‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 31 sur 33 · À consulter surtout deux comptes rendus: celui de M. de · texte numérisé non relu

À consulter surtout deux comptes rendus: celui de M. de

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“61 fédérations (2.399 syndicats) et 135 bourses du travail (1.609 syndicats).

Au point de vue de l'élaboration définitive du

‘syndicalisme révolutionnaire, une discussion est à

retenir : la discussion relative à ces rapports entre les syndicats et le parti socialiste qui venait, lui aussi, -de réaliser son unification.

M. Victor Renard, secrétaire général de la Fédéralion textile,était en même temps l’un des membres influents de la Fédération du Nord du parti socialiste unifié. Cette Fédération était restée fidèle à l'esprit de l’ancien parti guesdiste. M. Renard, qui prenait part au Congrès d'Amiens, lui proposa la résolution suivante : «Le comité confédéral est invité à s'entendre toutes les fois que les circonstances l’exigeront: soit par des délégations intermittentes ou permanentes,avec le Conseil national du parti socialiste, pour faire plus facilement triompher les principales réformes ouvrières. »

L’échec de cette proposition n'était pas douteux. Son adoption eût été le démenti de toute l'histoire du syndicalisme français depuis le Congrès national de Nantes et le Congrès international de Londres. Elle réunit donc contre elle, et c'était inévitable, l'unanimité des orateurs, depuis les révolutionnaires,

Seilhae, loc. cit., p.227 à 272; celui de M. Pouget: le Mouvement socialiste, livraisons d’octobre, novembre et décembre 1906 et de janvier 1907.

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comme MM. Bousquet, Niel, Merrheim, Latapie, Griffuelhes, jusqu'à M. Keufer.

Ce qui est intéressant, c’est l’affirmation catégorique, par les orateurs révolutionnaires, de la valeur suffisante de la Confédération du Travail pour représenter la « politique de classe» du prolétariat, le véritable «Parti du Travail». M, Latapie, secrétaire de la Fédération des Métallurgistes, prononça en ce sens un remarquable discours-manifeste dont on retrouve, avec clarté, la pensée maîtresse dans la résolution que M. Griffuelhes présenta et fit adopter par l'énorme majorité de 830 voix contre 8 :

Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l’article 2 constitutif de la C. G.T. disant :

«La C. G.T. groupe en dehors de toute école politique tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. »

Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe qui oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les réformes d'exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique :

Dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des eflorts ouvriers, l'accroissement du bien-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates telles, que la diminution des heures de travail, l'augmentation des

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salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme : il prépare l'émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste: il préconise comme moyen d'action la grève générale, et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale ;

« Le Congrès déclare que cette double besogne quotidienne et d'avenir découle de la situation des salariés, qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat.

» Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors ;

» En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l’action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale ».

La citation de celte motion du Congrès d'Amiens est le terme naturel de cette étude.

On n’a pas essayé ici de donner une description du syndicalisme révolutionnaire « à l’état statique», tel qu’il a pu se manifester, doctrinalement et pratiquement, après l’achèvement de son élaboration en: 1906. La motion d'Amiens, éclairée par l'évolution historique des tendances sociales dans le mouvement ouvrier français, telle qu'on a tenté d’en retracer le cours, suffit à marquer la place du syndicalisme dans les doctrines de révolution socialiste. Il y figure entre le communisme anarchiste traditionnel et le collectivisme propagé par les guesdistes, à égale distance de chacun d’eux.

Comme le communisme anarchiste, et à l'encontre des anciennes formules du collectivisme, ce n’est pas de la conquête politique des pouvoirs publics qu'il attend la révolution sociale, mais au contraire de la suppresion de l'État qui n’a de raison d’être que comme personnification juridique du capitalisme, et disparaîtra, devenu inutile, dans une société. fondée sur l’association libre des producteurs.

Comme le socialisme politique, et à l'encontre du communisme anarchiste, il ne s’en remet pas à la bonne fortune des perfectionnements individuels et des progrès du rationalisme scientifique, du soin de préparer la révolution sociale. Il professe au contraire la nécessité d’un groupement étroit et disci-

pliné des énergies, d’une gymnastique d’entraînement, et finalement d’une grande bataille d'ensemble minutieusement préparée et concertée entre les combattants contre la société bourgeoise.

Mais ce groupement, il dénie aux partis politiques, fussent-ils théoriquement socialistes, la capacité de le constituer: il en revendique le monopole pour le syndicat professionnel. Cet entraînement quotidien, il refuse d’en trouver le caractère dans l’action politique, qui n’est qu’une action indirecte du prolétariat contre ses ennemis, le patronat et l'État. Il ne le trouve que dans sa propre action directe : boycottage et sabotage, surtout la grève.

Et la grande lutte finale qui fera écrouler la société « bourgeoise », c'est encore lui, et lui seul, qui sera, prétend-il, capable de la mener à bien par la grève générale révolutionnaire.

Alors, ayant détruit, il réédifiera. Dépositaire de la mission historique du prolétariat, émanation pure de la fonetion de production qui distingue les prolétaires des autres hommes, il porte déjà en lui le germe des institutions qui seront la société, purement économique et productrice, du lendemain de la grève générale.

Telle est la formule sociale à laquelle, après trente années de recherche, sont parvenus les syndicats ouvriers français.

Partis d’une tendance purement réformiste,

modérée,strictement corporative et neutre en matière politique, ils n’avaient pas tardé à tomber sous la domination du socialisme politicien, entraînés par le lalent, l’habileté, l’ardeur inlassable de ses jeunes théoriciens. Alors ils connurent les déchirements intestins, les scissions, les haines de famille qui ne tardèrent pas à partager leurs maîtres. Puis, progressivement, lentement d’abord, et de plus en plus vite après que le mouvement eût commencé, le désir de l’affranchissement leur vint. L’autoritarisme exaspérant des écoles socialistes en présence ayant réuni contre elle la quasi unanimilé de toutes les autres ; d’anciennes traditions blanquistes toujours vivaces ; la constitution d’un parti socialiste particulièrement animé de sentiments prolétariens (les allemanistes) ; le consentement enfin donné par les anarchistes à l’action syndicale; l'influence personnelle prestigieuse de deux hommes tels que Ferdinand Pelloutier et M. Aristide Briand ; la grandiose suggestion d’une idée telle que la grève générale, tout cela détermina une concentration des forces ouvrières dans la voie de l'indépendance révolutionnaire dont le Congrès de Marseille, la création de {a Fédération des Bourses du Travail, le Congrès de Nantes, sont les étapes rapides. Pourtant, après cet effort commun, les syndicats révolutionnaires redeviennent divisés : la Confédération Générale du Travail à peine fondée entre en rivalité avec La

Fédération des Bourses du Travail; dans chacune d’elles, c’est bien le même idéal qui règne et la même besogne qui se poursuit que dans l’autre : à /a Confédération, agitation incessante pour galvaniser les « minorités conscientes » par une « action directe » qui ira, s’il le faut, jusqu’au sabotage, cette forme atténuée de la propagande par le fait, et qui, comme elle, vient des anarchistes ; à la Fédération des Bourses conslitulion méthodique, sur tout le territoire, de places fortes de l’armée révolutionnaire, que la bourgeoisie gouvernante accepte bénévolement de ravitailler elle-même. Mais, entre les deux organisations rivales, d’incessants malentendus de doctrine ou de méthode, et d’âpres rivalités de personnes. Pour réaliser, et presque subitement, l'unité ouvrière, il faudra la crise qui, de 1899 à 1902, renouvelle toutes les conditions de la politique française. Du même coup, cette crise fournira au syndicalisme des penseurs, et des penseurs qui, à la fois, se vantent humblement (si l’on peut dire) de n’être que les enregistreurs dociles de ses hauts faits spontanés, et l’entrainent aux spéculations subtiles et aristocratiques de la création d’une nouvelle table de toutes les valeurs. Alors, prenant conscience de sa valeur éminente, le syndicalisme révolutionnaire se débarrasse, par un ingénieux système de votation, des entraves qu’essaie de lui passer une « majorité inerte » de syndicalistes réformistes, et s'élève à

l'affirmation intégrale de ses capacités révolutionnaires complètes.

Tel est l’enchaînement des faits, décrit sans aucun désir de prendre parti.

Vu : le Président de thèse,

A. DESCHAMPS Vu : le Doyen,

P. CAUWÈS Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,

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