‹ Les Origines Économiques du CanadaChapitre 118 sur 149 · SO S KON SK RQ 9 BASES LEUNX SE AS OUEN E CR RSR RP RS DRE · texte numérisé non relu

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1762, on relève 75.238 arpents en état d’être mis en valeur dans le seul gouvernement de Québec (1). L’aire de culture, en tout et partout, au moment de la conquête anglaise, aurait été, d’après M. Munro, d’environ 300.000 arpents (2). Ce ne serait là que la vingt-cinquième partie des terres concédées en fiefs et en censives. Per capita il n’y aurait eu alors que cinq acres d’ouverts et plats. C’est peu!

D. — L'AGRONOMIE a). — LES PREMIERS « CULTEURS »

Lescarbot se fait gloire « d’avoir été des premiers culteurs » du Canada (3). Dès le lendemain de son arrivée en Acadie, en 1606, il se met à remuer la terre avec une ardeur tout édifiante dans un avocat. Ce lui est « un merveilleux plaisir », semailles faites, « de voir croitre et profiter chacun jour » (4) « de beaux blez et de beaux ornements de jardins » (5). C’est toutefois à Monsieur de Monts qu’il attribue l'honneur d’avoir jeté en terre canadienne la première semence. Jean de « Poutrincourt étant allé à l’ile Ste-Croix (en 1606) trouva du blé mur de celui que deux ans auparavant le sieur de Monts avait semé, lequel était beau, gros, pesant et bien nourri >». Sur le Saint-Laurent, à Québec, Champlain fait semer du blé le premier octobre 1608, du seigle le quinze et le vingt-quatre il fait planter « des vignes du pays » (6). Mais ce ne sont là, et encore en 1617, que des jardins (7) quand débarque l’homme qui sera le premier cultivateur du Canada. Il s’agit de Louis Hébert, apothicaire de Paris, qui quelques années auparavant, à Port“Royal « prent grand plaisir au labourage » (8). Hébert est accompagné de Marie Rollet, sa femme, de son fils et de ses deux filles. On lui fait l’octroi d’une douzaine d’arpents de terre près

(1) Recensement du Gouvernement de Québec fait en 1762, mss conservé au Séminaire de Québec (310 pp.) et reproduit au 5 RAQ I-140. (2) Munro, The Seigneurs of Old Canada, Toronto, 1915, p. 32. (3) Lescarbot, I. 500.

(4) Id., I. 570.

(5) Id., I. 585. Voir encore le même, I. 557. (6) Champlain, édition Berjon, 1613, 107.

(7) Id., édition de 1922, II. 52.

(8) Lescarbot, I. 557.

de l’habitation de Québec, sur les hauteurs. Il y fait surtout du jardinage. En l’été de 1618, Champlain trouve les terres d’Hébert « chargées de toutes sortes d’herbes, comme choux, laitues, pourpiées, oseille, persil et autres herbes, citrouilles, concombres, melons, pois, fèves et autres légumes aussi beaux et avancés qu’en France, ensemble les vignes transportées et plantées ». C’est qu’il faut labourer « à bras » (Champlain). C’est seulement un an après la mort d’Hébert, le 27 avril 1628 que son gendre Guillaume Couillard « entame (la terre) avec le soc et les bœufs » (1). Dès lors les graminées s'ajoutent avec abondance aux légumineuses: blé, orge, seigle et avoine (2).

b). — LA CORVÉE

Nous savons qu’il y a pénurie de main-d'œuvre en Nouvelle- France, bien que les Indiens de nations amies consentent à « s’engager au temps de la moisson » (3). Aussi tous les membres de la famille vont aux champs. « Les enfants (du seigneur de Saint-Ours) ne s’épargnent pas, Car j'ai veu deux grandes filles couper du bled et tenir la charrue » (4). Denonville qui rapporte ce trait au ministre, en 1686, dit la même chose l’année suivante de la famile du conseiller et gentilhomme Tilly: « Sa femme et sa fille labourent la terre tous les jours » (5). La fraternité existe entre familles voisines comme entre membres d’un même foyer. La coopération du travail fleurit sous le nom de corvée. On appelle corvée un service gratuit rendu en commun par des personnes de différentes familles. Ce service est obliga-

(x) Champlain cité par P. G. Roy, Les Petites Choses de notre Histoire, 5° série, Lévis, 1023, pp. 40-42.

(2) Relation des Jésuites, 1636. Hébert « levait des grains chaque année » (Champlain, édition de 1830, Il. 223-224), mais naturellement en petite quantité. Voir sur Louis Hébert, BRH I. 17, 4. 330, 5. 106,170,205, 6. 64, 88, 218, 16. 158, 18. 56, 19. 301, 18. 223, 20. 45, 224, 30. 5, 20, 55, 24. O0, 20. 123, 225, 201, 281, 24. 88, 26. 342, 28. 320; — Munro, The Seigneurs of Old Canada, 1915, pp. 61- 70; — Abbé Couillard-Després, Louis Hébert, premier colon canadien, et sa famille.

(3) Kalm, IL. 80.

(4) Salone, p. 310.

(5) Denonville et Champigny au ministre, 6 novembre 1687, AC. CIT. A.

toire ou volontaire, selon qu’il est fait dans l'intérêt public — corvée royale et corvée seigneuriale — ou dans lintérêt propre d’un particulier — le « coup de main ».

Les associations fraternelles de voisinage sont une des coutumes les plus jolies et l’une des plus révélatrices de la nature sociable et charitable des populations de la Nouvelle-France; on se rend à la corvée comme à une fête parce qu’elle fournit l’occasion de se rencontrer nombreux, de rire et de causer, et de rendre service. Aussi tout prétexte est-il bon pour faire une corvée vicinale: l'érection d’un bâtiment (1), le charroi de « billots », l’épluchette du blé-d’inde (2).

L’épluchette du maïs est peut-être la plus populaire des corvées. Elle rapproche les jeunes gens des deux sexes et facilite l’éclosion des amours. Reproduisons le tableau pittoresque et vivant que nous en donne Pamphile Lemay: « Au milieu de la cuisine s’élève une pyramide d’épis chaudement enveloppés dans leur robe et l’on attend le signal de l’attaque. Le voici. On se précipite, en poussant un cri de joie, à l’assaut du joyeux rempart. Je ne sais comment cela se fait, mais le dieu de l’amour a si bien favorisé tout le monde que chacun se trouve auprès de l’objet aimé. On forme une ceinture aux épis, on se presse les uns contre les autres, à la seule fin, croyez-le bien, d’être plus près du blé d’inde. Les chaises feraient perdre un espace précieux; on les laisse dans leurs coins et l’on s’assied à terre. Un étrange froissement de feuilles sèches annonce que le travail commence. On dépouille complètement les épis qui doivent être égrenés bientôt; on laisse trois ou quatre feuilles à ceux qui doivent être gardés en tresse. Les plus éveillés de la bande des éplucheurs ont toujours quelque riposte à lancer, quelques drôleries à faire. C’est un besoin pour eux de faire rire les autres, comme c’est un besoin pour d’autres de rire toujours. Les feuilles tombent drues, s’amoncellent et forment bientôt de moelleux coussins. Une espérance anime les travailleurs, l’espérance de trouver un blé d’inde d'amour, — on appelle ainsi un épi rouge, — car ce blé d’inde est mieux qu’un talisman; non seule-

(1) « Dès que le soldat s'étabiit. les camarades viennent lui donner un coup de main pour l'aider à se bâtir une maison, et pour ce service, ils reçoivent une gratification de la part du roi » (Kalm, IL. 14).

(2) Sur l’épluchette de blé d'Inde au Canada, consulter BRH 5. 96, 186 ‘ 20.106, 30.330.

ment il vous préserve de la mauvaise fortune pendant la soirée, mais il vous investit d’un doux privilège, celui d’embrasser qui vous plait. Quelquefois le possesseur de l’heureuse trouvaille dissimule son plaisir et son épi: il va traîtreusement déposer un chaud baiser sur une joue qui ne-s’y attend pas, et ne produit qu’ensuite, au milieu des éclats de rire et des applaudissements, la pièce justificative. Quelquefois, il pousse de suite un cri de joie, puis il agite comme un trophée l’épi de pourpre. Alors les yeux cherchent sur qui va tomber la faveur. Souvent la préférée, — qui n’est pas sans quelque pressentiment, — se trahit d'avance en rougissant tout à coup. Les jeunes filles qui développent un blé d’inde d’amour, ne peuvent cacher ni leur émotion ni leur contentement, mais, d'ordinaire, elles ne se prévalent point du privilège qu’il donne. Elles ne se refusent pas cependant de prêter à leur ami cet épi qui les embarrasse et l’ami galant ne manque jamais de prouver sur-le-champ sa reconnaissance. Pendant que l’on travaille, le feu s'allume dans la cheminée, l’eau bout dans le grand chaudron pendu à la crémaillère et les plus beaux épis cuisent pour le réveillon. Ceux qui préfèrent le blé d’inde rôti n’auront qu’à s’approcher du foyer et à tourner, devant la braise, les grains d’ambre, qui vont prendre une saveur exquise. Le réveillon sera gai; le reste de la nuit s’écoulera dans les amusements de coutume; car toutes ces fêtes et corvées ne sont, après tout, que divers chemins pour arriver au même but. » (1).

Aux termes de la Coutume de Paris, le seigneur peut requérir de ses vassaux des journées de corvée, mais dans le cas seulement où il stipule expressément à cet effet dans le titre de concession (2). Il n’appert pas que, dans les premiers temps de la colonie, le seigneur ait usé de ce droit. Plus tard (vers 1708), cependant, la coutume s’établit de stipuler un certain nombre de journées de corvée par année. D’ordinaire, ce nombre varie, avec l’étendue de la concession. Rarement, toutefois, dépasse-t-il six jours en tout, et ces jours sont répartis entre les diverses saisons, à Savoir un jour aux semailles, un jour à la fenaison, un jour aux récoltes et les autres au labourage (3). Comme cette obligation est commuable en une faible somme, — paya-

(1) P. Lemay, Fêtes et corvées.

(2) Article 71.

ble à la première réquisition (1), — elle peut être considérée tout au plus comme étant un impôt spécial en nature. Le seigneur n’est pas tenu, comme on l’a dit, de nourrir les travaillants ni de leur procurer les outils et instruments aratoires (2). 1

Le seigneur peut dans certains cas précis demander des journées supplémentaires. Il s’agit alors de construire ou d’entretenir les chemins et les ponts, l’église paroissiale et le presbytère, et parfois le manoir ou le moulin banal (3). Bien que les tenanciers n’y sont pas tenus de droit commun, le titulaire du fief peut appeler de leur refus à l’intendant qui, sur le bien-fondé de la demande, prévoit une peine contre les récalcitrants.

L’intendant Bégon fait des instances auprès du Conseil de la Marine (4) pour obtenir la suppression de toute corvée seigneuriale (1716). Un projet rédigé dans ce sens est soumis à l’examen du Conseil (1717) (5), maïs il ne reçoit pas la sanction du Régent (6).

De temps à autre, à partir de 1706 (7), le Conseil supérieur de Québec ordonne lui aussi des corvées dites royales aux fins de construire ou de réparer les fortifications, d’ouvrir des routes (8). Ainsi, les habitants tracent une voie carossable en bordure du fleuve entre Québec et Montréal, et relient le Sault-Saint-Louis au Lac Champlain (9).

(2) bid., 445 (x716).

(3) Sur les corvées d’Eglise, voir 3 EO, 284, 205, 216, 217, 303, etc. et JN 378 et 203, et OI 281; — Munro, The Seigneurial System of Canada, 1907, 184-185.

(4) Voir le jugement de Bégon rendu le 22 janvier 1716 contre le sieur de la Chevrotière (2 EO 445), et sa lettre au ministre, du mois de février 1716, ACC EE CM 00:

(5) Titles and Documents, I. 18-10.

(6) Henneker, The Seignorial Regime in Canada, Québec, 1027, p. 134.

(8) Exemples, 3 EO 176, 197, 216, 217, 284, 436, etc.

(0) Consulter sur la corvée en général, BRH 5. 06, 216, 7. 256, 284, ES 243, 28. 21, 30. 338; — La Corvée (Concours littéraire de la Sté St.-Jean-Baptiste de Montréal), 1907, 1 vol., 240 pp. — Garneau, Histoire du Canada, 5° édition, p. 203, note 38.

c). — LES INSTRUMENTS ARATOIRES

La charrue, la herse et le rouleau constituent tout l’outillage proprement aratoire du paysan canadien, et encore ces instruments sont-ils frustres et lourds. La herse est faite d’un bâti de bois triangulaire auquel sont fixées des dents également en bois, longues d’environ cinq pouces, et distantes d’autant les unes des autres. Deux des côtés de l’appareil ont six pieds de long, le troisième en mesure quatre. Les charrues sont assez mal construites. Les roues du train sont aussi épaisses que celles d’un tombereau, et toute la charpente est si lourde qu’il faut la force d’une bête de somme pour tirer la machine en terrain uni. Dans les débuts ce sont des bœufs qui actionnent la charrue, la herse, tout comme le traîineäu; mais sur la fin du régime les habitants ne labourent presque plus qu'avec des chevaux, préférant le fouet à l’aiguillon. Dans les colonies anglaises les bœufs tirent par le garrot comme les chevaux, au Canada ils tirent avec leurs cornes. Les moissonneuses mécaniques ne sont pas encore connues. Les outils de la récolte sont actionnés à bras; ce sont: la faulx, la faucille, la fourche, le râteau, le fléau, le van, et le battoir. L’habitant. dispose encore d’une charrette ou d’un tombereau dans lequel, une fois ou deux par an, il transporte ses produits à la ville prochaine, s’il n’aime mieux le faire en canot ou en yacht. Le dimanche il monte en carriole ou en calèche suivant la saison. Quelques-uns ont des attelages de chiens, dont ils se servent surtout pour le transport de l’eau (1).

d). — LES FAÇONS AGRICOLES ET LES PRAIRIES

Le fermier de la Nouvelle-France n’a pas le temps de donner à la terre toutes les façons qu’elle reçoit en Europe. Si la France n’était pas mieux cultivée que ne l’est le Canada, remarque Fingénieur Cata-

(1) Consulter sur les instruments aratoires, P. Boucher, ch. V; — Kalm, II. 16, 142-143, 221; — Bougainville, Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42-70; — Munro, The Seigneurs of Old Canada TOR DATES — on trouvera à-la page 61 de l'Economic History of the United States par = W. Van Metre (London, Pitman, 1925), une intéressante vignette des Farm Implements of the XVITIIth century.

logne dans son rapport sur les seigneuries (1712), les trois quarts de la population y souffriraient de la famine. Kalm trouve singulier que les peuples de l'Amérique du Nord, — Anglais, Suédois, Hollandais et Français semblent avoir adopté le système agronomique des Indiens (1). i

L’aire labourable est divisée en champs, en prairies ou pâturages. Parfois les pâturages sont rejetés au-delà du bocage, le plus souvent ils sont en decà. Les pièces sont grandes. Il n’y a de fossés nulle part; ce n’est pourtant pas sans besoin. Comme les bestiaux sont parqués dans les pâturages de l’autre côté des bois, et confiés à la garde de vachers en cas de nécessité, beaucoup de colons se dispensent de clôturer leurs terres. Ceux qui font une enceinte à leur héritage, la font soit de longues perches superposées, soit en palissades, soit encore, dans les terrains pierreux, de pierres des champs (2).

Les terres ne sont pas alors disposées par assolement, comme aujourd’hui, La jachère est absolue ou morte; elle ne reçoit pas de semence. Les premières années où le sol est cultivé, pour la première fois peut-être depuis la création, il produit naturellement une récolte magnifique; l’année suivante le colon laboure encore la même pièce, sans y mettre le moindre engrais, et il continue ainsi d’année en année jusqu’au complet épuisement du sol. Alors, il laisse son champ en friche, de deux années l’une, afin qu’il puisse reprendre les poussières de l’air et des eaux, le limon des rosées et des pluies, et les autres secours de la nature bienfaisante, qui toujours travaille à rétablir ce que l’homme ne cesse de détruire; il prend sa hache et se taille en pleine forêt un autre champ, qu’il traite de la même facon. Toutes les pièces ayant passé par ce système de culture, le laboureur retourne à son premier champ, qui a eu le temps de se refaire, puis il l’abandonne pour le second, qu’il laisse reposer à son tour. On ne laboure pas les jacherées pendant l'été, de sorte que les mauvaises herbes les envahissent. On fume les friches au printemps. Les prairies élevées du Canada sont de beaucoup préférables, au dire de Kalm, à celles des environs de Philadelphie et des autres colonies anglaises. Plus on avance au nord, plus elles sont belles, et plus le gazon est riche et fourni. L’herbe y est de deux sortes, savoir: une espèce d’herbe à feuilles étroites (Poa angustifolia, Linné), et dont les épis contiennent

G)'Kalm "127.

(2) Kalm, IL. 144, 110, 222.

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trois où quatre fleurs si petites que la plante pourrait facilement être prise pour lagrostis, et dont la graine est à base pubescente; l’autre plante qui croit dans les prairies ou friches, est le trèfle blanc (trifolium repens, Linné). Ces deux sortes forment le foin, et ce foin est très fourni. Le paturin des prés (Poa) a une tige assez élevée, mais ses épis sont très minces. Au pied de cette herbe, le sol est couvert de trèfle, de sorte que l’on ne peut trouver de meilleures prairies que celle-là. Toutes ces jachères ont été des champs de blé auparavant; on y voit encore la trace de la charrue (1). Il y a pourtant des terrains couverts naturellement de plantes herbacées, fourragères, surtout en remontant vers Montréal. Un bras du Saint-Laurent emprunte précisément à cette circonstance son nom de Rivière des Prairies. « Mais il est assez dangereux d’avoir le foin (qui y pousse), car les faucheurs ou les faneurs sont toujours en danger d’être tués par ces Iroquois » (2).

Quelques cultivateurs déchaument les terrains en friche, tard en automne, d’autres attendent jusqu’au printemps pour le faire; mais le premier mode est préférable au second, et donne une bien meilleure récolte. Les labours d’automne sont des labours profonds, entrepris pour que les alternatives de gel et de dégel pulvérisent la terre, et l’ameublissent. Ceux du printemps sont superficiels. Pendant l’été on effectue les labours de semailles et des labours de jachère. L’habitant fait le labour en planches larges de deux ou trois mètres entre les raies; les bandes sont versées moitié dans un sens, moitié dans l’autre. La hauteur perpendiculaire d’une planche, de son milieu au fond du sillon, est de près d’un pied (3). « C’est dans le seizième (jour d’avril) que la terre se trouve libre et en état de pousser les plantes et d’être labourées » (4). Le blé, l’orge, le seigle et l’avoine sont hersés, mais les pois sont semés avant le labour. L’ensemencement se fait ordinairement vers le quinze avril, et on commence par les pois (5). La terr ensemencée est entretenue par un hersage, qui peut être suivi de roulages, de sarclages et autres soins culturaux.

« Dès le commencement de mai, les chaleurs sont extrêmement

(x) Kalm, I. 50, 121; II. 39-40 ,118, 221.

(2) P. Boucher, ch. 13; — Lescarbot, I. 548.

(3) Kalm, IT. 110.

(4) P. Boucher, ch. II.

(5) Kaïlm, IL. 22.

grandes et on ne dirait pas que nous sortons d’un grand hiver; cela fait que tout avance et que l’on voit en moins de rien la terre parée d’un beau vert » (1). Le fauchage doit s’exécuter vers la fin et quelquefois au milieu d’août (2), quand les plantes de la prairie sont en pleine floraison, c’est-à-dire quand elles ont acquis leur développement, et qu’un plus long séjour dans le sol ne pourrait que leur faire perdre de leurs éléments constitutifs. On coupe l’herbe à la faux, et l’on profite, pour effectuer ce travail, de l'humidité du matin ou du soir, qui permet à la faux d’entailler franchement les tigelles. Le fanage s'exécute au moyen d’une fourche à trois dents. Le plus souvent, quand la rosée du matin s’est évaporée, on étend la fauche sur le sol, et dans le cours de la journée, on la retourne en la soulevant doucement; le soir venu, on la remet en veillotte. Deux ou trois jours suffisent ordinairement pour sécher l’herbe de cette manière avant la rentrée au fenil. Mieux vaut, d’ailleurs, attendre un peu plus longtemps, et ne rentrer au fenil que du foin bien sec, le foin mouillé pouvant fermenter et même s’enflammer spontanément. On fait quelquefois le fanage par fermentation (3). Alors le fourrage est entassé en grosses meules. Au bout de 24 à 36 heures, la fermentation s’y développe, relevant la température de la masse; la meule est alors déimonté et le fourrage écarté. Le point délicat est de suivre le déve: loppement de la fermentation, pour démolir le tas au moment voulu. On n’entre pas toujours le foin, surtout quand la récolte est abondante. On le laisse en meulons coniques sur la prairie de fauche (4). Comme le printemps commence tard, on ne coupe les foins qu’une fois l’an; les regains après pousse et fauchaison sont trop courts; on fait pâturer les regains sur place (5). Les Sauvages amis se louent volontiers aux fauchailles; contre les ennemis on travaille, les « Montréalistes » du moins, l’arme au dos, sans se perdre de vue, prêts, au premier coup de tocsin ou bien à l’aboiement des dogues, à faire le carré autour du chef (6).

(1) P. Boucher, loc. cit.

(2) Kalm, IL. 22.

(3) Kalm, IL. 118.

(4) Id., ibid.

(s) Id4 ibid.

(6) Dollier de Casson, Histoire du Montréal, pp. 39, 51-87.

Quand la fenaison finit, la moisson approche. « On moissonne en septembre, et même en octobre, où parfois la neige surprend le paresseux » (1). On juge qu’il est temps de moissonner quand le grain ne s'écrase plus sous la pression des doigts, mais se coupe à l’ongle facilement, et que son contenu, de laiteux qu’il était, est devenu consistant et farineux. Il ne faut cependant pas attendre, pour moissonner, que le grain soit arrivé à complète maturité, parce qu’alors il tomberait de l’épi sous le moindre choc. La moisson se fait à la faux, à la faucille ou à la sape. Les céréales abattues sont javelées et achèvent de mürir sur le chaume avant d’être engrangées.

e). — LES CÉRÉALES (2)

Les colons cultivent les céréales que les Sauvages connaissaient avant l’arrivée des Français: le blé d’Inde, le tournesol dont on tire une huile délicate et de bon goût et les « faizoles ou arricots », espèce de pois du pays. Le maïs cultivé est de l’espèce naine, qui mürit plus tôt que l’autre, en trois mois de temps; ses grains sont plus petits, mais ils donnent plus de farine et d’une meilleure qualité en proportion. Il vient à maturité généralement au milieu et quelquefois à la fin d’août. Le maïs et les pois valent en Nouvelle-France le même prix que le froment. La récolte de maïs donne :

En 18 M 405 MDoisseanx ÉnL729 RE RE 0487 »

ETS LP RE 025 > 0739 Er 51959 > (3)

On utilise l’enveloppe de l’épi à la confection des paillasses, de même que la paille du seigle et la bale d’avoine (4).

Les pois verts sont préférés pour la semence. Ils viennent très bien dans un sol pauvre, mais élevé, sec et mélangé de sable grossier. Le rendement des pois va parfois jusqu’à quarante minots pour un; mais d’autres années il ne dépasse pas dix et varie beaucoup (5). D’a-

(x) P. Boucher, pp. 18-10.

(2) P. Boucher, ch. VIII: « Noms des blés et autres grains apportés d'Europe qui Croissent en ce pays ».

(3) Ces chiffres sont fournis par les Censuses of Canada, 1876, vol. IV.

(4) Kalm, I. 44, II. 124, 192, 220.

(Cd Aer.

près les recensements, la récolte de pois aurait été en 1734 de 64.549 boïsseaux, en 1739 de 91.153 boisseaux.

On sème beaucoup d'avoine de France, mais seulement pour les chevaux et les bestiaux. L’avoine rapporte de quinze à trente minots pour un (1). On moissonne en 1719 50.416 boisseaux d’avoine, en 1734 163.988, et en 1739 162.207 boisseaux. De même on ne sème d’orge, ou peu s’en faut, qu’en vue de l'élevage. Le rendement est de 3.462 minots en 1734 et de 8.443 en 1739 (2). L’intendant Talon fait planter et cultiver sur sa terre des Islets six mille perches de houblon qui produisent du fruit en abondance et de bonne qualité (3), mais son exemple n’est pas imité par le peuple. En 1757, les Récollets de Québec sont les seuls, à la connaissance d’Antoine de Bougainville, qui aient une houblonnière. Les Pères en font de la bonne bière (4). Sous tout le régime on sème du seigle (5). Le seigle est une céréale précieuse, car il a l’avantage de venir là où le blé ne pourrait être cultive et de supporter des climats rigoureux. Bien qu’elle soit moins blanche que celle du froment, la farine de seigle est panifiable et donne un pain bis qui se conserve longtemps frais.

Le blé l’emporte sur toutes les autres sortes de grains (6). Le semis est pratiqué à la volée. On ne sème que du blé d’été, le blé blond ou clair (7) de Norvège, sauf dans l’ile Jésus où quelques cultivateurs sèment leur blé en automne. Le blé d’automne, également de Norvège ou de Suède, est sujet à trop d’accidents. Lorsque les neiges viennent trop tard ou qu'après la fonte des neiges, il y a des gelées, ce blé périt en ‘herbe (8). Près de Québec, il arrive quelquefois, lorsque l’été est moins chaud ou que le printemps est plus tardif que d'ordinaire, qu'une grande partie du blé d’été n’a pas le temps de mûrir parfaitement avant que le froid commence. La récolte donne généralement

(1) Kalm, II. 221.

(2) Id., et Censuses of Canada, 1876, vol. IV.

GIENCACITNARES TE!

(4) À. de Bougainville, Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, 1757 3 RAQ 42-70.

(5) Kalm, IL, 221; — P. Boucher, ch. VIII; — Champlain, Œuvres, passim; — Relations de. 1636.

(6) Kalm, II. 39-40.

(7) Id., Ibid., 119, 221.

(8) Hocquart, Détail de toute la colonie, AC. CII. A. 67. 05.

trs

quinze ou vingt minots pour un (1). Pierre Boucher assure que le pain

est aussi beau qu’en France (2); mais cette assertion est contredite par Pehr Kalm (3).

Voici l’évaluation statistique des récoltes en blé:

EnliS 00 0 7MDoisseanx OO re 12071 51 > HO 1601978 > LAURE RER SD 1634 > LALOME NE 0252304 »

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