‹ Les origines du style gothique en BrabantChapitre 26 sur 55 · L'ÉGLISE DE TOURINNE- LA-GROSSE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE TOURINNE- LA-GROSSE

Le village de Tourinne-1 a-Grosse (3) occupe l'un des sites les plus pittoresques du Brabant. Bâti au flanc d'une colline, il est dominé par une église d'aspect original, avec trois tours trapues et une immense toiture. Cette église, dédiée à saint Martin, est un édifice plein d'intérêt archéologique.

Construite sur plan basilical, elle a trois nefs avec transept non saillant, chœur semi-circulaire et clocher occidental.

Ce clocher est l'un des plus massifs de la région. 11 occupe toute la largeur de la grande nef et repose sur quatre murs dont l'épaisseur varie de i'"6oà ]"8o, sans compter la plinthe d'une saillie de o" i8 qui l'entoure à la base. Sa hauteur dépasse à peine sa largeur. L'entrée, percée dans l'axe longitudinal de l'église, date du xvn' siècle. Tout porte à croire qu'ici

(1) A. Wauters et Tarlier, o/j. Cï7., canton de Jodoigne, p. 1 1 1 et suiv. On trouve le nom de cette commune dès l'an 1000. L'église Saint-Martin dépendait du chapitre d'incourt.

(2) Op. cit., p. 118.

(3) Wauters et Tarlier, op. cit., canton de Jodoigne, p. 177. — Tourinnes et Beauvechain formaient jadis une enclave du pays de Liège dans le Brabant. On rencontre, pour la première fois, le nom de Tourinne dans l'histoire en 1159. De temps immémorial, l'église de cette commune appartenait au chapitre de Saint-Paul à Liège.

comme ailleurs, le mur occidental ne donnait d'abord aucune communication ture romane avec le dehors. Jusqu'au moment des derniers replâtrages, on pouvait en SrctbctnL d'ailleurs parfaitement distinguer, dans la première travée des bas-côtés, la trace d'une ancienne porte. A considérer le linteau de bois, on s'aperçoit bien vite, du reste, que la porte actuelle est moderne et les vieux habitants de la commune gardent parfaitement le souvenir de l'ancienne entrée.

Le rez-de-chaussée de la tour est couvert par une voûte massive, à nervu-

FiG. 134. Église de Tourinne-la-Grosse. (État actuel.)

(Croquis de l'auteur.)

res de section rectangulaire, qui date de l'époque du reste de la construction. Ce qui le démontre, c'est que l'étage de la tour devait recevoir une voûte analogue. On y remarque les quatre consoles destinées à porter les nervures et les arcs formerets dont les claveaux font partie inhérente de la construction. Mais les murs de la tour s'arrêtent aux reins de ces arcs et cette voûte ne fut jamais achevée, à moins, toutefois, que la partie supérieure du clocher n'ait été détruite. Dans tous les cas, il est certain, et ceci seul nous importe, que le plan primitif comportait une tour beaucoup plus élevée, à deux étages voûtés.

On a accès à l'étage de la tour par un escalier à vis logé en partie dans 'L*ég!tse de l'épaisseur du mur sud, en partie dans une tourelle en demi-rond formant Tourinnesaillie sur le mur extérieur. La moulure qui indique au dehors la sépara- la-GrOSSe. tion des deux étages est formée par un gros boudin. L'étage reçoit la lumière par quatre petites fenêtres — une sur chaque face — géminées et divisées, non par une colonnette, mais par un massif léger de maçonnerie ressemblant à un meneau. Le rez-de-chaussée, comme à Gossoncourt, Vossem et d'autres églises du même type, était jadis éclairé par une petite fenêtre romane à large glacis dont il reste des traces. Cette fenêtre fut remplacée, en 1 65o, par un ceil-de-bceuf, lors de l'établissement du jubé sous la voûte. La travée sous la tour ne forme ni un porche ni une place spéciale, mais elle est, en réalité, la première travée de la nef faisant partie intégrante de

Fjg. j35.

Église de Tourinne-la-Grosse, (Plan.

(T{eîevé de l'auteur.)

l'église. Elle n'en est séparée que par une arcade brisée, renforcée par un arc de soutènement moins large formant bandeau. Lors de l'établissement du jubé, on a apporté au rez-de-chaussée des modifications assez importantes : construction d'un portail en briques et d'un escalier nouveau menant au jubé, adjonction d'un baptistère, etc. La disposition primitive se retrouve cependant sans peine.

Les nefs de l'église sont portées par deux rangées de piliers carrés présentant sur leurs arêtes, depuis le sol jusqu'en dessous des tailloirs, des chanfreins importants qui leur donnent un aspect presque octogonal. Les

L'archttec- arcades qui relient ces piliers n'ont pas toutes le même rayon. La première ture romane et la dernière ont une portée sensiblement plus grande que les autres. Les enSrabant. tailloirs qui couronnent les piliers datent de l'une des restaurations.

Actuellement, l'église n'est éclairée que par les fenêtres des bas-côtés, attendu que les trois nefs sont comprises sous la même toiture à deux versants ; mais autrefois la grande nef recevait directement la lumière par de petites fenêtres romanes percées au-dessus des arcades dans la grande nef. Elles ont été bouchées, mais on en devine les traces dans les gerçures du plafonnage intérieur. Les dimensions exactes de ces baies et leur conformation extérieure pourraient être retrouvées sans peine au-dessus des bas-côtés si les combles n'étaient pas, pour ainsi dire, inaccessibles. Toutefois les données que nous avons à leur sujet suffisent pour permettre la classification du monument. Les murs actuels des bas-côtés ont été réédifiés dans le courant du xvii^ siècle sur les anciennes fondations. Rien ne fut changé à la hauteur de l'église ; du côté nord, on a même conservé, visible au milieu de la toiture, la corniche ancienne de la grande nef.

Le transept est la partie de l'église qui eut le plus à soufiFrir au cours des âges, tant des destructeurs que des restaurateurs. Actuellement, chaque croisillon forme une espèce de tour, couverte d'une toiture à huit pans, qui remonte vraisemblablement à ]658 pour le côté méridional et à i 684 pour le côté septentrional. Ce sont là, du moins, les dates inscrites dans l'appareil. Auparavant, les bras du croisillon étaient, faut-il croire, couverts, suivant l'usage, en toiture à double versant perpendiculaire à l'axe de l'église et de la même hauteur que le chœur.

Le transept date probablement de la même époque que le chœur, car l'ornementation du chevet se continue sous la corniche, au mur oriental du croisillon nord.

Les deux bras de la croisée sont couverts par des voûtes à nervures, construites au xvii« siècle et qui remplacèrent vraisemblablement les plafonds plats ; il est impossible que ces voûtes appartiennent à l'édifice roman.

Le chœur est une construction de style gothique primitif. Nous en parlerons plus longuement dans le second volume. Qu'il nous suffise de faire observer que le plan, composé d'un presbyterium carré et d'une abside semi-circulaire, est encore roman. 11 ne serait donc pas impossible que le

chœur ait été reconstruit sur les fondations de Tédifice primitif: il est, en T^* ûrchtteceffet, circulaire à sa partie inférieure et polygonal à partir de la plinthe. De ture romane plus, les consoles des nervures semblent ajoutées après coup dans les enBrabanL murs.

L'ÉGLISE DE VELTHEM

La tour de l'église Saint-Laurent à Velthem fera seule l'objet d'une courte notice ; le reste de l'église a été démoli au cours du dernier siècle et remplacé par un édifice en briques, sans valeur.

Cette tour, située à la façade ouest, est construite en grès blanc des environs. Actuellement elle est de part et d'autre englobée aux trois quarts dans l'église et l'on n'aperçoit plus guère, de l'extérieur, qu'un de ses côtés, dans lequel on a percé, depuis la reconstruction des nefs, une baie de porte en style gothique décadent, ainsi qu'une grande fenêtre éclairant le jubé. Elle est divisée à l'extérieur en quatre étages par des cordons. A l'occident, ces cordons ont été nivelés, mais ils subsistent sur les côtés latéraux. La flèche actuelle, assez élancée, n'est pas celle qui surmontait primitivement l'édifice; elle fut renouvelée en 1628, comme le prouve la date inscrite sur une des poutres. L'étage supérieur est éclairé par deux ouïes en plein-cintre sur trois faces, du côté des nefs, il n'existe qu'une seule ouverture. Le second étage recevait la lumière du jour par trois petites fenêtres rectangulaires surmontées d'un linteau et d'un arc de décharge. Une seule de ces baies est encore ouverte. 11 est à supposer qu'aurez-de-chaussée il n'y avait pas d'entrée et qu'une meurtrière l'éclairait à l'ouest. En tous cas, la porte actuelle est moderne.

A l'intérieur, il n'y a que trois étages; la première division marquée à l'extérieur n'est qu'apparente.

Le rez-de-chaussée communique avec l'église par une grande arcade, mais, contrairement à ce qui se voit dans presque toutes les tours similaires, il n'y a aucune trace de voûte dans cette partie de la construction. ]1 est vrai que l'intérieur a été soigneusement plâtré, de façon à faire disparaître tous les indices de l'état primitif. Actuellement, le jubé est à mi-hauteur de ce rez-de-chaussée. On y a accès par une tourelle établie à l'angle sudest du clocher et engagée, pour moitié, dans l'épaisseur du mur. Lors de la

T.* architec - reconstruction des nefs, la tourelle a été abaissée jusqu'à pouvoir être abriture romane tée sous la toiture.

enBrabant. On peut douter de l'authenticité de la grande arcade ogivale qui sépare la nef et la tour. A l'époque dont semble dater ce clocher, il eût paru très téméraire de percer dans les murs des tours une ouverture de cette importance. Ce n est que petit à petit qu'on a osé entamer les massives maçonneries des clochers. D'autre part, la tourelle d'escalier a dû conduire au

premier étage ; elle n a jamais été assez haute pour livrer accès au-dessus du plafond actuel. Donc celui-ci a été surhaussé, de même que l'arcade.

De plus, la trace de la toiture de la nef primitive est restée sur le mur de la tour. Or, si cette nef, comme il y a tout lieu de le croire, était couverte d'un plafond plat, la pointe de l'arcade devait venir l'effleurer, ce qui serait tout à fait invraisemblable. 11 est donc prouvé que cette arcade a été agrandie lors de la construction de l'église actuelle, dans le but d'y placer le jubé. Voilà pourquoi aussi la voûte de la tour a disparu.

L'église primitive avait sans doute trois nefs, car les amorces des murs occidentaux des bas-côtés subsistent; on voit surtout clairement les arrachements à côté de la tourelle d'escalier. L'ancienne nef était moins large que la présente : elle avait exactement la largeur de la tour; la pente du toit ancien le démontre. Les arrachements au-dessus de la voûte actuelle indiquent la situation des murs de goutterots de la nef ancienne.

Le sol de l'église a été surélevé d'au moins o"5o, car la tourelle d'escalier devait originairement avoir accès dans le rez-de-chaussée de la tour, et, actuellement, la marche de départ se trouve du côté extérieur ; cela implique la suppression de quatre marches au moins.

FiG. i36.

Tour de l'église de Velthem.

(T^eJevé de fauteur.)

L^EGLISE DE QUERBS (i)

Les nefs de cette église, qui est actuellement un modèle de petite église de village, ont été reconstruites en 1897. Le chœur date du xvii® siècle (1644), quoique sa construction soit encore entièrement gothique ; il est formé de deux travées et d'une abside à trois pans voûtées sur nervures. Seul le clocher est resté de l'édifice roman primitif. Encore en douterait-on à première vue ; car, bien que construit en grès du pays, carré et situé à l'entrée du sanctuaire, ce clocher a des fenêtres gothiques et repose sur deux grandes arcades ogivales s'ouvrant sur le chœur et sur la nef. Mais, en

FiG. i3'

Église de Querbs. (Plan de la partie orientale.) (T{elevé de l'auteur.)

L 'architec ture romane en Brabant.

regardant de près l'appareil, le tracé et l'emplacement des fenêtres, on ne peut douter que ces détails ne soient des modifications apportées à l'œuvre ancienne. Quant aux arcades, nous verrons bientôt ce qu'il faut en penser.

(1) A. "Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. III, p. 197 et suiv. Querbs ou Quarebbe est une dépendance d'Erps. Son église, dont saint Pancrace est le patron, fut donnée, en 1 I )o, à l'abbaye de Cortenberg.

V architecture romane en Brabant.

Avant sa restauration, l'église consistait en une nef unique assez petite, éclairée par de grandes fenêtres ogivales ; elle était précédée, du côté du couchant, par un porche en hors-d œuvre et couverte d'un plafond plat. Cette construction n'était pas la première, car 1 église fut détruite au xvi' siècle et restaurée dans la suite. C'est cependant sous cette forme que la représente le dessin de VJlHas de Vahbaye de la Cambre, dans lequel on voit distinctement le porche, la nef et le chœur gothique. Dans le courant du xviii' siècle, on a ajouté, du côté nord, une nef basse séparée de la nef principale par deux arcades retombant sur une colonne. Du même côté aussi se trouve encore actuellement une annexe carrée couverte d'un toit à deux versants perpendiculaires à la tour, annexe qui, à en juger par la moulure de la plinthe, par le tracé de la porte et par les débris de piscine que l'on trouve à l'étage de cet édicule, date du xni' siècle. On ne peut arriver aux étages du clocher que par cette annexe ; nous ne doutons pas cependant que celle-ci ait été construite postérieurement à la tour, car l'appareil est différent et indépendant dans les deux constructions. On a ajouté une sacristie au côté sud de la tour; mais, au début du xvui' siècle, on y voyait encore la petite porte du sanctuaire qui se retrouve dans presque tous les monuments romans. Elle figure dans le dessin de VJlHas de Vahbaye de la Cambre (fig. i38).

Nous avons dit plus haut que le rez-de-chaussée du clocher communique avec la nef et le chœur au moyen de deux arcades ogivales et qu'il est couvert d'une voûte exactement semblable à celle du chœur, voûte qui date également du xvii® siècle. Nous sommes convaincu que "ces arcades ogivales ont été percées lors de la construction du chœur et qu'elles remplacent des arcades romanes en plein-cintre sensiblement moins élevées.

Le chœur actuel a été construit évidemment sur l'emplacement du chœur primitif, de dimensions moindres et composé probablement, comme ailleurs, d'une simple abside en cul-de-four. Or, comme on ne rencontre aucune trace de la toiture primitive au-dessus de la voûte du chœur actuel,

FiG. i38. Eglise DE QuERBs.

(D'après l'Jltlas de l'abbaye de la Cambre.)

il faut supposer que celle-ci se trouvait beaucoup plus bas que la toiture l^'égltse de actuelle, ce qui prouve une fois de plus que les arcades brisées ont été Querhs. construites après coup. De plus, l'accès de l'étage du clocher par le grenier de l'annexe se fait au moyen d'une large baie en plein-cintre munie jadis d'une porte. Pour arriver au niveau actuel de l'étage, il a fallu exhausser l'arc de l'ouverture et remonter d'un mètre le seuil. Nous pouvons donc dire que le plafond de la tour était au moins d'un mètre plus bas que les

Fjg. 139. Église de Querbs. (Coupe longitudinale sur l'état primitif.) (Restitution de l'auteur.)

arcades gothiques actuelles. Pareille transformation n'est d'ailleurs pas extraordinaire: nous en verrons bien d'autres exemples aux environs de Bruxelles.

La hauteur du plafond primitif de la nef est indiquée par le seuil de la porte qui donnait communication avec l'étage du clocher.

Pour la restitution du chœur, nous nous basons sur les règles suivies dans les édifices analogues.

La partie supérieure de la tour a été totalement modifiée au xix' siècle ; elle est dénuée de tout cachet. A en juger par le dessin de VJlHas de Vahhaye de la Cambre qui est exact pour les parties que nous connaissons, le clocher aurait été notablement plus élevé qu'il ne l'est actuellement et percé, sur chacune des quatre faces, d'une seule ouïe en plein-cintre.

L'église de Querbs appartient donc au type d'édifices à une nef avec clocher central, dont nous avons retrouvé des spécimens à Vieux-Héverlé et à Bost, et dont la partie occidentale du Brabant nous fournira encore d'autres exemples.

L'ANCIENNE ÉGLISE D'ERPS

Cette église (i) fut plusieurs fois restaurée. Au milieu du siècle dernier, on la remplaça définitivement par un édifice néo-gothique à clocher occidental.

L'ancienne église remontait à l'époque romane. Elle avait été réparée en i56i. On exhaussa la tour en 1601 ; tout l'édifice fut ravagé en 1706 et restauré en 1710.

D'après A. Wauters (2), l'église était éclairée, au midi, par quatre fenêtres cintrées, la cinquième ayant été remplacée par une baie ogivale. Contre le mur du collatéral se trouvait une petite habitation et un hangar. Nous ignorons où l'auteur a puisé ces renseignements, mais ils concordent assez exactement avec un dessin de l 'ancienne église conservé dans V Atlas de l'abbaye de la Cambre. A en juger par ce document elle est un édifice à une nef du Fjg. 140. Église d'Erps. type de Qucrbs, à clocher carré devant le chœur, {D'^prks l'JiHas de jabbaye delà Cambre.) avcc la petite porte au côté sud du sanctuaire.

(1) A. A\irz\is, Histoire des environs de Bruxelles, X. 111, p. 184 et suiv. Erps est cité en I ) iS, lorsque l'évêque de Cambrai, Burchard, donna le patronat de cette église à l'abbaye de Cortenberg.

(2) Op. cit., p. J90.

'L'architecture romane en Brabant.

L'ÉGLISE DE SAVENTHEM Varchitec-

ture romane

L'église Saint-Martin de Saventhem (i) ne manque pas de visiteurs, en^rctbcttlt^ Cependant ceux-ci n'y viennent guère pour le monument lui-même, mais pour le tableau qu'il abrite : le fameux Saint-Martin de Van Dyck. L'édifice mérite toutefois de fixer l'attention, moins par ce qu'il est actuellement que par ce qu'il a été jadis.

Rien, dans l'église, ne fait, à première vue, soupçonner son antiquité. Elle se présente au visiteur comme un monument gothique non dénué d'originalité, avec tous les caractères du xvi' ou du xvii® siècle.

Les nefs, au nombre de trois, sont couvertes d'une toiture unique, mais chaque travée des bas-côtés est couronnée d'un pignon triangulaire perpendiculaire à l'axe de l'église.

La première travée occidentale, un peu plus large que les autres, n'est qu'une

ajoute malheureuse con- ^ -

riG. 141. Vue de l Eglise de bA\ENTHtM.

struite en 1 864. Le clocher, (É,,, actuel) (^).

situé entre les nefs et le (Phot. de fauteur.)

(1) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. III, p. i 53 et suiv. La commune est déjà citée en 1 122. Les dîmes de Saventhem appartenaient, en partie, au curé et, en partie, au chapitre diocésain de Cambrai.

(2) Les clichés de cette notice ont été prêtés par le Bulletin des Métiers d'Art.

T.* architec - chœur, est carré et n'a d'autres lumières que des ouïes en ogive dans ture romane ses quatre faces. Une flèche élancée octogonale le couronne et une touen^rcibctnt. f^H^ d'escalier accoste le côté nord. De forme ronde jusqu'à une hauteur de 7 mètres, cette tourelle devient alors octogonale et elle est terminée

par une toiture en cône.

Le chœur est une belle construction ogivale, formée de trois travées et d'une abside à trois pans.

]1 doit dater de la seconde moitié du xvi' siècle.

A l'intérieur, l'église frappe à première vue par sa largeur démesurée comparativement aux autres dimensions. Les colonnes, de forme cylindrique, couronnées de chapiteaux à feuilles de chou, sont très espacées.

Les basses-nefs ont à peu près la même largeur que la nef principale. Celle-ci n'a pas d'éclairage direct; toute la lumière entre par les grandes fenêtres des bas-côtés. Les trois nefs sont couvertes de voûtes en briques sur nervures. Celles des bas-côtés ont tous les caractères de l'architecture du xvii*' siècle, tandis que celles de la grande nef sont peu antérieures à la Révolution française.

Le chœur, dont la première travée est formée par le rez-de-chaussée de la tour, est étroit et profond, de telle manière que l'autel ne s'aperçoit guère des bas-côtés.

Le transept est peu accusé et fait à peine saillie sur les nefs latérales.

Fig. 142.

Intérieur de l'église de Saventhem.

(Phot. de l'auteur.)

D'après cette description superficielle, le lecteur pourrait croire que T^'égUse de l'église qui nous occupe n'a rien de commun avec une construction romane ; Sctvenfhem. elle n'est cependant que la transformation d'un édifice de ce style.

On s'en aperçoit d'abord à la tour. Celle-ci se compose de deux parties superposées, construites dans les mêmes matériaux, grès des environs; mais un peu d'attention fait découvrir la soudure au niveau du faîtage de la nef principale. La partie supérieure date du xvi' ou xvii' siècle, le bloc inférieur est roman.

La tourelle d'escalier aussi, dans sa partie cylindrique, présente un cachet bien roman. Du côté sud, on remarque, dans le mur de la tour, une petite porte très étroite, haute de l'io, couronnée d'un plein-cintre à claveaux longs et peu épais, actuellement condamnée. Cette entrée corres-

F)G. J43. Église de Saventhem. (Plan.)

(J{estilution de l'auteur.)

pond, soit comme emplacement, soit comme dimensions, aux portes du sanctuaire que nous avons remarquées à Berthem, Leefdael, Sainte- Vérone, Erps, etc. Au-dessus, se trouvait une baie, large de 2"6o,

Ctrchîtec- dont les impostes s'appuient sur deux corbeaux saillants du côté de

ture romane l'intrados.

enSrabant. a l'intérieur de la tour, du côté nord, une large arcade, dont les piédroits descendent jusqu'au sol, existe dans le mur ; elle encadre la porte menant à l'escalier. Cette arcade est bouchée par un mur léger en briques.

La tourelle est intéressante. Le petit couloir qui y mène est bas et étroit, couvert d'une voûte en berceau, qui se continue en hélice dans l'escalier même sous les marches de pierre. C'est une des rares construction de cette espèce ; elle n'est pas sans offrir de sérieuses difficultés et la plupart des architectes romans l'ont évitée.

Le rez-de-chaussée de la tour communique avec les nefs et le chœur au moyen de deux grandes arcades à piédroits chanfreinés, sans doute, lors d'un remaniement dans la construction, car les pilastres adjacents dans la nef sont encore carrés.

Point de doute donc que la tour ne soit une construction romane. 11 en est de même de l'église.

Si, à l'intérieur, on examine les murs de la grande nef, au-dessus des arcades, on remarque vaguement, derrière le plâtrage, la silhouette de petites fenêtres disposées à raison de deux par travée. On relève, en outre, dans les murs, de nombreuses traces de tassements et des crevasses qui font supposer que ces parties ont subi des remaniements assez importants. Si on monte au-dessus de la voûte actuelle, on retrouve presque en entier la disposition primitive de l'édifice. Deux rangées d'étroites fenêtres

Église de Sayenthem. (Fenêtres avec leurs châssis. ("/{élevé de l'auteur.)

en plein-cintre, au nombre de six par rangée, sont restées presque intac- T.' église de tes. Elles n'ont que o'"55 de largeur, mais sont munies, surtout à Tinté- Sctventheni. rieur, d'un profond ébrasement. Du côté extérieur, le seuil est horizontal et fait saillie en un larmier qui court tout le long du bâtiment. Chose extrêmement remarquable, certaines de ces fenêtres, dont nous donnons le relevé exact (fig. 144), ont conservé leurs châssis primitifs en bois de chêne. Ces châssis, emboîtés dans une gorge, épousent exactement la forme des fenêtres. Ils se composent de pièces de bois portant pour tout ornement un petit congé sur l'arête du côté extérieur. On n'y remarque aucune trace de vitrage. Plus tard, mais encore à l'époque romane, on a supprimé les seuils horizontaux pour les remplacer par un glacis extérieur. En même temps, on a divisé le châssis en trois compartiments par des lattes transversales de peu d'épaisseur. Ces châssis sont les seuls restes de menuiserie romane que nous ayons trouvés en Brabant.

En dessous des larmiers des fenêtres, existent encore les corbeaux en pierre qui ont supporté la lambourde des bas-côtés en appentis. Il y est

'L' archttec- resté accroché, de-ci de-là, quelques débris des tuiles dont toute l'église ture romane était, sans doute, primitivement recouverte.

en Srabant. Au sommet des murs, on remarque encore l'emplacement des poutres qui ont porté, dans la construction ancienne, le plafond plat. A l'extérieur, la moulure couronnant les murs et courant, sous la toiture est restée. Audessus de la voûte actuelle existe, encore bien conservée, une fausse voûte en stuc. Elle a la forme d'un berceau en arc brisé et est divisée en caissons rectangulaires par des arêtes moulurées en chêne. Cette voûte date, sans doute, vu les ornements en plâtre et les moulures, du xvji' siècle.

L'église primitive était donc une basilique à trois nefs sans transept et tout entière de style roman.

Les fenêtres sont au nombre de deux par travée actuelle. Cependant elles présentent l'écartement normal des baies romanes similaires. Or, d'après l'usage, les églises romanes, surtout les petites églises, n'ont qu'une fenêtre par travée. Que faut-il en conclure, si ce n'est que l'on a, lors de la reconstruction, comme à Parc et à Vossem, enlevé la moitié des piliers pour pouvoir élargir les travées et donner aux bas-côtés la largeur exceptionnelle qu'ils ont actuellement.

La forme des piliers primitifs est fournie par les pilastres adjacents à la tour : ils étaient carrés, probablement sans socles et couronnés d'un simple tailloir. On a donc dû convertir, au xvu' siècle, les piliers carrés en colonnes gothiques. Cette transformation de l'église s'est, sans doute, effectuée en deux fois. On a commencé par adapter les deux transepts aux nefs anciennes, comme le prouvent les fenêtres bouchées dans le transept sud et aussi la différence sensible dans les moulures des arcades : celles du transept sont sans aucun ornement, elles ont la coupe carrée d'une arcade romane. Cela s'explique parce qu'elles devaient d'abord s'accorder avec les arcs romans existant dans le reste de l'église et qu'elles devaient retomber sur des piliers carrés. Les arcades percées, plus tard, dans le reste de la nef sont moulurées; aussi reposent-elles sur des colonnes.

Dans la généralité des églises romanes de notre pays, les bas-côtés ont la moitié de la largeur des nefs principales. Nous pouvons donc, a priori^ donner les mêmes proportions à ceux de Saventhem. Cette hypothèse est, du reste, absolument confirmée par les traces de pente des toitures relevées sous les combles et par l'examen du mur oriental du bas-côté

nord où l'on trouve, vers le milieu, des traces d'arrachement bien T.' CirchiteC-

visibles. ture romane

Nous concluerons donc que les nefs de Saventhem avaient les dimen- etl ^rcthdîlt. sions et le caractère de toutes les églises romanes de la contrée.

Nous avons beaucoup moins de documents pour ce qui concerne le chœur primitif de l'édifice. Cependant, son plan semi-circulaire ne laisse aucun doute, car on voit distinctement, dans la sacristie nord, l'origine du demi-cercle. 11 n'y a donc que la hauteur exacte du chœur qui demeure problématique. Nous l'avons restituée d'après les données fournies par la comparaison avec d'autres églises similaires : Bost, Geest-Sainte-Marie, etc.

Page 1