11 y a une fenêtre par travée ; les deux premières, plus rapprochées, sont comprises sous un seul arc de voûte.
Les murs des basses-nefs sont moins bien conservés. Ceux des deux premières travées nous sont demeurés en assez bon état, le reste a été abattu à hauteur du seuil des fenêtres pour permettre le percement des grandes
FiG. 68. Eglise du parc. (Coupe longjtudjnale.)
(1{estitution de l'auteur.)
Varchitec- baies établ ies par De Waersegghere. Les deux premières travées ont ture romane conservé le contour de leurs anciennes fenêtres, qu'on a simplement houenBrabanL chées(i), et leurs arcatures, quoique remaniées, sont encore reconnaissablés. Des bandes murales existent entr^ les contreforts modernes. Toutes ces indications suffisent pour nous faire connaître la hauteur du mur des bas-côtés, les dimensions des fenêtres, l'existence et l'aspect des arcatures et des pilastres anciens, en un mot» pour nous donner tous les renseignements nécessaires à une reconstitution complète.
Dans le grenier du dortoir, on retrouve intacte l'ordonnance des fenêtres du croisillon sud : l 'œil-de-bœuf dans son cadre rectangulaire et les deux fenêtres à large ébrasement sous une triple arcade richement moulurée. On aperçoit vaguement la disposition de cette partie sur le dessin du xvii' siècle (fig. 64). En dessous de ces baies, on voit encore la trace de l'ancienne porte donnant accès du dortoir au transept par un escalier établi à l'intérieur de ce dernier. Nous ignorons comment était éclairé le transept nord. Faute d'autres documents, nous reproduisons dans la restauration la disposition de son pendant. Toutefois, il faut remarquer que, dans les églises monastiques, le croisillon auquel venaient s'adosser les bâtiments claustraux était toujours moins abondamment éclairé que celui qui demeurait dégagé.
La question difficile est celle des fenêtres du chœur. Nous y trouvons actuellement de larges baies rectangulaires, couvertes en arc surbaissé, qui datent, à n'en pas douter, de la reconstruction au xviu' siècle. Elles ont remplacé, dans les parties anciennes du chœur, des baies aussi larges et plus élevées, fermées par un arc en plein-cintre et actuellement bouchées. Ces dernières correspondent, pour la forme et la facture, aux nouvelles baies
Fig. 69.
Cul de lampe d'une arcature.
(Croquis de l'auteur.)
(1) L'une d'elles vient d'être rouverte il y a quelques mois à peine.
du chevet bâti par Drusius en 1629. Or, nous savons, par les comptes de T^' é gl i s e l'abbaye et la chronique de Masius, qu'à cette époque toutes les fenêtres Pctrc. furent agrandies. Drusius en changea-t-il la largeur et la hauteur, ou se contenta-t-il d'en abaisser le seuil? Question difficile à résoudre.
Si les fenêtres primitives étaient de faible dimension, semblables à celles de la nef et du transept, les arcs en pierre ferrugineuse, que nous voyons encore, appartiendraient, à n'en pas douter, à l'œuvre de Drusius ; mais cela n'est pas vraisemblable, étant donnée la grandeur exceptionnelle des travées du chœur. Cependant, il existe, dans le mur oriental du croisillon sud, deux fenêtres hautes, une petite et une grande, celle-ci du même aspect que celles du chœur, et, sans aucun doute, plus récente que l'autre, attendu que son arc empiète sur les arcatures de la corniche. D'autre part, certains indices témoignent en faveur de l'ancienneté des grands arcs en pierre brune. Pourquoi Drusius aurait-il construit les arcs du chevet en pierre blanche et les autres en pierre ferrugineuse? N'a-t-il pas plutôt, pour le chevet, copi é les arcs exi stants dans la partie ancienne du chœur? Du côté nord, à la dernière travée, un de ces arcs est engagé très normalement dans l'appareil des arcatures, évidemment romanes, qui couronnent le mur, ce qui serait inexplicable si les arcs
avaient été percés après coup. 11 semble donc qu'il faille attribuer au xiu' siècle les grands arcs que nous voyons encore aujourd'hui. Y eut-il, à cette époque, des fenêtres d'une largeur de plus de deux mètres ?
FiG. 70.
Façade de l'Église du Parc. (État actuel.)
'L' archttec- C'est possible, mais peu probable : on n'aurait pu leur donner une hauteur fure romane proportionnée à cause du toit des chapelles du transept. enSrabant. Reste l'hypothèse des rosaces ou œils-de-bœuf. Elle est aussi probable que les autres et plus conforme à l'économie générale du chœur et à l'architecture de l'abbaye tout entière. L'ancienne salle du chapitre du xiu' siècle était éclairée par trois grandes rosaces, la façade également. Ajoutons que les murs goutterots de la petite église de l'abbaye des Prémontrés de Ninove, reproduite par Jansen(]), étaient percés de grands œils-de-bœuf.
11 n'est pas impossible cependant que le chœur ait eu, dans sa dernière travée, deux rangées de fenêtres superposées, comme celui de l'église de Hérent, et que la rangée inférieure ait disparu tout entière dans les grandes baies du xviii' siècle. Une restauration pourrait seule donner une solution pleinement satisfaisante.
Nous savons moins encore de l'ancien mur plat du chevet, percé en 1 629. Raymaeckers et Van Even affirment qu'il était en tout semblable aux pignons du transept, mais ils ne disent pas sur quoi ils basent leur affirmation. Faute de mieux, nous adoptons cette solution.
Dix énormes contreforts consolident actuellement la construction du côté nord. Ceux du chœur datent du xvu' siècle, époque des voûtes de Drusius : ceux de la nef furent construits par De \(^aersegghere. Aucun d'eux n'est engagé dans l'appareil, tous sont accolés à la maçonnerie ancienne. Les massifs de la façade font seuls partie de la masse originale ; on le voit distinctement. Ils avaient, du reste, leur raison d'être, la première travée haute étant seule pourvue de voûte au début et la déclivité du terrain nécessitant, du côté occidental, des garanties spéciales de solidité.
La tour actuelle fut construite en 1728. Elle en a remplacé une autre notablement plus simple et plus petite sans doute, construite en bois. Celle de notre relevé est reconstituée d'après les anciennes gravures de l'abbaye. Ce n'est cependant pas la tour primitive, mais celle qui fut reconstruite immédiatement après l'incendie. On peut supposer qu'elle reproduisait plus ou moins la silhouette originale.
Cette tour n'était sans doute ni haute ni massive ; les tours élevées étaient en contradiction formelle avec les traditions des Ordres cistercien "et pré-
(1) Op. cit.. p. 8.
montré. Les soutiens et les murs étaient, du reste, trop faibles pour porter L ' é gl i S e une grande construction, sans parler du pignon qui terminait la façade et du Parc. qui n'eut pas été compatible avec une tour de fortes dimensions. Toutefois, cette tour n'était pas non plus un simple campanile : nous savons, par les
comptes, qu'à la fin du xiu' siècle il y avait jusque huit cloches. 11 faut donc lui attribuer des dimensions moyennes.
La façade actuelle ne rappelle en rien celle dont l'architecte du xiii® siè-
archttec- de avait doté l'église du Parc. Englobée en partie dans les bâtiments clausture romane traux à partir du xvu' siècle, elle a été radicalement défigurée par la en^rabant. construction d'une tour massive, par l'unification de la toiture des trois nefs et par l'application devant l'entrée principale d'un portique d'ordre toscan. Le profil général de la façade'primitive nous est]donné par la dimension des toitures des nefs, dont la façade n'était que la terminaison simple et élégante. Un reste de larmier, visible dans un contrefort, nous donne exactement l'angle d'inclinaison des toitures des bas-côtés. 11 y avait deux portes d'entrée des bas-côtés, dont l'une, celle de gauche (fig. yS), relevée par
M. l'architecte Lenertz, est bouchée et encadre un Christ funéraire, l'autre donne accès à l'escalier du jubé. Au-dessus de chacune d'elles, on voit les traces d'un œil-de-bœuf.
Le portail subsiste encore en grande partie avec son immense linteau et ses belles arcades à tores annelés derrière le portique moderne. Les anciennes vues de l'édifice en donnent, du reste, une bonne idée. C'est à ces vues exclusivement qu'il faut s'en rapporter pour tout ce qui p.^ ^ ' r> ^cr \ conceme le pignon Central ,
riG. 72. Intérieur de l Eglise du Parc. (Etat actuel.) '-'^ r ô '
démoli et remplacé par le clocher actuel. Elles diffèrent, il est vrai, assez notablement entre elles, ce qui ne doit pas nous étonner. Les vues à vol d'oiseau dessinées par les artistes de la Renaissance ne pèchent pas habituellement par excès d'exactitude, surtout lorsqu'il s'agit d'édifices du moyen âge. Le dessin du xvij' siècle, que nous reproduisons, paraît cependant assez exact (fig. 64). La photographie ci-dessus (fig. 72) donne l'état actuel de l'intérieur.
On le voit, de même que pour Textérieur, on Ta modernisé systémati- L église quement. Heureusement la partie occidentale de la nef, qui devait être du Parc. bien imposante dans sa simplicité, a été épargnée. Les deux premières travées, qui supportent la tour, ont un système de construction différent des autres. C'est la seule partie de la nef principale qui eut primitivement sur plan carré, une voûte embrassant deux travées basses. Détruite au début du xv' siècle par un incendie, elle fut remplacée par la voûte actuelle, mais les formerets anciens subsistèrent et furent adaptés à la nouvelle construction.
Pour le reste, l'intérieur de l'église était d'une grande simplicité. La nef était portée sur des piliers carrés à base peu élevée. Les chapiteaux ne consistaient qu'en un simple tailloir mouluré, mais les bases des pilastres et les colonnettes des bas -côtés étaient pleines d'élégance. Nous en donnons deux profils (fig. 74). Les arcades étaient construites en grand appareil de pierres ferrugineuses ; le grand bandeau intérieur consolidant l'arc principal reposait de part et d'autre sur un cul-de-lampe ajusté au pilier. Ces culs-de-lampe, dans les piliers qui subsistent encore, ont été abattusen partie et étaient dissimulés par une boiserie d'ordre composite.
Les nefs basses étaient couvertes d'épaisses voûtes d'arêtes sur plan carré. Les doubleaux retombaient sur un pilastre et les formerets sur des colonnettes à chapiteau très simple. On avait replâtré l'intrados des voûtes qui existent encore, tout en y collant des nervures factices en plâtre pour imiter plus ou moins l'aspect des voûtes modernes de la grande nef. Les deux premières travées semblent être, comme nous l'avons dit plus haut, la partie la plus récente de l'édifice : une rupture évidente dans l'appareil des bas-côtés nous le démontre. Dans ces travées, les arcs formerets et doubleaux sont gothiques. Nous y reviendrons en détail dans le deuxième volume de cet ouvrage.
La nef principale n'avait primitivement, comme couverture, qu'une char-
1^' archttec - pente portant un plafond plat. Elle n'eut pas de voûtes avant le xvii' siècle. ture rOTtlCtne Les arguments ne manquent pas pour le prouver. 11 aurait été difficile en^rabanf. d'établir des voûtes de grande portée à une telle hauteur, sur des murs de 1 mètre d'épaisseur sans y ajouter de solides contreforts. Or, non seulement il n'y a pas de contreforts, mais, au point d'application de la poussée, il n'y a pas même un simple pilastre; les bandes murales qui existent ne font qu'encadrer les fenêtres. D'autre part, si des voûtes avaient existé primitivement dans la nef, elles devraient aussi exister aux transepts, et dans le transept qui subsiste, il y a un plafond plat et pas de trace de voûte. La seule travée ancienne qui fut voûtée au début a, du reste, une disposition différente des autres : ses soutiens sont plus massifs, elle est contrebutée par des contreforts et elle comporte deux fenêtres plus rapprochées que les autres. 11 paraît évident qu'il n'y eut pas non plus de voûte en bardeaux ; les restes de la charpente s'y opposent de même que la disposition des fenêtres du transept et de la façade : le pignon, n'étant pas éclairé, démontre que tout le triangle fut occupé par les combles.
11 nous reste un mot à dire de la charpente. Toute la partie essentielle en a été détruite, mais nous avons trouvé une vieille pièce de remploi, partie d'un entrait primitif de o'So d'équarrissage encore pourvu des aisseliers qui s'appuyaient sur une saillie de la muraille, comme nous l'avons indiqué dans la coupe transversale (fig. yS). La position de cette pièce nous montre aussi que les fermes n'étaient pas disposées sur la ligne de
séparation des travées, mais en correspondance avec les bandes murales des murailles hautes. La charpente des bas-côtes était en appentis ; des corbeaux à encoche en pierre supportaient la faîtière le long des murs. 11 en subsistait quelquesuns en dessous de la toiture moderne, mais on vient de les abattre sans raison.
FiG. 74.
Profils des bases
ET des tailloirs.
L'église du Parc est donc un des édifices religieux romans les plus intéressants et l'un de plus grands du pays à part ceux de Tournai, de Nivelles et de Soignies. Par ses origines monastiques, elle fait quelque peu exception aux églises brabançonnes.
L'ÉGLISE^ DE HÉRENT
L'église Notre-Dame de Hérent est une des plus intéressantes de la contrée.
A première vue, elle paraît être un monument homogène. 11 y a néanmoins, dans l'église, telle que la restauration vient de nous la rendre, trois parties bien distinctes de caractère et d'âge : la tour, les nefs et le chœur. Nous les analyserons chacune en particulier. Le chœur, toutefois, étant du style de transition, trouvera place dans le deuxième volume.
FiG. jS. Église de Hérent. (Plan terrier avant la
(1{esHtution de l'auteur.) reconstruction du xvii' siècle) (i).
La tour est un massif carré sans contreforts, surmonté d'une flèche aiguë et bâti entièrement en grès dur de petit appareil provenant des carrières des environs de Steenockerzeel. Lors de la restauration, en dégageant les fondations des décombres que les siècles y avaient amoncelés, on retrouva
(i) Les clichés de cette notice nous ont été prêtés par le Bulletin des Métiers d'art.
L'architec ture romane en Brabant.
L Ctrchttec- sous terre les bases d'un porche : deux piédroits, un fût de colonnette ture romane chevronné et un chapiteau cubique d'un dessin curieux. C'est d'après ces en 3rabant. données que le porche primitif fut reconstitué.
La tour même est divisée en quatre étages accusés à Textérieur par des larmiers ou des retraites. Le rez-de-chaussée, fort simple, a pour tout ornement une plinthe de o'yo de hauteur, déterrée récemment par les
(Phot. Janssens.)
Église de Hérent. Coté sud. (État actuel.)
restaurateurs. 11 est éclairé par deux étroites meurtrières s'ébrasant lar- TJ église de gement à l'intérieur. Le premier étage a une fenêtre moderne sur les Héretlt. trois côtés; le second étage, sans aucun jour, communique avec les combles de la haute nef par une étroite ouverture. Enfin l'étage supérieur, qui renferme les cloches, a chacune de ses faces percée d'une baie romane géminée.
Le principal intérêt de la tour réside dans sa décoration. De toutes les tours romanes qui nous restent, elle est peut-être la plus ornementée. Le premier étage est relevé par trois pilastres reliés par des arcatures qui sont remplacées, au second étage, par des colonnettes géminées couronnées de chapiteaux cubiques et reliées par des arcs entre-croisés.
Ce genre de décoration est peu employé en Belgique.
A l'étage des cloches, les colonnettes sont monocylindriques, leurs piédestaux sont reliés par un larmier. Toute cette riche ornementation avait été fort malmenée dans le cours des âges (fig. 77). 11 en restait cependant assez de documents permettre pour la restauration.
Eglise de Hérent. (Avant la restauration.) CPhot. Jltexandre.)
A l'intérieur, le rez-de-chaussée de la tour de Hérent forme un porche couvert d'une massive voûte d'arêtes. Les arêtes, faiblement accusées, se perdent dans la maçonnerie avant de se rejoindre. Au premier étage, il y a une salle carrée, éclairée actuellement de trois côtés, couverte par un plafond et communiquant avec la grande nef par une porte de petites
L'architec ture romane en Brabant.
FiG. 78.
dimensions et par deux séries d'étroites arcatures portées sur colonnettes accouplées (fig. 78).
Quelle a été la destination de cette salle avec ses baies si particulières ? C'est une question qu'on s'est souvent posée. D'aucuns ont cru y trouver une salle des pénitents ou des catéchumènes. Mais la pénitence publique n'était plus guère en usage au xiie siècle et le baptême des adultes avait disparu depuis bien longtemps.
En réalité, beaucoup de monuments ont, à l'étage de la tour, la même salle, mais, d'ordinaire, en Belgique, elle ne communique avec la nef que par une porte étroite. A lièrent, au contraire, la communication existe par une porte et aussi par une claire-voie; mais ce détail n'établit pas une distinction essentielle avec les autres types. On en retrouve plusieurs qui s'en rapprochent plus ou moins, surtout dans les pays rhénans. Une
claire-voie semblable existe à l'église du château de Quedlinbourg, à l'église de juliers, à celle de Nieder-Rheinsdorf, près Miilheim, et ailleurs. Les arcatures y sont de dimensions un peu plus grandes, mais c'est là une différence de détail. 11 faut donc faire rentrer la tribune de Hérent dans la catégorie générale des salles existant dans la tour et qui ont pu servir soit de réduit en cas d'attaque, soit de chapelle
EcLisn DE HÉr.ENT. Base de
coLONNETTE AU Jubé. dédiée à saint Michel, comme c'est
(Croquis de l'auteur.) le cas pour les églises clunisiennes.
Eglise de Hérent. Arcatures DU Jubé sous la Tour.
(Croquis de l'auteur.)
Fig. 79.
Une autre question qu'on peut se poser relativement à cette tribune, T.' église de c'est la manière dont on y avait accès On ne trouve, en effet, ni escalier lièrent. extérieur à la tourelle, ni escalier intérieur traversant la voûte. La solution donnée par les restaurateurs n'est justifiée ni par l'archéologie ni par le caractère artistique du monument. C'est une copie de ces escaliers ajourés à vis, chefs-d'œuvre de légèreté, qu'on trouve dans certaines cathédrales françaises de la période ogivale, mais qui ne conviennent pas à une petite église de campagne. On ne pouvait non plus remplacer cette tourelle ajourée par une autre massive, comme on en voit certains exemples aux bords du Rhin (i), puisque les soutiens de la tour, dans lesquels elle aurait dû être engagée, sont intacts de part et d'autre. La question qui se pose ici peut se poser pour toutes les tours romanes qui n'ont pas d'escalier, comme celles de Berthem, Leefdael, Sainte- Vérone, Héverlé, etc. La solution est cependant simple, nous l'avons déjà indiquée : on montait aux étages par une échelle mobile. Le but défensif de ces réduits confirme cette supposition.
Un incendie, allumé par les Gueux, détruisit les nefs de l'église de Hérent durant les troubles du xvi' siècle et les archives, conservées à la cure, nous apprennent que, pendant un demi-siècle, l'église demeura sans toiture. Quand on eut enfin les moyens de remédier à ce déplorable état de choses, il fallut entièrement reconstruire les nefs, ce qui eut lieu vers 1629 (2). C'est cette reconstruction que nous voyons encore et qui est intéressante pour l'archéologue, à plus d'un titre, surtout par le fait qu'elle est un des exemples les plus tardifs du style gothique en nos provinces dont nous possédions la date certaine.
Le plan de l'église est celui d'une basilique à colonnes à deux rangées de fenêtres et à trois nefs. Les bas-côtés furent édifiés en moellons, assez
( I ) Gusten près J uliers, Wegberg près d'Erkelenz. Voir Clemen, op. cit.
(2) Après l'incendie, on restaura le chœur et les transepts et l'on s'en servit comme église. Nous lisons, dans le registre décanal de l'église Saint-Pierre de Louvain, conservé aux archives de l'archevêché de Malines, un rapport du doyen contenant ce qui suit :
1607. Ecclesia, qua parte restaurata est, bene se habet, reliqua pars adhuc j'acet in ruinis.
1610, JSavis ecclesix necdum est reparata, qu)a Cap]tii]um Qamzràcznsc nihil vult contribuere.
Enfin, en 1626, nous trouvons qu'on travaille à la restauration des nefs.
archttec- réguliers à l'extérieur, mais raboteux du côté intérieur, et qu'on n'aurait pas ture romane dû dérocher. Les murs goutterots sont en briques rouges entrecoupées de en Srabctnt, cordons de pierre blanche.
De légers contreforts flanquent les murs des bas-côtés. Les fenêtres supérieures sont couronnées d'arcs en anse de panier avec des ébrasements ornés à l'intérieur d'un profond scotie, tels qu'on les rencontre déjà au xv' siècle. Les fenêtres des bas-côtés avaient été, au commencement du siècle dernier, agrandies en forme de rectangle, mais on a découvert dans la maçonnerie des fragments d'encadrements anciens, qui permirent de retrouver la disposition première, conservée du reste dans les deux fenêtres de la façade occidentale des basses-nefs.
A l'intérieur, les deux rangées de colonnes reposent sur des socles octogonaux. Les chapiteaux sont ornés de larges feuilles sculptées dont le motif est une interprétation assez grossière d'une forme fréquente au xv' siècle. Les arcades de la nef sont en ogive à double cintre et très surbaissées.
La construction intérieure est en grès blanc dur, jusqu'au-dessus des arcades. Les trois nefs furent voûtées en i 724, d'après le millésime gravé dans une clef de voûte et le rapport du curé du temps, conservé
FiG. 80.
(T\estitution de l'auteur.)
Église de Hérent. Coupe longitudinale avant la reconstruction des nefs.
[Keslitution de fauteur.)