‹ Les origines du style gothique en BrabantChapitre 32 sur 55 · LA COLLÉGIALE DE SAINTE- GERTRUDE A NIVELLES · texte numérisé non relu

LA COLLÉGIALE DE SAINTE- GERTRUDE A NIVELLES

La collégiale de Sainte-Gertrude (i) est l'une des églises les plus belles et les plus importantes de notre pays. Elle en est, après la cathédrale de Tournai, l'édifice roman le plus considérable et présente de plus le rare avantage d'avoir, malgré des transformations diverses, conservé, en grande partie ses dispositions anciennes. Aussi a-t-elle déjà fait l'objet de plus d'une étude. Alph. "Wauters lui a consacré, dans sa notice sur la ville de Nivelles, des pages qui témoignent de recherches approfondies et d'observations consciencieuses. Nous n'avons pas l'intention de refaire en détail l'histoire de ce remarquable édifice. 11 nous suffira de puiser quelques renseignements dans la notice que nous venons de citer. Nous nous contenterons d'envisager le monument au point de vue qui nous occupe spécialement, c'est-à-dire dans ses rapports avec l'ensemble de l'architecture brabançonne.

L'origine de l'église est intimement liée à celle de la ville ; toutes deux remontent à sainte Gertrude, leur commune patronne. Fille de Pépin de Landen et d'itte d'Aquitaine, d'après un biographe contemporain digne de foi, la sainte naquit en 626 (2). A la mort de Pépin, sa veuve et sa fille se consacrèrent entièrement à la prière et aux bonnes œuvres. Sur l'avis de

(1) A. "Wauters et J. Tarlier, op. cit., arrondissement de Nivelles, ville de Nivelles ; — Annales de la Société d' Archéologie de T^iv elles, t. 1, pp. io5, 112, 319, 145, et t. 11, pp. 182, 366, 392, 9 planches.

(2) L. Van der Essen, Études sur les saints mérovingiens de Belgique, mémoire sous presse.

'L'architec ture romane en Brabant.

Fig. 184. — Église de Nivelles. (Impostes à l 'avantcorps,)

saint Amand, qui vint un jour les visiter, elles transformèrent même leur palais en monastère. Ce fut l'origine du célèbre chapitre noble de Sainte- Gertrude (65o ou 654). A côté du monastère, elles édifièrent une église dédiée à saint Pierre. Sainte Itte fut la première abbesse de la nouvelle fondation et sa fille lui succéda. Celle-ci mourut à l'âge de 33 ans et fut enterrée à l'église voisine de Saint-Paul.

Deux ans après sa mort, l'église qu'elles avaient bâtie fut détruite par un incendie. Elle fut reconstruite peu après, par les soins de l'abbesse Agnès qui la dédia à la fois à saint Pierre et à sainte Gertrude, dont les restes y furent transportés. En l'an 1000 un autre incendie nécessita une deuxième reconstruction. En 1046 eut lieu la consécration de la nouvelle église, en présence de l'empereur Henri ]]] lui-même. Ce fait paraît certain ; il est rapporté par un auteur sérieux, contemporain, Sigebert de Gembloux. Au siècle suivant, en i 166 et 1 177, l'église avec toutes ses dépendances brûla encore. Elle resta cette fois longtemps abandonnée ; on n'entreprit de la relever que vers le milieu du siècle suivant. Au témoignage du chapitre, cette restauration heureuse fit de l'église Sainte-Gertrude un monument splendide, richement orné. Depuis cette époque jusqu'en 1494, les renseignements font défaut. Cette dernière année vit commencer le voûtement des bas-côtés, travail considérable, qui ne fut terminé que vers i5i^. En 1 64] , la flèche fut foudroyée ; on la remplaça peu de temps après. L'année suivante, on put voûter le chœur, grâce à une générosité anonyme ; les transepts le furent un peu plus tard et la grande nef en ]65o. L'abside occidentale subit, à cette même époque, de profondes modifications. On boucha, en 1664, les entrées latérales de la façade pour construire, entre les deux, un grand portail aux dépens de la belle abside occidentale qui fut presque totalement démolie. Vers le milieu du xviu' siècle, on modifia encore l'intérieur, car les nefs ont tous les caractères d'un édifice du style Louis XV. On démolit la moitié de la crypte et on recouvrit les murs du chœur de boiseries et de tableaux. Enfin, en 1859, un dernier incendie détruisit la flèche, endommagea considérablement l 'avant-corps et les combles des nefs, désastres qui ne tardèrent pas à être réparés.

Depuis quelques années, on a commencé sérieusement la restauration de l'église : la crypte, Tintérieur du chœur et de la croisée ont été rétablis

(Phot. de l'auteur.)

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