‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 21 sur 33 · PARA LITE · texte numérisé non relu

PARA LITE

PT LP ET PT D EU D re OR E

ce fut de les autoriser à siéger à part comme s’ils

étaient d’une nationalité distincte.

Mais pour l’avenir, M. Liebknecht fit voter la pro-

position suivante : « Le bureau du congrès est

chargé de rédiger l'invitation au prochain congrès en faisant exclusivement appel : 1° aux représentants des groupements qui poursuivent la substitution de la propriété et de la production socialistes à la propriété et à la production capitalistes et qui con-

sidèrent l’action législative et parlementaire comme

l’un des moyens nécessaires pour arriver à ce but ; 2° aux Organisations purement corporatives qui, bien que ne faisant pas de politique militante, déclarent reconnaître la nécessité de l’action législative et parlementaire. En conséquence, les anarchistes sont exclus. »

Mais avec eux, c'était tout le mouvement syndical

français qu’on excluait des assises internationales des

partis socialistes. Et aiusi se trouvait consacré, par ses adversaires mêmes, le courant qui avait pris source dans les résolutions du Congrès de Nantes (1).

De ce jour, l'indépendance d'action de la Confédération Générale du Travail et de la Fédération des Bourses du Travail était bien définitivement garantie.

1. Ontrouvera un compte rendu remarquableetune bibliographie abondante du Congrès de Londres dans l’ouvrage si souvent cité de M. de Seïlhac (1° série, pages 291 à 314). M. de Seilhac omet pourtant un ouvrage important du délégué anarchiste, M. Hamon le Socialisme et le Congrès de Londres, Stock, éd., Paris, 1867.

Ayant ainsi le champ libre, les syndicalistes anarchistes purent se donner assidûment à la propagande, dans les organisations ouvrières, de conceptions doctrinales et de méthodes d’action chères à leur mentalité particulière.

A la Fédération des Bourses du Travail, ils reprirent l’idée que nous avons vue exposée par Pelloutier : les bourses ne sont pas seulement une institution de lutte contre le capitalisme pour les réformes à obtenir chaque jour : elles sont les cadres de la future société communiste et libertaire,capables de mener à bien la destruction de l’ordre actuel et de préparer les diverses manifestations de la future activité sociale (capables » disait, en 1897, au Congrès fédéral de Tours, le rapport de la bourse de Nîmes «capables de supprimer et de remplacer l’organisation sociale présente ». Et les anarchistes opposés à toute centralisation, passionnément fédéralistes, ne pouvaient pas ne pas reconnaître dans le système rigoureusement fédéraliste en honneur dans les Bourses du Travail, une image de l’organisation libertaire de la généralisation de laquelle ils attendent la société future.

C’est encore la Fédération des Bourses du travail

“qui,en 1902, à son Congrès d'Alger où étaient représentées 64 bourses (sur 83 existant à cette époque), ‘décida de se saisir officiellement de la propagande antimilitariste, M. Georges Yvetot, qui avait remplacé Fernand Pelloutier (mort en 1901), comme secrétaire fédéral permanent, fut chargé de rédiger un Manuel du soldat qui devait être répandu à profusion parmi les futurs soldats et même les soldats en activité de service.

A la Confédération Générale du Travail,les anarchistes apportèrent la révélation d’un nouveau moyen de lutte contre le patronat, destiné à suppléer la grève quand il serait impossible de recourir à celle- “ci, c'était le « sabotage ». Au Congrès de Toulouse, en 1897, M. Paul Delesalle présenta un rapport très “étudié où il faisait l'historique du sabotage dans le syndicalisme anglais (1) qu’il définissait &« à mauvaise paye, mauvais travail ». Après lui, M. Émile Pouget appuyait aussi le sabotage. «Tout à l’heure “on a proposé de voter un blâme à l’adresse du préfet de la Seine. Il me semble que ce serait un blâme bien anodin... Aussi je fais la proposition suivante: «le Congrès, reconnaissant qu'il est superflu de blàmer le gouvernement qui est dans son rôle en serrant la bride aux travailleurs, engage les travailleurs

1. Publié in extenso dans l'ouvrage de M. de Seilhac (1"° série, page 351 à 360).

municipaux à faire cent mille francs de dégâts dans le service de la ville de Paris ».

Au Congrès de Rennes, en 1898, M. Edmond Briat, qui était alors d’opinions extrêmement avancées en matière syndicale, vint prôner la nécessité pour les syndicats de poursuivre une propagande antimilitariste intense.

Ainsi s’affirmait de jour en jour,entre lestendances de la Fédération des Bourses du Travail et celles de la Confédération Générale da Travail,une parité de tendances et de méthodes qui devait fatalement les amener un jour à unifier leurs forces, et cela d’autant plus aisément qu’un grand nombre de syndicats adhéraient à la fois à une Bourse du Travail fédérée et à la Confédération du Travail (soit directement, soit par l’inlermédiaiie d’une fédération de métier ou d'industrie).

l’'ourlant, cette unité -— le dernier terme de la conceniralion des forces syndicales françaises, en dehors de toute influence extérieure, et dans un but révolutionnaire — ne devait être réalisée qu’en 1902 seulement.

Non que les tentatives d'union n’eussent pas été nombreuses, elles se reproduisaient pour ainsi dire annuellement, à chacun des congrès que la Fédération des Bourses et la Confédération du Travail: tenaient, l’une après l’autre, dans une ville désignée

d'un commun accord, afin que les mêmes délégués

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