‹ Les Origines Économiques du CanadaChapitre 101 sur 149 · C. — A QUÉBEC · texte numérisé non relu

C. — A QUÉBEC

La capitale dont les initiateurs allaient jeter les fondements dans la vallée que le Saint-Laurent arrose de ses eaux ne devait pas être une manifestation créatrice de la liberté des hommes. La nature prescrit ordinairement le choix des sites de villes. Si elle ne dicte pas toujours le point exact où se bâtira l’agglomération, elle précise du moins la zone où peuvent naître des possibilités urbaines.

Le point favorable à la croissance du centre projeté devait être marqué par des différences décisives dans les modes de circulation. Ce devait être une borne d’arrivée et une borne de départ. La ville devait prendre l’allure d’un port, d’un port à la fois fluvial et maritime. Il devait mettre en contact les mers Atlantique et Pacifique, avec les terres arables et les marchés de l’intérieur. Sur ses quais les colons, les approvisionnements et l’outillage débarqueraient. De ses entrepôts on exporterait les marchandises indigènes. Les explorateurs s’y mettraient enfin en route, refaits, bien munis, vers l’Ouest et les rivages asiatiques.

Les fondateurs n’étudièrent pas le site métropolitain simplement dans sa signification économique, dans ses rapports soit avec les échanges, soit avec la circulation. La capitale devait avoir une autre fonction, la fonction militaire. Les villes étant des points de concentration de richesse et d’activité humaine, ne sont presque jamais indifférentes à la protection qui résulte des conditions naturelles; mais il est des régions et il est des époques où les hommes recherchent dans la nature des sites exceptionnellement hostiles et difficilement accessibles qui soient pour eux des lieux de refuge et de sécurité. Le Canada était une de ces contrées et le XVIT° siècle une de ces périodes.

Nul emplacement ne parut mieux répondre à ce double besoin que le néolithique Stadaconé ou Kébecq. C’est là que la marée atteint sa limite orientale, là qu'est le point extrême de navigabilité marine: les océaniques pouvaient y remonter, mais pas plus loin en amont. Québec devenait l’étape nécessaire où se rencontrent deux régimes hydrographiques et deux régimes de circulation, le fluvial et le maritime. Son piston isolé dont les flancs abrupts défendent l'accès, commande toute la vallée: il était prédestiné à recevoir une ville forteresse, C’est le premier point, en venant de la mer, où il est possible de communiquer rapidement d’une rive à l’autre. Sa valeur de passage se manifeste aujourd’hui par un pont gigantesque, le dernier qui

enjambe le Saint-Laurent dans la direction de l’embouchure. Les hommes du temps se croyaient être à Québec au croisement de trois routes menant au Pacifique, à savoir la voie du Richelieu et de l’'Hudson, la voie du Saguenay et de la Baie du Nord, enfin le cours oriental du Saint-Laurent, car les naturels du pays attribuaient deux cours au grand fleuve, l’un allant à l’est, l’autre allant à l’ouest.

Pour toutes ces raisons « M. de Monts delibera de se fortifier à l'endroit que les Sauvages nomment Kebec » (1). Champlain, son lieutenant, « y fit bastir et édifier une habitation, et défricher des terres, et faire quelque jardinage » (2).

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