LA CRYPTE DE SAINT- GUIDON A ANDERLECHT
L'église de Saint-Guidon à Anderlecht (i) est une belle construction du xv' siècle. Sous le chœur, dont la longueur est considérable, se trouve une crypte ancienne très intéressante, au sujet de laquelle les archéologues ont émis plusieurs hypothèses fort différentes. L'architecte Van der Rit, qui le premier l'étudia, voulut y voir une construction du ix^ siècle et prétendit qu'elle avait formé primitivement un édifice complet et une véritable église au-dessus du sol (2). 11 n'y a pas de doute cependant qu'il n'y ait là qu'une simple crypte, située depuis l'origine en dessous du chœur d'une église supérieure. Il serait fastidieux de le démontrer.
La crypte n'occupe pas tout le sous-sol du chœur actuel, elle s'étend seulement sous la partie antérieure ; on y accède par le transept. Elle se compose de cinq nefs portées sur des piles trapues. Les trois nefs centrales, qui sont portées sur deux rangées de colonnes, se terminent par une abside à trois pans, tandis que les nefs extrêmes sont séparées des autres par quatre massifs carrés très épais, dans lesquels sont engagées des demi-colonnes. La crypte est ainsi divisée en travées carrées couvertes par
(] ) F. Van der Rit, "Etude archéologique, architectonographique et iconographique de l'église souterraine d' Anderlecht-lez-Brux elles, Bruxelles, 1845, jn-40, 80 pp., 5 pl. (mémoire couronné par l'Académie royale de Belgique, t. XVI II) ; — Journal belge de l'Architecture, t. V, i853, pp. 1 53-1 56, pl. 19 et 20; — A. "Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. 1, p. 21 ; — Bulletin de la Gildc de Saint-Thomas et de Saint^Luc, t. VII, 1889, p. 39.
(2) Cet avis est partagé par le Bulletin de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, toc. ci
des voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux très saillants. Le long des murs latéraux, ces arcs retombent sur des consoles, tandis que, dans le fond et au chevet, ils sont portés par des demi-colonnes engagées.
Actuellement, la crypte est éclairée par quelques soupiraux percés à travers des murs d'une épaisseur énorme ; mais avant la construction du chœur actuel, la lumière devait y être beaucoup plus abondante. Dans chaque travée du chevet et dans les murs latéraux se trouvait alors une meurtrière fermée à son sommet par une dalle plate ou par un arc en plein-cintre.
A notre avis, les murs étaient, à l'origine, beaucoup moins épais. Ceux que l'on voit actuellement n'ont été construits que pour porter le chœur actuel et les sacristies. On remarque, du reste, en examinant les parois intérieures des soupirau-x, à la distance de l'io du parement intérieur, un changement complet dans l'appareil. L'ébrasement des fenêtres a été entamé après coup et, si on continue leur tracé nature], on trouve des meurtrières absolument normales percées dans des murs d'une épaisseur ordinaire.
11 importe aussi de faire remarquer le caractère particulier des quatre premières colonnes des nefs centrales. Toute la crypte est construite en pierre blanche d'appareil moyen, même les bases, les deux colonnes du fond, les piliers latéraux et les pilastres. Toutes ces parties portent des traces évidentes d'une même époque de construction (i). Il en est autrement des quatre premières colonnes. Ce sont des monolithes en pierre bleue très grossièrement sculptés et portant le cachet d'une haute antiquité. Les
(i) On fait remonter communément la crypte aux années 1078-1092,
FiG. 167.
Crypte de Saint-Guidon a Anderlecht. (Plan.) (T{elevé de l'Jîuteur. I
La crypte Anderlecht.
'L'architecture romane en Brabant.
FiG. j68. Intérieur de la crypte d'Anderlecht.
fûts reposent sur des bases grossières et ont des chapiteaux plus rudimentaires encore (fig. i 68). Les pierres ne sont pas polies et portent une infinité de petits trous aux rebords usés. Tout semble démontrer que ces colonnes sont des matériaux de remploi provenant d'une crypte plus ancienne située soit au même endroit, soit ailleurs. Après examen, il ne saurait y avoir de doute sur ce point. De plus, les fûts de ces colonnes ont vraisemblablement été retournés dans la nouvelle bâtisse. Leur diamètre est plus grand au sommet qu'à la base, et il en résulte cette anomalie : des chapiteaux trop petits et des bases trop larges. Les colonnes ne paraissent, du reste, pas avoir été destinées à cette crypte ; elles sont trop élevées. Tandis que tous les autres soutiens, ainsi que les culs-de-lampe, ne s'élèvent qu'à 2'"3o de hauteur, les colonnes avec leurs abaques ont 2'"5o et davantage. Pour leur faire porter les voûtes et les arcs doubleaux, on a dû aussi leur adapter une abaque en pierre blanche, beaucoup trop large pour les chapiteaux. Enfin, si ces
colonnes avaient été destinées de prime abord à la crypte, il n'y avait U drchitec aucune raison de les faire différentes de celles du fond. ture romctne
Sans vouloir trancher définitivement la question, nous croyons que ces rai- g/j SrcibctnL sons plaident sérieusement en faveur de l'antiquité des quatre colonnes monolithes.
11 serait intéressant de savoir quelle église romane s'élevait au-dessus de cette crypte. Malheureusement, il ne reste pour nous renseigner que deux pans de mur du transept. Dans celui de droite on voit encore une fenêtre condamnée, à échancrure et battée, qui indique la fin de la période romane. Nous sommes donc en présence d'une église à transept.
Quant au chœur, il serait aussi difficile d'en tracer le plan exact. La crypte nous donne cependant certaines indications. 11 paraît évident, à première vue, que celle-ci ne s'est pas étendue sous un chœur simple. Aucun chœur roman dans notre pays n'a une largeur de i4'"7o. De plus, à quoi auraient pu servir les gros piliers latéraux de la crypte, sinon à porter des murs ou d'autres piliers supérieurs ? La largeur actuelle du chœur de l'église, dont les murs reposent sur ces arcades, est donc exactement celle du précédent, mais celui-ci était probablement accosté de deux bas-côtés terminés par des murs plats sous lesquels s'étendait la nef latérale de la crypte. Comme la crypte n'était alors qu'en partie enterrée, cette hypothèse est la seule plausible, sinon on aurait vu saillir, au-dessus du sol environnant, de part et d'autre, les bas-côtés de la crypte.
L'ÉGLISE DE WATERMAEL
La restitution de l'église Saint-Clément à Waetermael (i) est des plus ingrates. Après avoir échappé pendant plusieurs siècles à la furie des modernisateurs, cette église fut transformée de façon malheureuse, il y a à peine vingt-cinq ans. La structure primitive fut alors cachée presque complètement et, actuellement, l'église est l'une des plus banales des environs de Bruxelles.
(i) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. 111, p. 335 et suiv,, zX V Architecture romane dans ses diverses transformations, Bruxelles, 1900, p. 5j. — Watermael semble être l'un des quarante-troîs villages où le roi Lothaire 11 remit au chapitre d'Aix-la-Chapelle la neuvième partie de ses revenus. L'église appartenait au chapitre de Notre-Dame à Cambrai
archttec ~ Cependant, J'ancien temple ne devait pas manquer d'intérêt. Lorsque ture romane Alph. "Wauters l'a décrit, il avait encore son transept, son chœur gothique en Srdbctnt. et ses anciens bas-côtés. Depuis lors, on a abattu le sanctuaire, l'un des croisillons tout entier et une grande partie de l'autre. Ces croisillons dataient probablement du xv' siècle, comme semblent l'indiquer les débris des plinthes et des moulures. On y substitua des constructions pseudoromanes, en briques, du style le plus lamentable. On a élargi encore
Fjg. 169. Église de Watermael, (État actuel.)
les basses-nefs et remplacé leurs parois par des mur en briques. De tout cela il résulte qu'à l'extérieur on n'aperçoit plus guère de l'ancien temple que la maçonnerie du clocher. Encore ce clocher a-t-il été flanqué de contreforts aussi laids qu'inutiles, la porte occidentale encadrée par une arcade sans caractère et toute la construction alourdie par deux escaliers logés dans des tourelles en briques.
Le clocher est un massif carré, comme la plupart des tours romanes, bâti en pierres extraites sans doute des carrières environnantes. Ses moulures sont gothiques et ont été ajoutées après coup. Primitivement, le clocher devait avoir une grande ressemblance avec celui de Berthem. 11 était
d'une simplicité extrême avec le minimum d'ouvertures. Les fenêtres en plein-cintre qui s'y trouvent actuellement ont été percées pour éclairer le jubé établi à l'étage de la tour ; l'appareil des ouïes fut aussi renouvelé
'L'église de Watermael.
FiG. J70.
Église de Watermael. (Plan.)
(T^elevé de l'auteur. )
récemment. Ici encore la porte d'entrée est postérieure à la construction. On le voit parfaitement tant à l'encadrement qu'au linteau en bois. L'entrée occidentale ne correspond, du reste, pas avec la topographie des environs, caries accès de l'église ne se trouvent pas devant la façade, mais sur les deux côtés. A l'intérieur, mêmes analogies avec la tour de Berthem. Nous y trouvons aussi le seul exemple que nous connaissions en Brabant, en dehors de cette dernière localité, d'un rez-de-chaussée couvert d'une voûte en berceau.
La tour est en communication avec l'église par une baie en plein-cintre dont les piédroits sont ornés d'une moulure grossière. Actuellement le jubé se trouve au premier étage. 11 donne sur l'église par une large arcade qui fut percée à son intention. Il ne peut y avoir de doute à cet égard : l'arc est en briques et les corbeaux qui le supportent sont de taille récente. 11 est donc probable que, pas plus ici que dans les autres édifices du même
Fig. 17,, Église de Watermael. (Profils des impostes.)
'L'architec - type, il n'y avait jadis communication entre l'étage de la tour et la ture romane nef, sinon par une baie étroite, accessible seulement par une échelle. enBrabant. Comme dans toutes les autres églises de l'époque, la nef repose sur deux rangées de piliers reliés par des arcades et est éclairée par d'étroites fenêtres en plein-cintre. Elle présente cependant certaines particularités : c'est, tout d'abord, la forme des piliers qui sont plutôt oblongs que carrés, ensuite son aspect extrêmement trapu. L'élévation de la nef au-dessus du pavement actuel jusqu'aux tailloirs n'est que de l'oS. 11 est donc hors de doute que les piliers ont été profondément enterrés et le pavement surélevé. En tenant compte de ce remblai, qui doit être d'environ o'So, ils n'en restent pas moins très trapus.
Un autre détail caractéristique c'est la forme des abaques qui servent de chapiteaux : elles ne sont moulurées que sur deux de leurs faces ; celles qui regardent les nefs sont à ras du mur. La retombée des arcades est légèrement en retraite sur le parement des piliers, retraite qui va jusque o'"o5 de part et d'autre. Enfin, les glacis des fenêtres ont la hauteur de l'ouverture des fenêtres elles-mêmes.
Nous avons dit que les bas-côtés ont été élargis. D'après la règle générale, ils de- ^ ^
«5 * o o p,Q^ Eglise de Watermael.
vaient avoir primitivement la moitié en lar- [u'uprcs t'JJtias de l'abbaye de ta Cambre.) geur de la nef principale. Du reste, "Wau-
ters, qui a vu l'église avant le remaniement, le dit expressément et la vue de V Atlas de l'abbaye de la Cambre le confirme.
Un renseignement plus difficile à connaître, c'est l'existence ou l'absence d'un transept dans l'édifice primitif. L'état actuel ne peut nous éclairer à cet égard car les piliers de la croisée ont probablement été remaniés et ne sont que partiellement anciens; d'autre part, les arcs en plein-cintre du transept sont modernes. 11 ne nous reste, comme documents, que le transept méridional, dont la maçonnerie inférieure est gothique. On a donc, au xv« siècle, ajouté à l'église un nouveau transept et un choeur, ce qui est plutôt un indice en faveur de la forme basilicale
simple de la construction primitive. Si le transept a existé primitivement il ne peut avoir eu que le plan de celui que nous voyons, et qui est tout à
fait normal. Or, si les nefs ont subsisté, ce n'est pas pour cause de vétusté qu'on a dû reconstruire le transept ; mais pour cause d'agrandissement. Le plan basilical simple est du reste conforme à l'esprit général de la construction qui doit être très ancienne et se rapproche particulièrement du type de Berthem.
Eglise de Watermael.
(Coupe longitudinale.)