BIENS DES JÉSUITES
NOTE. — Environ 370 terres ont été données pour être tenues en fiefs et 22.000 pour être tenues en censives.
Des 370 fiefs, les uns n’ont jamais existé que sur le papier, d’autres ont été révoqués après un commencement d'exploitation, d'autres enfin ont été ou réunis ou démembrés.
l'ile Jésus, « jumelle de Montréal » (Salone). Un moment, la terre des Récollets et le comté d’Orsainville ont appartenu à Mgr de Saint-Vallier, mais l’évêque en a fait cession à l'Hôpital Général
Quant aux Jésuites, « dans tous les quartiers on voit des scigneuries qui leur appartiennent » (1). Le Canada leur est un second Paraguay. Bourg-Royal et Bourg-la-Reine, créations de Talon, leur sont venus par l'entremise de l'Hôpital Général. Ajoutez une dizaine de seigneuries. Mesurez: c’est une superficie d’un million près d’arpents (2). En 1706, les missionnaires de Jésus comptaient moins de tenanciers que leurs émules de Saint-Sulpice, soit: 2000. Il n’en restait pas moins qu’« au début du dix-huitième siècle, près de la moitié des habitants du Canada (étaient) concentrés dans les seigneuries ecclésiastiques » (3). L’Egiise a fait en Nouvelle-France œuvre colonisatrice en même temps que de prédication. Par sa population, par sa richesse, son héritage était « hors de pair ».
Les monarques n’avaient pas été sans prendre des mesures pour empêcher ou ralentir cette accumulation de biens entre les mains des congrégations. Entre autres, un règlement de 1703 et des lettres patentes du mois d’août 1721 avaient soumis toute future acquisition de terres ou de maisons par des corps religieux à la condition de l’amortissement, c’est-à-dire à la permission expresse et par écrit du sou-
{) Auteuil à Pontchartrain, 17 octobre 1705 (AC. Cri. À. 22. 402).
(2) Sur les biens des Jésuites en Nouvelle-France, voir Déclaration des terres que les Pères Jésuites possèdent en Nouvelle-France (A. K. 1232 (1663); Enumération des seigneuries des Jésuites (2 RAQ 20); De la façon dont les Jésuites entrent en possession de Sillery, mission abénaquise (2 RAQ 13); Des biens temporels' des Jésuites (12 BRH 152); Noel, Histoire du commerce du Monde, 1894, p. 190: Des revenus des Jésuites et des Sulpiciens (Kalm, IT. 110 et 114); Enumération des propriétés données aux Jésuites et acquises par eux (AC. B. 7. 18 (1678); Taché, Plan for the commutation of the scigniorial tenure; Acknowledgement and Enumeration of the Estates of the Jesuit Fathers in Canada, dans Jesuit Relations and Allied Documents publiés par Thwaites, LXXXI. 65. 05; Smith, History of Canada, I, appendice; W. B. Munro, The Seigniorial System of Canada, 1007, p. 180, en note; Ruette d'Auteuil rapporte en ces termes une concession de terres faite aux Jésuites en termes généraux: « Les lettres patentes données par Sa Majesté au mois de juillet 1651 denne ea tous les lieux où il y aura un fort et une garnison française une licue sur le fleuve avec quatre lieues de profondeur sous la régie et administration des Pères Jésuites sans qu'ils soient tenus d'en rendre compte qu'à leurs Supérieurs ». (Mémoire de R. d'Auteuil au ministre au sujet de la seigneurie de Sillery, 29 mars 1707 (2 RAQ 31).
(3) Salone, 314-316.
verain, à peine de réunion au domaine de la couronne. Nonobstani ces défenses, les appropriations avaient continué comme ci-devant. Aussi, pour empêcher que les établissements religieux ne €< multiplient des acquisitions qui mettent hors du commerce une partie considérable des fonds et domaines (des) colonies, et ne pourraient être regardées que comme contraires au bien commun », Louis XV décrète-t-il; le 25 novembre 1743, qu’à l’avenir il ne sera plus fait aux colonies aucune fondation de maisons ou communautés religieuses et que les communautés actuelles ne pourront acquérir ni posséder aucuns biens meubles, immeubles, habitations, maisons ou héritages, si ce n’est par permission expresse, délivrée en forme de lettres patentes et enregistrées par les cours souveraines (1). Mais les dispositions de Louis XV ne sont guère mieux observées que celles du Régent et de Louis XIV, et la Nouvelle-France voit se constituer un immense domaine peu productif pour l’Etat.