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LES DÉTENTEURS DES SEIGNEURIES

De la fondation de Québec (1608) à l’institution de la Compagnie des Cent Associés (1626), il n’a été accordé que quatre fiefs, à ce que l’on sache. Comme il convient, c’est Louis Hébert, le premier chef de famille à s'établir au Canada d’une façon définitive, qui obtient le premier fief. L’acte porte la date du 4 février 1623. Il est revêtu de la signature du duc de Montmorency, vice-roi de la Nouvelle-France (1). Trois ans plus tard Hébert est confirmé dans ses droits. En même temps, il acquiert une deuxième bande de terre à prendre sur la rivière Saint-Charles. Cette fois c’est le vice-roi Henri de Lévy, duc de Ventadour, qui signe le titre. Deux ans auparavant, en 1624, le roi avait érigé en baronnie, en faveur de Guillaume de Caen, commerçant en pelleteries, le cap Tourmente, l’ile d'Orléans et des islets du voisinage. Enfin, les Jésuites obtiennent en 1626, du-duc de Montmorency, un fief, chef de file de nombreux autres, celui de Notre- Dame des Anges, près de Québec.

La Compagnie de la Nouvelle-France commence à distribuer d: « parchemins » en 1634. Elle recrute ses soixante vassaux parmi les corps religieux, — Ursulines, Hospitalières, Jésuites, — ou parmi les commis, les interprètes, les officiers et les membres de sa propre corporation ou de la Compagnie précédente (Robert Giffard). Chacun semble vouloir accaparer le plus de terres possibles, sans compte tenir de sa capacité d’exploitation. Lauzon, qui préside, en sa qualité d’intendant de la Nouvelle-France, aux séances des directeurs de la Compagnie se fait attribuer trois fiefs, dont deux le même jour, et du coup le voilà seigneur du plus grand domaine privé qui soit peutêtre en France ancienne et nouvelle. La famille Legardeur n’en obtient pas moins (Fiefs de Repentigny, Cournoyer et Saint-Michel), ni la famille des Leneuf (Portneuf, La Poterie, Dusablé), ni Jean Bourdon (dont Dautré et Saint-François), ni les Godefroy (Godefroy, Linctot, Fort à Michel). Pierre Boucher se contente de deux pour le moment, Le gouverneur Montmagny participe au partage: la Rivière du Sud, les Iles aux Oies et aux Grues tombent dans son lot (1647).

Par pudeur, sans doute, quelques-uns accèdent à la propriété par personnes interposées. Un fief à prendre sur la rivière Jacques Cartier passe dans le patrimoine d'Anne Gasnier, femme de Jean Bour-

(1) Voir Titres des seigneuries, p. 373.

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don (1649). Jean de Lauzon fait avantager son fils François, encore à la mamelle; l’enfant aura comme hochet la seigneurie de la Citière qui s'étend, sur le papier, du lac Saint-Louis à la rivière Saint-François (1635); il fait avoir au prête-nom, Simon Le Maistre, la Rivière Bruyante (plus tard Lauson) et à l’homme de paille Girard de Ja Chaussée l’île de Montréal (15 janvier 1636).

Les uns prennent un fief en co-propriété. C’est ainsi qu’Antoine Cheffaut de la Regnardière, Jean Rosée et Olivier le Tardif entendent exploiter par indivis la « côte de Beaupré (1636) »; François Marguerie, Veron, Grandmesnil et David l’île aux Cochons (1652).

Il est rare qu’un titre de noblesse soit attaché à l’un de ces premiers fiefs. Cependant, en 1651, le sieur Muis d’Entremont passant en Acadie avec Charles Amador de Latour recoit une terre en baronnie, la baronnie de Pobomcoup; le 9 avril 1656 la Compagnie érige la terre de Coulonge en châtellenie, au nom de Louis d’Ailleboust.

Sous l’intendance locale, de 1663 à 1760, plus de trois cents inféodations ont lieu. L’intendant fait volontiers largesse de la terre canadienne à quiconque promet d'employer quelques deniers à l’œuvre du défrichement. C’est que le choix des vassaux est limité. La plupart des seigneuries vont soit aux administrateurs eux-mêmes, qui ne sauraient s’oublier, — gouverneurs, intendants, conseillers, soit à des officiers en réforme, soit aux comimunautés religieuses, c’est-à-dire à des gens hors d’état, par la médiocrité de leur fortune ou par leur peu d'aptitude à la culture, de mettre eux-mêmes en valeur de vastes possessions (1). « Les officiers et les fonctionnaires, comme le fait observer M. Salone, sont incapables d’être des seigneurs utiles » (2).

L’intendant Talon est fait baron des Islets (1671) et comte d’Orsainville (1675). Certes il avait mérité ces honneurs. Son neveu, ie gouverneur de Montréal, Jean-Marie Perrot, devient seigneur de l’île du même nom. Le gouverneur des Trois-Rivières, Pierre Boucher, ajoute Boucherville, les Iles Percées et Yamachiche à sa seigneurie de Grosbois; un de ses fils est saisi du fief Gatineau; son gendre, Varennes, est pourvu du domaine qui conserve son nom. Les conseillers au Conseil Souverain — Rouer de Villeray, Mathieu Damours de Chauffours, Denys de Vitré, Charles Aubert de la Chesnaye, et presque tous

(1) Raynal, VII. 271.

(2) Salone, op. cit., 366.

leurs collègues, le procureur-général d'Auteuil, le « gardenottes » Romain Becquet et ses deux filles sont dotés de fiefs. Les Jésuites, les Ursulines, le séminaire de Saint-Sulpice, s’agrandissent, de même que de Repentigny. Les fonds seigneuriaux de La Valtrie, de Verchères et de Contrecœur, de Sorel, de Chambly et de Berthier, de La Bouteillerie (ou de la Rivière Ouelle), de Laubia (connu plus tard sous le nom de Cressé), et de La Durantaye (La Durantaye et Kamouraska) perpétuent le souvenir des officiers au régiment de Carignan-Salières. La seigneurie de Longueuil, assignée à Charles Le Moyne le 24 septembre 1647, est érigée en baronnie en l’année 1700.

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