LE PARTAGE DES TERRES
A. — LE PROBLÈME . us
Un terrain fertile, avantageusement situé, n’est pas l’unique condition d’un établissement prospère. Le régime juridique des terres accélère ou ralentit la marche du progrès, selon qu’il est bien ou mal adapté aux besoins de la production. Il convient donc d’étudier les institutions agraires de la Nouvelle-France. {172 «.
Il ne faut pas perdre de vue, la nature et les fins de la répartition initiale. Il ne s’agissait pas d’un simple échange, éntre particuliers et à titre onéreux, de biens mis, depuis longtemps, dans le commerce, C’était un partage de butin entre envahisseurs’ L'attribution des parts devait s’en faire d’autorité. La décision appartenait au souverain. |
Les fins qu’on se proposait peuvent se résumer en trois mots: attirer des immigrants, fixer au sol la horde; l’organiser.en Etat. Tout d’abord en attendait de l’appropriation qu’elle déterminât un grand concours de peuple et un fort déplacement de capitaux. Ce devait être un appât. Mais alors, « afin d’augmenter et accroître le bon vouloir.
courage et affection » (1) des personnes qui, par leur fortune et leur situation, paraissaient le plus en état, non seulement d’émigrer de France au Canada en personne, mais encore de collaborer à la colonisation en créant de leurs propres deniers des « hameaux, des villages ou des bourgades » (2), la prime offerte devait être dans un certain rapport avec le mérite, la qualité et la fortune des intéressés.
La récompense devait avoir, en outre, une vertu stabilisatrice. C’est elle qui devait retenir dans l’empire d’élection lés inquiètes, mouvantes colonnes d’immigrants. Autrement le Canada n’eut été autre chose qu’un seuil de passage, une étape. Des esprits aventuriers il fallait prévenir l’exode, des âmes promptes au découragement, le retour, des coureurs de bois les fugues répétées.
Pour faire œuvre permanente, enfin, il fallait réaliser l’association, la fusion féconde de ressources et de génies complémentaires, achever la coordination des forces, l’intégration. D'’éléments épars, empruntés à des provinces et à des classes diverses, il s'agissait de tirer une nation une et forte. En présence de l’aborigène hostile, de l’'Européen envieux, il était indispensable d’organiser le groupement en vue de la défense.