‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 20 sur 33 · ROSE · texte numérisé non relu

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grès indéfini des connaissances intellectuelles et des découvertes des savants permettra à la fois de développer la production économique de telle façon que l'abondance des produits supprime toute nécessité de contrainte sociale dans la répartition et la consommation, et d'améliorer l’âme de tous les hommes de telle façon que les relations sociales,réglées par le jeu des lois naturelles, deviennent libres de toute légalité imaginée par les majorités pour satisfaire leurs intérêts illégitimes aux dépens des droits naturels de chaque individu. Il en résultait d’abord que les anarchistes, prompts à l’abstraction et férus de théorie,se détournaient avec dédain de ces Chambres syndicales qui leur paraissaient accepter, par le fait même de leur constitution pour une lutte quotidienne d'intérêts, le vice interne qu'ils reprochaient à la société bourgeoise : l'établissement de la lutte permanente des appétits et des instincts rebelles à la voix de la science et de la raison. Il en résultait aussi une conception, à la fois farouche et naïve, de l'indépendance individuelle qui éloignait également le véritable anarchiste de tous les groupements,qu'ils fussent syndicaux où qu'ils fussent politiques : du moment que la liberté individuelle sera fondée sur l'amélioration intime de chaque âme humaine qu'amèneront les progrès de la science positive, l'adhésion à un groupement destiné à lutter, dans le cadre transitoire de la société capitaliste, pour

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des intérêts qui sont créés par cette société même, loin d'avancer d’un pas la révolution libertaire, la reculera indéfiniment: chaque victoire des intérêts sera un obstacle de plus à la libération.

Mais de telles constructions logiques ne pouvaient résister à l’épreuve des faits, aux yeux d'ouvriers industriels que leur état place dans une position où, chaque jour, la lutte des intérêts s’impose à leur esprit, où, chaque jour, la communauté de vie dans les ateliers de la grande fabrique moderne les habitue à considérer le groupement professionnel comme le prolongement même de leur existence individuelle. On concevrait que de petits artisans travaillant presque isolément, que de petits propriétaires paysans vivant de leur lopin de terre, ayant une fois adopté la conception de l’anarchisme traditionnel, y demeurassent sans jamais sentir de contradiction entre leur rêve et les conditions inéluctables de leur vie quotidienne. Mais la grande industrie, en groupant les ouvriers de façon étroite dans un même état juridique, social et même intellectuel et moral, ne laisse pas, aux plusintelligents et aux plus hardis d’entre eux, le choix entre se syndiquer ou ne pas se syndiquer : ils seront syndiqués, ou ils ne seront que des machines inconscientes, bien que vivantes. Il n’est pas douteux qu’il y ait là des motifs d'action qui ont agi puissamment sur l'esprit des anarchistes qui, les premiers, pénétrèrent dans les syndicats

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ouvriers (1). Leur anarchisme perdit alors la foi dans. quelques-unes des formules de l’école. Il leur en resta pourtant assez pour imprimer au syndicalisme. un caractère nouveau. Et je citerai ici quelques. lignes que M. Georges Sorel écrivait, en 1907, dans la «lettre à M. Daniel Halévy », qui sert d’introduction à ses célèbres Réflexions sur la violence : « Beaucoup d’anarchistes finirent par se lasser de lire toujours les mêmes malédictions grandiloquentes lancées contre le régime capitaliste, et ils se mirent à chercher une voie quiles conduisit à des actes vraiment révolutionnaires ; ils entrèrent dans les syndicats qui, grâce aux grèves violentes, réalisaient tant bien que mal, cette guerre sociale dont ils avaient si souvent entendu parler. Les historiens verront un jour, daus cette entrée des anarchistes dans les syndicats, l’un des plus grands événements qui se soient produits de notre temps, et alors le nom de mon pauvre ami Fernand Pelloutier sera connu comme il mérite de l’être. »

1. Ace sujet, on lira avec plaisir et profit un bel-essai de M. Edouard Berth : Anarchisme individualiste, marxisme orthodoxe, syudicalisme révolutionnaire, dans la revue le Mouvement socialiste, 1* mai 1905.

Même après que les anarchistes syndicalistes eurent pris dans le mouvement syndical une influence qui fut parfois exclusive,les tenants de l’anarchisme traditionnel ont persisté à dénier aux syndicats le pouvoir de consommer la révolution sociale. Il suffit pour s’en convaincre,de rappeler la controverse qui mit aux prises, pendant toute l'année 1908, le journal anarchiste les

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Les chefs du socialisme politique comprirent fort bien, dès ce moment, toute l'importance de cette

entrée des anarchistes dans les syndicats. Ils essayèrent de la faire condamner par le Congrès socialiste international qui se réunit à Londres en juillet 1896.

Les syndicats français prétendirent se faire représenter directement à ce congrès, sans passer par l’in-

termédiaire des diverses organisations politiques

avec lesquelles ils venaient de rompre. Ils envoyèrent des délégués dont quelques-uns étaient des réformistes et des modérés, comme M. Keufer et M. Fagnot, qui est devenu plus tard un enquêteur fort distingué de l'Office du Travail, mais dont beaucoup étaient des anarchistes, comme MM. Jean Grave, Tortelier, A. Hamon, Pouget, Delesalle, et Fernand Pelloutier en personne. Or, si les blanquistes, conduits par M. Édouard Vaillant, M. Marcel Sembat, M. Henri Turot, et les allemanistes, avec MM. Jean Allemane et Eugène Guérard, tous deux militants influents de la Confédération générale

Temps Nouveaux et le journal syndicaliste l'Action directe, ou de lire la brochure manifeste de M. Jean Grave, le Syndicalisme dans l’évolution sociale (Paris, aux Temps nouveaux (1908) et la critique qu’en fit M. Hubert Lagardelle dans le Mouvement socialiste du 15 février 1908.

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du Travail, étaient disposés à accepter la collaboration avec ces délégués au sein de la section française, ni les guesdistes (MM. Jules Guesde, Gabriel Deville, Paul Lafargue, etc.), ni les socialistes indépendants représentés par MM. Millerand, Jaurès, René Viviani, Georges Renard, ne l’entendaient ainsi, Ce fat l’occasion d’une belle bataille qui s’engagea à propos de la vérification des mandats. |,

Le précédent Congrès socialiste international convoqué à Zurich en 1893 avait déclaré, comme règle d'accès au Congrès de Londres : « Toutes les Chambres syndicales ouvrières seront admises au congrès, et aussi les partis et organisations socialistes qui reconnaissent la nécessité de l’organisation des travailleurs et de l’action politique. » M. Gabriel Deville prétendit que, sainement interprété, ce texte devait être entendu comme excluant les syndicats représentés par des anarchistes. Il suffisait pour cela de supprimer la virgule après les mots : seront admises au congrès. « Supprimez cette virgule qui est de trop, et alors les délégués des syndicats devront déclarer, eux aussi, qu’ils reconnaissent la nécessité de l’action politique. » Mais par 55 voix contre 56, l’assemblée de la délégation française refusa de lui donner satisfaction.

Tout ce que l’assemblée plénière du Congrès international put faire pour donner une satisfaction immé-

diate aux guesdites et aux socialistes indépendants,

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