F. — LE JARDIN POTAGER
Champlain avait eu l’élégance de faire planter des rosiers au fort de Québec, mais peu d’autres fleurs de France, sinon l’œillet, la tulipe, le lys blanc, les passeroses et les pieds d’alouette n’avaient encore été transplantées au Canada en l’année 1663 (2). L'auteur qui nous fournit ce détail décrit les herbes sauvages les plus connues alors: le cerfeuil « dont la feuille est plus large que celle de France et est d’aussi bon goût », le passenierre, le persil sauvage, l’angélique, le pourpier, la cigue et l’ellébore... (3).
Au temps de Kalm, chaque femme est pourvue de son jardin potager rempli d’herbages et surtout d'oignons dont les paysans font une grande consommation les vendredis et samedis et les jours de jeûne (4). La citrouille est pareillement très abondante. On la sert de diverses manières, mais généralement on la coupe, par le milieu, en deux morceaux qu’on met rôtir devant le feu, l’intérieur tourné du côté de la flamme; on mange la pulpe du potiron après l’avoir pelée; les gens à l’aise la saupoudrent de sucre. Le petit potager contient aussi des carottes, de la laitue, de l'ail, du persil, de la chicorée, de l’oseille, des épinards, des « gadelliers » (5). Les buissons de gadellier sont tellement chargés de fruit que le vert de leur feuillage se perd dans la poupre de leur baies. Le panais se trouve partout le long des rivières
(1) Raynal, VIL. 277; — consulter encore sur le ginseng du Canada, Kalm, II. 86: — Charlevoix, Journal d’un voyage dans l'Amérique septentrionale, t. VI, lettre XII, p. 24; — Franduet, Voyages et mémoires sur le Canada, pp. 177- 178: — Bougainville, Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42-70: — Lettre du ministre à M. de Montaron, 3 août 1752, AC. B. 06. 125; Taché, Mémoire au nom des marchands du Canada, AC. CIT. A. 08. 460 (1752); — Salone, 380.
(2) P. Boucher, ch. VIIT.
(3) Id} bide
(4) Kalm, IL. 192.
(5) P. Boucher, loc. cit.
et dans les champs (1). Il paraît peu sur la table (2). Le chou blanc surtout réussit à merveille, mais il est souvent attaqué par les vers (3). Le melon d’eau est beaucoup cultivé. A peine y a-t-il un paysan qui n’ait son champ planté de pastèques (4). La betterave rouge, le raifort et la rave ordinaire, le thym et la marjolaine viennent très bien, ainsi que les navets, dont il se fait une grande consommation, principalement Phiver (5). Des personnes du Canada expérimentées dans la culture des herbes de cuisine et dans le jardinage rapportèrent à Kalm qu’elles étaient obligées de faire venir des graines fraîches de France chaque année, parce que la semence perdait généralement sa force à la troisième génération et produisait des plantes inférieures aux premières par rapport au goût et à la qualité (6). Kalm remarque encore que « peu de gens connaissent la pomme de terre ». Les Français d'ici, lorsqu'on leur demande pourquoi ils ne plantent pas de patates, répondent qu’ils ne leur trouvent aucune saveur, et ils se moquent des Anglais qui en sont si friands » (7). Chaque ferme plante près de sa maison une quantité de tabac plus ou moins considérable, suivant sa famille. Le roi n’avait pas voulu tout d’abord que l’on semât du tabac au Canada en vue de la vente, afin de ne pas causer de préjudice à la culture que l’on en faisait aux îles françaises d'Amérique (8); mais il changea plus tard d’avis, et les fermiers furent autorisés à s’en pro-
QG) Kalm II: "57. ,
CC) TN or