wv
TouR de l'Église de Crainhem. (Plan.) (T{elevé de l'auteur.)
interprêtée, dont les deux cornes font saillie en bas-relief sur les côtés adjacents et sont ornés de losanges gravés. Tout l'espace vacant est occupé par une ornementation en arabesques qui ressemblent vaguement à des volutes. Le tailloir, peu saillant, est recouvert extérieurement de deux rangées superposées de losanges en relief. Nous en donnons un dessin d'après photographie (fig. 149)-
Ces chapiteaux couronnent des colonnettes placées, comme nous l'avons dit, dans les angles de l 'avant-corps. Elles n'ont que o"9o de hauteur, tandis que les chapiteaux eux-mêmes mesurent, avec leur tailloir, o"'6o ! 11 est donc indubitable qu'elles sont enterrées profondément et que le niveau de l'église a été considérablement exhaussé. Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que l'arcade qui donne accès dans la nef a été visiblement refaite et exhaussée jusqu'à se confondre avec l'intrados de la voûte. Nous n'avons pu retrouver l'ancien niveau du sol, mais si nous tenons compte des dimensions ordinaires des rez-de-chaussée des tours, il y a lieu de croire qu'il a été surélevé de 2 mètres au moins.
La particularité la plus remarquable de tout cet ensemble, c'est que le mur occidental de l'étage des cloches ne repose pas sur le mur du rez-de-chaussée, mais bien sur la voûte d'arêtes dont nous avons parlé : les deux étages de la tour portent donc à faux de ce côté. C'est un fait unique à signaler. Quoique fort ancienne, cette anomalie singulière, étant donné l'état de la voûte à l'étage, n'appartient probablement pas au plan primitif. Cette voûte a été coupée, sur une partie de son étendue, de telle manière que la clef ne se trouve plus au centre. Si on la complétait, le mur occidental retomberait sur celui du rez-de-chaussée comme les trois autres. Or, comme l'étage fait une retraite sur les deux côtés latéraux du rez-de-chaussée, nous sommes porté à croire que cette même retraite
L'église de Crainhem.
Fie. i5i. Tour de Crainhem.
(T^elevé de l'auteur.) (Coupe transversale.)
existait jadis sur le devant. De telle manière le plan de cette singulière construction est au moins acceptable et donne une tour composée d'étages en forte retraite sur trois côtés et d'aplomb seulement vers les nefs.
L'ANCJENNE ÉGLISE DE WESEMBEEK
11 ne subsiste rien de l'église primitive de cette commune (i). Le chœur, belle construction gothique, date du xvj' ou du xvii' siècle et les nefs furent renouvelées vers 1727. Une vue de l'ancien temple, conservée dans VJlHas l'abbaye de la Cambre, révèle cependant un édifice roman que nous avons cru devoir reproduire.
Elle nous montre une église à une seule net et clocher occidental qui, comme la plupart des tours demeurées intactes, n'a d'ouvertures qu'à l'étage des cloches.
L'entrée se faisait au sud par un porche. Les fenêtres de la nef, situées très haut, dataient probablement de l'origine de la construction. Nous pouvons donc ranger cette église dans la même catégorie que celle d'Overlaer.
L'ÉGLISE DE HAEREN
Nous parlerons aussi de l'église de Haeren (2) dans la seconde partie de cet ouvrage, car la nef du milieu appartient au xiii' siècle, tandis que la tour est de style roman. On ne s'en douterait pas à première vue, les
(1) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. 111, p. 261 . L'autel de ce village fut donné, en i J29, à l'église des Saints-Michel et Gudule à Bruxelles, par l'évêque Burchard de Cambrai. L'église est dédiée à saint Pierre.
(2) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. 111, p. 74 et suiv. Haeren est cité dès le milieu du xi® siècle (Acta Sanctorum Belgii, série V, p. 6a). L'église Sainte-Elisabeth avait comme patron le chapitre de Sainte-Gudule à Bruxelles.
L'architecture romane en Brabant.
FiG. i52. Église de Wesembeek.
(D'après l'Atlas de l'abbaye de la Cambre.)
nombreux remaniements dont l'édifice a été l'objet, n'ayant guère laissé T^'église de de la première construction que les quatre murs. Hcieren.
Le clocher est une masse rectangulaire, trapue à l'excès. 11 repose, du côté de la façade, sur un mur plein, à l'intérieur, sur deux piliers composés de forme singulière. Aucun ornement ne relève la nudité des murs couronnés par une flèche élancée à large base. 11 n'y eût jamais d'entrée occidentale, l'accès se trouvant du côté sud. Le second étage est éclairé par deux baies en arc brisé sur chaque face, l'étage du jubé par une grande fenêtre gothique du xvii° siècle. A l'intérieur, le rez-de-chaussée de la tour fait partie de l'église et est couvert, comme celle-ci, de voûtes sur nervures : il est en communication avec les nefs au moyen de trois arcades en arc brisé. 11 n'en était pas ainsi primitivement :
le clocher était isolé et formait avant-corps.
Les arcades gothiques ont été percées dans ses flancs après coup, on le voit distinctement à leurs moulures, à leur rudesse et à leur manque de symétrie.
Les deux travées qui
accostent la tour ont p,^ ,53 Église de Haeren. (Plan.)
un appareil absolu- (1{eîevé de l'auteur.)
ment indépendant et
furent donc accolées postérieurement. Elles ne proviennent même que d'un second agrandissement, car les contreforts du transept sud sont des contreforts angulaires, jadis complètement dégagés. On remarque du reste, dans le pilier nord supportant le clocher, des traces d'arrachements à l'endroit où fut amorcé le mur occidental du transept.
Primitivement, le clocher n'avait pas de voûte. Celle qui existe appartient à la dernière époque gothique, tant par le profil de ses nervures que
1^' architec - parles colonnettes sur lesquelles elles retombent et qui ont été ajoutées fure romane après coup dans les angles des piliers. Le clocher n'avait pas non plus enSrCtbant. de fenêtres à l'occident ; il n'était probablement éclairé que par une meurtrière. 11 était aussi moins élevé qu'aujourd'hui, car tout l'étage des cloches est une ajoute du début du xvm' siècle. Le caractère des baies actuelles le fait déjà supposer ; mais ce qui achève de le prouver, c'est la présence de quatre ouïes romanes bouchées et presque imperceptibles en dessous du larmier qui délimite l'étage des cloches. L'ancienne tour avait donc une hauteur sensiblement égale à sa largeur et formait une masse à peu près cubique.
L'église primitive, dont ce clocher faisait partie, devait être très basse. La hauteur nous en est donnée par le larmier qui surmontait la toiture à double pente de 45\ Elle ne pouvait avoir qu'une seule nef, car le plafond n'avait pas plus de 5 mètres d'élévation, ce qui exclut toute possibilité d'y accoler des bas-côtés. 11 ne nous reste aucune indication sur le chœur ancien. Celui qu'on voit date du xvi' siècle.
L'ancienne église de Haeren formait donc un édifice à nef unique et clocher occidental, du même type, pour les grandes lignes, que l'église d'Overlaer.
L'ÉGLISE D'HUMELGHEM
L'église Sainte-Catherine d'Humelghem (i) ne conserve plus comme témoin de son ancienneté, qu'un clocher carré situé à l'entrée du choeur, disposition qui la classe dans cette catégorie d'édifices dont nous avons rencontré les premiers spécimens à Vieux-Héverlé et à Bost. Encore, cette tour a-t-elle été bâtie en trois fois, à des époques différentes.
La partie inférieure, jusqu'à la hauteur de la corniche du chœur, est construite en très petit appareil irrégulier de pierres sablonneuses, tandis que les étages supérieurs sont d'une facture plus soignée et d'un appareil moins grossier. Un escalier en spirale, logé dans une tourelle, conduit
(i) A. Wauters, Tfistoire des environs de Bruxelles, t. 111, p. 141 et suiv. Humelghem, actuellement dépendance de la communede Steenockerzeel, formait, avant 181 1, unejuridic tion séparée. Le village est cité pour la première fois en 1 ) $4.
jusqu'au premier étage et s'arrête à l'endroit où l'appareil se modifie, preuve que la partie inférieure seule appartient à la construction primitive. Le rez-de-chaussée de la tour n'est éclairé que par un œil-de-bœuf percé après coup. A côté de celui-ci, on remarque, dans le mur méridional, une petite porte, actuellement cachée par une dalle funéraire, terminée par un plein-cintre encadrant vraisemblablement un linteau.
On voit au-dessus de la partie inférieure, dans le mur sud, une grande arcade bouchée qui dut servir d'arc de décharge supportant le premier étage. Celui-ci était jadis éclairé sur chacun des quatre côtés par des baies en plein-cintre dont les arcs retombaient sur des consoles ayant la forme de chapiteaux grossièrement sculptés, mais qui n'ont jamais reposé sur descolonnettes. Ces baies sont condamnées depuis la construction du second étage, qui a,
lui aussi, deux ouïes de chaque côté. La tour est terminée par une flèche en pyramide assez obtuse, à quatre pans.
A ce clocher roman a été accolé, du côté oriental, un joli chœur gothique du début du xiv' siècle, couvert par une belle voûte à nervures et terminé par un chevet à trois pans, consolidé par des contreforts.
Quoique les documents nous manquent au sujet du chœur primitif, nous n'hésitons pas à le ranger dans la même catégorie que ceux de Saventhem et de Bost, formés d'une simple abside semi-circulaire. 11 était sans doute très bas, car on ne voit sur le mur de la tour aucune trace de la toiture ancienne. Le caractère provisoire de l'ouverture conduisant, à travers ce même mur, au comble du chœur actuel prouve aussi qu'elle n'a été percée qu'après l'achèvement de ce dernier. Quant aux arcades gothiques qui s'ouvrent, dans les parois de la tour, sur le chœur et la nef, elles
FiG. i5^.
Eglise d'Humelghem. (Etat actuel.) (Croquis de l'auteur.)
'L' église d'Humelghem.
'L'architec- datent de la construction du chœur, car elles présentent les mêmes mouture romane lures, la travée porte la même voûte à nervures et les mêmes piédroits. en Srabant^ Nous sommes donc encore une fois en présence d'un cas analogue à celui dont la tour de Querbs offre l'exemple le plus frappant : la transformation d'une petite arcade romane en un grand arc brisé.
Les nefs de l'église ont été construites à diverses époques. 11 n'y avait au début qu'un seul vaisseau rectangulaire, comme à Bost. La double pente de la toiture est conservée sous les combles actuels et, dans le mur occidental, on voit encore au-dessus de l'entrée une petite fenêtre de la transition. La nef primitive ou du moins
peu modifiée subsistait encore au début du xviii' siècle, comme on peut en juger par un dessin conservé dans VJlHas de l'abbaye de la Cambre. Elle
FiG. i55. Eglise d'Humelghem.
(D'après l'Atlas de l'abbaye de la Cambre.)
(T^elevé de l'auteur.)
Église d'Humelghem. (Plan.)
était moins élevée et moins large que la nef actuelle, car les meurtrières T^' Ctrchttec de la tourelle d'escalier ont jadis donné à l'extérieur etje contrefort qui ture romane était saillant à l'angle sud-ouest de la nef, est maintenant englobé dans la en^rabant. construction.
A la fin du xvi' siècle ou dans le courant du siècle suivant, l'oratoire étant devenu trop petit, on y ajouta, du côté nord, un collatéral unique et probablement aussi un croisillon séparé du vaisseau principal par deux colonnes élégantes. Ce bas-côté était couvert par une toiture à deux versants, comme on le voit sur le dessin précité. Enfin, d'après une inscription encastrée dans le mur sud, on élargit en i 739 la grande nef, en reculant quelque peu ce mur ; on exhaussa la maçonnerie, on perça deux grandes fenêtres et on couvrit les deux nefs d'une seule toiture à deux versants. La toiture du transept se perd depuis lors dans la pente de celle des nefs.
L'EGLISE DE PERCK
L'église Notre-Dame à Perck (1) avait anciennement un plan analogue à celui de Querbs et d'Humelghem. Une tour carrée séparait le sanctuaire de la nef proprement dite, formée d'une simple salle carrée et plafonnée. Depuis, elle a subi des remaniements et des transformations multiples. La tour seule est demeurée à peu près intacte. Elle rentre dans le type ordinaire du clocher carré, mais elle s'en distingue par la forme particulière et très élégante de ses ouïes. Percées dans des murs de ]"5o d'épaisseur, ces ouïes se composent de deux arcades concentriques, divisées par une double arcature en pleincintre, portée sur une colonnette à chapi- ,5^ X^^WV cubique: les angles sont occupés par
Église de NI/' colonncttcs sur lesquelles retombe un
(D'après r Atlas de l'abbaye de la Cambre.) tore épais. Des abat-son modemes, très sail-
(1 ) A. 'WAurERS, Histoire des environs de Bruxelles, t. 11, p. 689' et suiv. Perck n'est pas cité avant i j 92. L'église Notre-Dame était à la collation du trésorier de la cathédrale de Cambrai
'L' architecture romane en Brabant.
lants, masquent en partie ces détails.
Les autres fenêtres de la tour comptent parmi les mieux conservées de l'époque romane. Elles sont relativement larges et bien construites. Nous retrouvons aussi à Perck, dans la base du clocher, la petite porte de service qui donnait directement entrée de l'extérieur dans le chœur.
Le premier changement opéré au plan primitif, probablement au xiv" siècle, fut de remplacer le chœur par un sanctuaire gothique élégant, qui existe encore. L'ancien chœur devait avoir, selon l'usage, un chevet semicirculaire; cependant sous les combles actuels, nous ne retrouvons pas ici, comme dans d'autres édifices, la trace de l'ancienne pente de la toiture. 11 faut en conclure que le chœur était très peu élevé et que le faîte atteignait à peine la hauteur de la première retraite des murs de la tour.
Des arcades brisées assez élevées sont percées dans la tour, du côté de la nef et du chœur actuel. Elles sont entièrement à l'échelle du chœur et ont donc probablement été construites avec lui pour remplacer des arcs en plein-cintre plus petits.
Au xvje siècle on ajouta, de part et d'autre, à la dernière travée de la nef, un transept ogival assez saillant et, du côté nord, une sacristie. Entre les deux, se trouve un escalier à vis de plan carré, qui mène à l'étage de la tour. Au xvii' siècle, le plafond fut renouvelé et orné de hauts-reliefs, très
FiG. i58.
Vue extérieure de l'Église DE Perck. (État actuel.)
originaux, en stuc. Une nouvelle sacristie fut construite au début du xix' siè- I^'église de
cle et, quelque temps après, on ajouta à la nef unique deux bas-côtés J^erck. en briques, couverts de voûtes rappelant les formes ogivales. 11 ne reste plus de la nef primitive que les deux pans de mur, dans lesquels sont percés les transepts ainsi qu'une partie de la façade. Ils nous suffisent cependant pour déterminer exactement les dimensions de l'ancien vaisseau. On
FiG. }5cf.
Église de Perck. (Plan.)
(1{elev2 de l'auteur.)
relève aussi, en dessous des toitures du transept, deux des fenêtres qui éclairaient l'église. Elles sont très petites, n'ont à la rencontre des ébrasements qu'une ouverture de o""5o sur i"'3o, sont très grossièrement apprreillées et situées à proximité de la toiture.
'L'architecture romane en Brabant.
L'ORATOIRE DE LELLE
Le hameau de Lelle (i) ou Lille est une dépendance de la commune de Berg, près de Vilvorde. Au milieu d'une agglomération de fermes anciennes, dont plusieurs ont un réel intérêt artistique, surgit le clocheton d'une petite chapzlle abandonnée, qui est, sans doute, l'une des constructions les plus anciennes du Brabant. Elle est en ruines malheureusement et, si l'on n'y prend garde, la tour en bois et en ardoises s'écroulera bientôt, entraînant dans sa chute le reste de l'édifice.
Ce petit oratoire se compose de deux parties : une nef rectangulaire et un petit chœur carré, construits à des époques différentes, comme ceux de la chapelle de Chièvres, dont nous avons parlé (2). Le chœur date du xiv' ou xv' siècle et n'est pas sans mérite, mais la seule partie qui doive nous occuper est la nef romane. Elle est formée de quatre murs de o"'6o d'épaisseur, sans aucune décoration, construits en grès des environs et couverte d'un plafond plat et d'une toiture à deux versants. L'éclairage est assuré par quatre petites fenêtres ayant o'"3o d'ouverture, situées, deux de chaque
côté, dans la région supérieure. La porte d'entrée, percée dans la façade, est de construction récente. L'ancienne porte, plus étroite, se trouvait du côté sud, entre les deux fenêtres.
Le clocheton en ardoises est aussi une ajoute postérieure, car vraisemblablement la chapelle n'avait d'abord pas de tour.
Elle n'avait, non plus sans doute, pas de chœur et se composait uniquement de la salle rectangulaire. A vrai dire, le chœur du xiv' siècle aurait pu en remplacer un autre consistant en une petite abside, mais cette hypothèse est peu probable étant donnée la manière dont se raccordent actuellement les deux parties de la construction. En effet, si un chœur a existé dès
Chapelle de Lelle. (Plan.) (J{elevé de l'auteur.)
(i ) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t, U, p. 708. En i 1 54, on trouve déjà le nom d'Arnoul, clerc de Lille. La chapelle était dédiée à saint Lambert. (2) Voir fig. I 1 .
l'origine, il a été relié à la nef par un arc triomphal. Or, actuellement, on ne trouve aucune trace d'un arc semblable. Au contraire, l'ouverture
carrée s'étend jusqu'au plafond
de la nef et est fermée par une poutre, tandis que le chœur, bien plus élevé, est recouvert par une voûte en bardeaux décrivant un arc brisé.
L'intérieur de la chapelle est décoré de peintures grossières très anciennes, exécutées à la chaux de couleur rouge-brique sur un fond blanc brunâtre. Elles sont malheureusement fort détériorées. On distingue cependant encore deux grands poissons très
Chapelle de Lelle. (Fenêtre.)
longs, une croix qui paraît être une croix de consécration et une figure de Saint au caractère très archaïque, dont le drapé et la pose rappellent à s'y méprendre certaines miniatures du xi' siècle.
L'oratoire de Lelle est donc le type le plus simple d'église. C'est le seul spécimen de ce genre que nous ayons rencontré dans nos recherches.
TJ architecture romane en Brabant.
L'ÉGLISE D'EPPEGHEM
Cet édifice (i), reste d'une vieille église romane transformée, mais encore suffisamment reconnaissable pour permettre une restitution, est actuellement en mauvais état. Les trois nefs sont renforcées par de vigoureux contreforts et éclairées par de larges fenêtres. Une couche de ciment couvre la façade et le pignon. Le chœur, qui n'est pas dénué d'intérêt, date de la fin du xvu' ou du commencement du xviii' siècle; il est encore de construction entièrement gothique. Le clocher est situé au-dessus de la
(i) A. W KUTERS, Histoire des environs de Bruxelles, t. II, p. 535 et suiv. Eppeghem est probablement le bourg d'Ippingoheim, cité dans un diplôme de l'an 966. L'église est dédiée à saint Clément.
"L' architecture romane en Brabant.
Fig. 1 62. — Eglise d'Eppeghem.
(Profils des bases et impostes des piliers.)
dernière travée du bas-côté nord contre le choeur ; il est couronné par une flèche déprimée.
On entre dans l'église par une porte située à la façade et au-dessus de laquelle se trouve placé le jubé. A l'entrée, les trois nefs sont séparées par des murs pleins. Plus loin, trois arcades s'ouvrent de part et d'autre dans les bas-côtés. Elles retombent au sud sur deux colonnes toscanes, au nord sur une colonne et sur un massif de maçonnerie rectangulaire qui porte en même temps le clocher. Les trois nefs ont des plafonds, tandis que le choeur est couvert de voûtes gothiques sur nervures. Une sacristie, probablement plus ancienne que le chœur, est adjacente à la tour. En face de cette dernière existe, du côté sud, un bras de transept très saillant, qui, à en juger par l'appareil et les moulures, date à peu près de la même époque que le chœur.
Contrairement à ce qu'on voit dans beaucoup d'autres édifices romans transformés, les murs supérieurs de la grande nef ont été démolis. 11 reste donc fort peu de choses de la construction primitive.
Les contreforts extérieurs ne font pas partie de la maçonnerie des murs, au moins jusqu'à une certaine hauteur ; ils sont donc plus récents. Ensuite, au sud, à côté du premier contrefort, on voit les traces d'une ancienne porte couronnée par un arc circonscrivant un grand linteau semi-circulaire. En dessous de la dernière fenêtre du même côté, se trouve un fragment d'appareil en arête de poisson, chose rare en Belgique et qui dénote une haute antiquité. A côté de ce pan de maçonnerie, on retrouve la moitié d'une très petite fenêtre en plein-cintre. 11 n'y a donc pas de doute que le mur sud, jusqu'à la hauteur des fenêtres actuelles, date de l'époque romane. La situation de cette petite fenêtre nous fournit encore deux renseignements précieux : par le peu de hauteur à laquelle elle se trouve placée, elle nous dit qu'il y avait, à l'origine, deux rangées de fenêtres et, par l'emplacement qu'elle occupe, elle nous indique la situation des piliers anciens.
La façade nord ne présente pas de particularités, mais la structure des murs est la même que du côté sud; sa situation est symétrique par rapport à l'axe de l'église. Elle occupe donc aussi l'emplacement du mur primitif, ce qui est confirmé par la disposition du clocher. Celui-ci présente à sa partie supérieure deux zones séparées par un larmier. La zone infé-
rieure était percée de lancettes géminées, encadrées d'une moulure en église larmier. Ces lancettes, aujourd'hui bouchées, datent de l'époque de transi- d P P tion ; la partie inférieure est donc au moins aussi ancienne. La situation de ghem. ce clocher, placé au nord de l'édifice, est unique en son genre. Sa forme oblongue est non moins singulière. Comme l'adjonction du transept a complètement modifié la partie méridionale de la nef, nous ne pouvons juger si ce côté ne comportait pas un second clocher faisant face à l'autre. Le cas serait alors moins insolite; nous avons rencontré à Neeryssche un autre
FiG. i63.
Église d'Eppeghem. (Plan.)
^f(etevé de l'auteur.)
exemple de deux tours accostant la dernière travée de la nef. Mais cette disposition, si elle se trouvait dans le plan, n'a jamais été exécutée, car au-dessus de la toiture du transept on remarque un fragment de l'ancien mur goutterot sans aucune trace de modification. Examinons maintenant l'intérieur de l'église.
Deux murs, blanchis à la chaux, séparent le baptistère et le réduit qui lui fait face du reste de l'église. Ces murs ne sont, en réalité, que deux
U Ctrchttec - piliers rectangulaires portant des arcades romanes bouchées et reposant ture romane sur des bases moulurées enterrées en grande partie. Ce sont donc quatre enBrabant. piliers et deux pilastres de l'ancienne nef; ils peuvent nous renseigner sur les autres soutiens démolis. A la base du clocher, les murs ont été évidés du côté intérieur en deux baies grossières dont le tracé se rapproche du cintre. On peut voir, à travers le plâtrage, que les archivoltes sont en briques. 11 n'y a donc aucun doute que ces ouvertures aient été percées plus tard et que jadis le clocher reposait sur des murs pleins. Cette supposition est encore confirmée par ce fait que, lors de cet agrandissement, on fut obligé de construire un escalier en tourelle dans l'angle de la tour et une voûte en briques sur la nouvelle travée.
Le pilier de la tour nous donne exactement le point terminus des anciennes arcades. En tenant compte, d'une part, de la forme des piliers et de la portée des arcs du fond, d'autre part, de la situation de la fenêtre du mur méridional, nous pouvons conclure avec certitude que l'ancienne nef était soutenue par quatre piliers d'un côté et par cinq de l'autre. La travée en face de la tour a une portée un peu plus grande et c'est de cette circonstance qu'on a profité plus tard pour percer un transept.
Voilà donc rétablie, dans ses grandes lignes, la disposition primitive de l'église d'Eppeghem. Nous n'avons malheureusement aucun document certain pour la restitution du chœur qui fut totalement renouvelé. 11 présente toutefois cette particularité intéressante que son axe n'est pas la continuation de celui des nefs, mais qu'il est situé plus au sud. Voici comment nous expliquons cette anomalie. L'ancien chœur aurait été situé dans l'axe des nefs, comme à toutes les églises romanes. A ce chœur, on ajouta la sacristie, au xvi' siècle. Voulant plus tard agrandir le chœur sans démolir la sacristie, on a pris tout l'espace disponible du côté sud en laissant subsister l'ancien mur roman. Nous retrouvons, dans cette hypothèse, la largeur du chœur ancien telle qu'elle est indiquée sur notre relevé. Quant au plan et à la forme du chevet, on ne pourrait faire à leur sujet que de pures suppositions.
L'ÉGLISE DE SEMPST V architecture romane
Cette église (i) n'est située qu'à quelques minutes de marche de celle en^rabant. d'Eppeghem. Elle est construite dans le style de la deuxième moitié du xviii' siècle, à l'exception du chœur, daté de 1699, exemple très tardif et assez remarquable du style gothique. Le clocher, seul fragment de rédifice primitif, remonte visiblement à la fin de la période romane. 11 nous donne quelques indications intéressantes sur la forme ancienne de l'église.
11 est construit en pierres grises des environs et présente à l'extérieur la forme rectangulaire. 11 est englobé de trois côtés dans l'église ; la façade, flanquée de deux contreforts et au milieu de laquelle se trouve la porte d'entrée, est seule libre. Au-dessus de l'église, la tour se rétrécit légèrement et l'étage supérieur, dans lequel sont percées des baies ogivales, est couronné par une flèche très élancée.
L'escal i er d'accès est logé dans une tourelle qui, chose digned'attention, ne descend pas jusqu'au 5ol, mais est portée ■en encorbellement du côté extérieur, se trouvant ainsi achevai sur le mur occidental de l'église.
L'entrée princi-
pale conduit à un
FiG. 164.
Église de Semfst. (Porte d'entrée actuelle.) (Phot. de l'auteur.)
(1) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. jusqu'en i36i, à la collation de l'évêque de Cambrai.
p. 548 et suiv. L'église était.
l^ archttec- porche rectangulaire dans les parois duquel s'ouvrent diverses portes. ture romane 11 serait fastidieux et inutile d'expliquer les remaniements nombreux que enSrabûnî'. cette partie a subis, notre relevé permettra suffisamment de s'en rendre compte (fig. i65 et i66.) Nous donnons, du côté sud, le plan à hauteur d'appui ; du côté nord, à hauteur du jubé. 11 ressort de l'examen de ces parties compliquées que l'on n'a guère touché à la structure proprement dite : toutes les modifications se sont bornées à des ajoutes.
La tour repose à l'intérieur sur deux massifs rectangulaires que des arcs en plein-cintre relient entre eux et au mur occidental. Le rez-de-chaussée de la tour faisait donc partie de 1 église proprement dite. Ce n'est que plus tard qu'on l'a converti en porche. Inutile de dire que l'entrée actuelle est de date récente. On voit distinctement les arrachements et même les amorces du soubassement. L'accès de l'escalier a, lui-aussi, été modifié. Comme la tourelle ne descend pas jusqu'au sol du côté extérieur, la porte d'entrée a dû se trouver du côté intérieur, probablement à l'endroit où nous l'avons indiquée.
Actuellement, le rez-de-chaussée du clocher n'a pas de voûte, et il y a des raisons de croire qu'il en fut toujours ainsi. En efiFet, on n'en retrouve nulle trace dans les murs au-dessus des arcades. D'ailleurs comme les piliers de la tour ne présentent aucun angle rentrant, il eût été difficile de trouver des points de retombée soit pour une voûte d'arêtes, soit pour une voûte à nervures.
Au premier étage du clocher, l'escalier à vis s'arrête et conduit à une salle rectangulaire (fig. ] 66) éclairée seulement à l'ouest par une meurtrière étroite. Cette salle donnait jadis communication avec l'intérieur de l'église au moyen d'une baie en plein-cintre large de i "60 et aujourd'hui bouchée. 11 n'est pas improbable que la tour ait été reconstruite à l'époque de transition, à partir de cet étage, car le couronnement de la tourelle nous paraît remanié et au-dessus des contreforts l'appareil revêt un autre caractère.
11 ressort de l'étude de la tour, que l'ancienne église ne possédait qu'une seule nef. En examinant la façade occidentale, on y distingue, tant à l'appareil qu'à la plinthe, l'endroit où s'arrêtait l'ancienne façade ; les murs latéraux qui s'amorcent à cet endroit subsistent encore à l'intérieur.
Ces murs, dont l'appareil est entièrement caché par le plâtrage, sont percés d'ouvertures qui, sans aucun doute, étaient des fenêtres exté-
rieures, attendu qu'elles ont des vitrages. Nous ne pourrions dire si ces murs sont les murs primitifs de la nef, mais dans tous les cas ils en occupent l'emplacement. Dans toutes les églises à trois nefs que nous connaissons, celle du milieu s'amorce au clocher ou aux murs attenants. Or, ici aucune arcade, ne s'est jamais appuyée sur les piliers du clocher, et les murs attenants, m. et m. sont modernes. Nous pouvons donc supposer que les fragments de murs dont nous avons parlé sont les amorces des
'L'église de Sempst.
FiG. i65.
Église de Sempst. (Plan,) (J{elevé de l'auteur.)
Q il anciennes parois extérieures. Lors de l'agrandissement,
■^H^^^^H on aura remplacé ces parois par des rangées de colonpj nés et ajouté, de part et d'autre, une nef latérale.
Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que le faux transept est de la même époque que le chœur ; . il a donc fait fonction de transept. Or, sa saillie sur le plan à trois nefs est si faible qu'on pourrait à peine expliquer sa construction dans le cas où l'ancienne église aurait eu la largeur de l'église actuelle tandis qu'il formait un agrandissement utile à une nef unique.
Comme le chœur datant de 1699 est plus ancien que les nefs, il a probablement coexisté avec la première église. Nous posséderions donc
FiG. 166. — Église DE Sempst. (Plan de LA TOUR A l'Étage.)
L archttec- Ja longueur de la première nef, à moins que l'on n'ait allongé celle-ci en y ture romane ajoutant à la fois un transept et un chœur.
en3rabant. R\en d'apparent ne subsiste de l'ancien choeur, mais celui que nous voyons, imitant en cela tous les chœurs des églises à une nef, est plus étroit que le vaisseau. 11 est au moins probable que la largeur ancienne a été maintenue et que l'arc triomphal a été simplement chanfreiné. Quant au plan du chœur, des fouilles seules pourraient nous le faire retrouver, mais on peut supposer, par comparaison avec les autres églises à une nef, qu'il s'est terminé par une abside semi-circulaire.