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LA FONDATION DE LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL

Du ConGrÈs pe LiMoces AU CONGRÈS D'AMIENS (1895-1906)

Les syndicats qui avaient fait la majorité au Congrès de Nantes se réunirent en congrès à Limoges, du 23 au 28 septembre 1895. Ils y fondèrent l’organisation qui devait être appelée plus tard à une fortune extraordinaire, mais dont les premiers débuts furent modestes : {a Confédération Générale du Travail.

Les groupements représentés au Congrès étaient 28 fédérations, 18 bourses du travail, 126 syndicats isolés, Les délégués étaient en majorité blanquistes ou allemanisies. M. Jean Allemane, en personne, était présent. Il y avait aussi des modérés, notamment M. Keufer, le célèbre organisateur de la Fédération française des Travailleurs du Livre, M. Victor Dalle, un des organisateurs les plus persévérants des syndicats d'employés de commerce.

LCSSUSE

La principale question portée à l’ordre du jour était celle de l’organisation coopérative. Le Congrès de Nantes avait débarrassé le syndicalisme de la domination des écoles socialistes, et notamment de la plus autoritaire de toutes, celle des guesdistes. Il apparaissait à beaucoup de militants que la conséquence logique de cet état de choses devait être la réunion de toutes les organisations ouvrières dans un groupement permanent, indépendant de tout parti politique, homogène et se suffisant à lui-même. Cette perspective avait été déterminante pour l’adhésion au Congrès de Limoges des syndicalistes modérés. On a vu plus haut (r) que, déjà en 1886, lorsque se réunirent à Lyon les syndicats ouvriers désireux de jeter les bases d’une organisation unitaire, les syndicalistes modérés qui, depuis 1880, se tenaient à l’écart des grandes manifestations d’ensemble, s'étaient hâtés d’accourir. Les circonstances, à cette époque, ne leur avaient pas permis de maintenir leur concours, puisqu'il avait été visible dès l’origine que la prétendue unité ouvrière n'allait être réalisée qu'entre syndicats inféodés au socialisme politique, et surtout à celui des guesdistes. En 1895, les circonstances étaient changées. Le moment était favorable à la reconstitution d’une véritable unité

ouvrière affranchie des servitudes politiciennes,

1. Voir, au chapitre IT, le récit du Congrès de Lyon de 1886.

puisque c'était l’idée même de cet affranchissement qui, en fait, avait triomphé à Nantes avec le vote de

la grève générale. La présence à Limoges des modérés, le rôle considérable qu'ils ont joué dans la création de la Gonfédération Générale du Travail est ainsi beaucoup moins surprenant qu'il ne semble au premier abord.

Il n’y avait pas de danger sérieux que le Congrès, abdiquant les idées qui avaient prévalu à Nantes, revint sur l'exclusion des considérations d’écoles socialistes. Le siège de tous les délégués, sur ce point, était fait d'avance. M. Léon de Seilhac, qui a suivi les travaux du Congrès avec la clairvoyance et la compétence qu'on lui connaît, a écrit (1):

« Le Congrès de Limoges est une victoire du parti syndical révolutionnaire sur le parti syndical politique. Le congrès a son siège fait sur toutes les questions et, sur toutes, dans le sens diamétralement opposé à celui des politiciens. Ceux-ci voulaient la Confédération en province, le congrès en décide le siège à Paris ; à l'exclusion de la Fédération des Bourses, le congrès invite la Fédération à entrer dans la nouvelle organisation; le rejet de la grève générale, elle obtient une majorité plus forte qu’à Nantes ; l’appui des travailleurs pour les candidats socialistes, le congrès invite les travailleurs à ne

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