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J. — L'HABITANT. SON APPARENCE, SON CARACTÈRE ET SES MŒURS

Un proverbe dit « tant vaut l’homme tant vaut la terre ». En Nouvelle-France, l’homme est bien fait de sa personne, de haute stature et d’un tempérament vigoureux (4). Les armateurs du royaume donnent le quart plus de paie aux Canadiens qu’à leurs compatriotes (5). Les femmes sont généralement belles. Celles de Montréal surpassent celles de Québec en beauté (6).

De par sa tenue, son port, ses manières, le Canadien n’a pas l'air grossier et rustique du paysan de La Bruyère (7). Il s’offense même au nom de paysan (8). Il faut qu’on le traite de Monsieur et de Madame (9). Ce qui ne l'empêche pas de se chausser de sabots ou de mocassins et de porter des jambières et ceintures comme les indigènes. Ses cheveux sont noués en couette par derrière. Certains font usage de perruques. « Les fistons des paroisses portent une bourse aux che-

(1) Lescarbot, L. 507.

(2) P. Boucher, ch. II; Voir aussi ch. III.

(3) Henneker, The Seigneurial Regime, Québec, 1927, p. 136.

(4) Hocquart au ministre, 30 octobre 1737, AC. Cri. A. 67. 76; Kalm, II. 27; P. Charlevoix, Journal d'un voyage dans l’Amérique septentrionale, t. V, lettre VIII, p. 255; Le Beau, Aventures du sieur C. Le Beau, 1728, première partie, p. 63.

(5) Ruette d'Auteuil, 2 RAQ 50. \

(6) Kalm, IL. 215.

(7) Hocquart au ministre, loc. cit.

(8) Bougainville, Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42- 70; La Hontan, p. 14.

(0) Kalm, IT. 103-104.

veux, un chapeau brodé, une chemise à maneneties » ,f). La plupart se coiffent, même en voyage, d’un bonnet de laine (tuque), rouge dans la région de Québec et bleu dans celle de Montréal (2). Il n’en est pas qui ne fume la pipe. Les marchands et les gens de condition mettent du linge garni de dentelles. Tous les officiers de la couronne ont l'épée. Les gentilshommes, lorsqu'ils vont en ville par un jour qui menace d’être pluvieux, portent leur manteau sur le bras gauche. Toutes les femmes du pays, sans exception, portent le bonnet. Elles ornent leurs cheveux d’aiguilles brillantes et d’aigrettes et les poudrent chaque jour. Elles se papillottent chaque nuit, coutume qui n'est pas introduite dans les colonies anglaises. Chaque icur de la semaine, le dimanche excepté, les femmes portent un mantelet petit et élégant sur un court jupon qui descend à peine à mi-jambe; une croix d’argent leur orne la gorge. Les talons de leurs souliers sont élevés et étroits. Lorsqu’elles sortent, elles s’enveloppent d’un long manteau gris, brun ou bleu, qui couvre tous les autres vêtements et qui leur permet de sortir en déshabillé sans que personne s’en aperçoive. Le dimanche elles se serrent la taille d’un petit tablier propret. Les jours de réception, elles s’habillent avec magnificence. Il n’y a point de distinction à cet égard entre la femme d’un petit bourgeois et celle d’un gentilhomme et d'un capitaine. Elles imitent avec grand soin les modes de France, mais avec un an ou plus de décalage, car les vaisseaux ne viennent qu’une fois tous les douze mois. Les femmes de la capitale sont tous les jours parées autant que pour une fête à la cour. Et cependant leurs semblables de Détroit, en plein pays d’en Haui, loin de toute civilisation, font encore plus grand étalage. Il n’entre que des étoffes de soie dans leurs robes. Leur soulier est brodé d'or ou d’argent. Mgr de Saint-Valier s’alarme avec raison dans l’un de ses Mandements (22 octobre 1686) « du luxe et de la vanité que lon voit régner par tout le pays parmi les filles et femmes du siècle, On ne se contente pas, dit-il, d’avoir sur soi des habits dont le prix et l'éclat sont beaucoup au-dessus des moyens ou de la condition de celles qui les portent, l’on affecte encore des coiffures immodestes, paraissant dehors et dans la maison, et souvent même dans les églises la tête découverte, ou qui n’est couverte que d’une coiffe transpa-

(1) Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, pp: 26-27. (2) Kaïim, IT. 102-103.

rente, avec un assemblage de rubans, de dentelles, de frisures et autres vanités; et, ce qui est encore beaucoup plus à déplorer. on ne fait aucune difficulté de se rendre les instruments du démon, découvrant des nudités de gorges et d’épaules, dont la vue fait périr une infinité de personnes » (1). “

Les marchands de Québec poussent la somptuosité dans les repas jusqu’à la folie: Les habitants de la campagne n’ont guère plus que le strict nécessaire. Ils font toutefois trois repas par jour, le dé jeûner, le’diner et le souper. Le déjeûner se prend, en général, entre sept et huit heures, car on est matineux; mais il ne manque pas de gens qui ne déjeûnent qu’à midi. Les uns se contentent d’un morceau de pain trempé dans de l’eau-de-vie, d’autres commencent par .« le petit verre >» et mangent ensuite un crouton ou bien avalent une tasse de chocolat; beaucoup de dames prennent du café. Il est rare qu’on fasse usage du thé, car on doit le faire venir de Chine. Midi est l'heure du diner, repas où l’on sert une grande variété de mets chez les gens de qualité et aussi chez les bourgeois, quand ils reçoivent. A la campagne, lorsque le mari reçoit la visite d’une personne de distinction, et l’invite à dîner avec la famille, sa femme ne se met pas à table, mais elle se tient derrière l’hôte et le sert. Dans les villes, cependant, les dames ont meilleur ton. Le pain, de forme ovale, est fait de farine de froment. Le couvert de chaque personne se compose d’une serviette, d’une cuillère et d’une fourchette; on donne des couteaux quelquefois, mais en général on les omet, chacun ayant soin d’apporter son propre tranchant. Les cuillières et les fourchettes sont d'argent et les assiettes en porcelaine de Hollande. Le repas commence par une soupe qui se mange avec beaucoup de pain, puis viennent les viandes fraîches de toutes sortes, bouillies et rôties, le gibier, les volailles, fricassées ou en ragoût, et diverses espèces de salades. « Les bons cuisiniers sont aussi rares que le vin » (2). On boit géné-

(1) AC. F3. 6. 272 (22 octobre 1686). Voir encore sur la toilette, Kalm, IL. 2, 81, 103-104, 214, 102-103, 61-62; Hocquart, loc. cit: Mémoire anonyme sur le Canada conservé à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, 4 RAQ 125-126; Le tablier dominical, 30 BRH 373.

(2) Joseph Navières, curé de Beauport, Lettre, 1734, Revue Canadienne, 1886, p. 32. Cette lettre est adressée « du royaume des Maringouins ». Cp. La Hontan, Lettre IT, 2 mai 1684, p. 14: « Je souhaiterais aussi bonne cuisine à toute notre noblesse délabrée de France ». «

ralement du bordeaux, mêlé d’eau, au diner. Les dames boivent de Peau, rarement du vin. Le dessert comprend une grande variété de fruits: des noix, des noisettes et des amandes, du raisin, plusieurs espèces de baies qui viennent à maturité dans la saison d’été. Le fromage entre aussi dans le dessert, ainsi que le lait que l’on prend à la fin, avec du sucre. Le lait entre dans la préparation de presque tous les mets du fermier. Le beurre se voit rarement sur sa table et encore est-il presque toujours fait avec de la crème sûre. Il ne se fabrique pas de fromage à Montréal vers 1750; il faut le faire venir d’ailleurs. Celui de l’île d'Orléans est regardé comme le meilleur. Petit, mince, rond de,forme et de quatre à la livre de France, il se vend trente sous la douzaine, Le pudding est inconnu. Immédiatement après le diner, les Canadiens prennent un café nature. Le souper se donne d'ordinaire à sept ou entre sept et huit heures du soir et il se compose des mêmes mets que lie diner. On ne dit de grâces ni avant ni après les repas, mais on fait le signe de la croix. Le vendredi et le samedi on s’abstient de viande. Ces jours-là, on fait bouillir toutes sortes d’herbes comestibles et de fruits, on sert du lait, du poisson, des œufs. Le concombre est mangé nature à la croque au sel comme on fait des raves ou bien il est tranché et servi avec la crème. On offre le melon avec du sucre, jamais avec du vin ou de l’eau-de-vie. Le sucre royal se tire de France ainsi que le sel. La mélasse vient des Antilles. Le peuple et les indigènes font une grande consommation de ce produit. Ils l’étendent sur le pain comme on ferait une confiture (1).

Certes, il y a en Nouvelle-France des hommes qui s’attachent aux sciences et aux lettres (2), mais en général les paysans « ne sont pas propres aux sciences qui demandent beaucoup d’application et une

(1) Sur la table consuiter Kalm, IL. 61-62, 81, 146, 176, 138-140, 171, 194, 220, I. 73; Sagard, 0; La. Hontan, 3° lettre, 14 mai 1684, p. 25; Bougainville, Mémoire sur l'état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42-70; Ce que buvaient nos ancêtres, 16 BRH 157; Le thé, BRH 12. 320, 30. 199. Le chocolat et le café, 30 BRH 1099; La bière d'orge et d’épinette, 16 BRH 157; The daily fare of New France, Munro, the Seigneurs of Old Canada, Toronto, 1915, p. 110-113. (L’auteur est toutefois dans l'erreur quand il écrit: « There were potatoes, of cour-

se », P. III).

(2) Kalm, IL. 6.

étude suivie » (1). A peine les enfants d'officiers et des gentilshommes eux-mêmes savent-ils lire et écrire, ils ignorent les premiers éléments de la géographie et de l’histoire (2). « On est peu occupé à l'éducation de la jeunesse, qui ne songe qu’à s’adonner de bonne heure à la chasse et à la guerre »(3). Il y a pourtant sur la fin du régime des écoles des sœurs de répandues dans presque toutes les paroisses; les Jésuites à (uébec, les Sulpiciens à Montréal enseignent le latin et préparent à la prêtrise; les Ursulines ont ouvert deux Couvents et des écoles externes à Québec et aux Trois-Rivières; le procureur général près le Conseil Souverain donne des Iccons de droit, d’autres initient les jeunes gens aux arts techniques et au pilotage (4). Il n’en serait pas moins à désirer que les Canadiens fussent plus instruits. Si mal partagés qu’ils soient du côté de l’enseignement, ils ne laissent pas d’avoir « de l'esprit naturellement; ils parlent avec aisance. leur accent est aussi bon qu’à Paris, leur diction est remplie de phrases vicieuses empruntées de la langue des Sauvages, ou des termes de marine, appliquées dans le style ordinaire au Canada ». Au demeurant les simples habitants sont d’une meilleure étoffe, ont plus d’esprit, plus d'éducation que ceux de France (5). C’est le témoignage du colonel Antoine de Bougainville: « Quoiqu'il n’y ait point de maîtres a danser dans le Canada, les femmes qui ont bonne grâce et de l’oreille dansent assez bien » (6). Personne ne peut les accuser de manquer d’esprit ni d’attraits. Leur seul défaut, c’est d’avoir trop bonne opinion d’ellesmêmes (7). Les gens de la campagne n’entreprennent et ne concluent rien de quelque conséquence sans leur avis et leur approbation. Beaucoup de femmes de négociants gouvernent les affaires de leurs maris (8). La Québecquoise est une vraie dame française par l’éducation

(1) P. Charlevoix, Journal, t. V, lettre VIII, p. 255.

(2) Hocquart au ministre, 30 octobre 1737, AC. Cir. A. 67. 76; J.-C. Bonnefons, Voyage au Canada fait depuis l’an 1751 à 1761, p. 40.

(3) Bougainville, Mémoire sur l'état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RA2 42-70.

(4) Id., ibid. Voir à ce sujet notre chapitre de l'Industrie.

(5) Bougainville, Mémoire sur l'état dela. Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42-70. Re LD BIC Fes : Het

MONT HbidMeLEs rr RASE Ci ns EEE 4 (7) Kalm, IL. 216. (x1I (8) Hocquart au ministre, 30 octobre, 1737, AC. Cri. A.671 76e

et les manières. Elle a l’avantage de pouvoir causer avec des personnes appartenant à la noblesse, qui viennent chaque année de France passer plusieurs semaines dans la capitale canadienne, A Montréal, au contraire, on ne reçoit que rarement la visite d'hôtes aussi distingués (1). Voici ce que le général Montcalm consigne dans son journal en janvier 1757: « Québec m'a paru une ville d’un fort bon ton; et je ne crois pas que dans Ïa France il y en ait plus d’une douzaine au-dessus dé Québec pour la société » (2).

Les manières douces et polies sont propres à tous, et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus écartées (3). Kalm fait cette remarque que « la politesse des habitants (canadiens) est bien plus raffinée que celle des Hollandais et des Anglais des colonies appartenant à la Grande-Bretagne » (4). Le Montréalais salue indistinctement, en Ôôtant son chapeau, toute personne qu’il rencontre dans la rue. Il est d'usage de rendre une visite le lendemain même, en eût-on des vingtaines à faire dans la journée (5). Les amis de l’un et de l’autre sexe, qui ne se sont pas vus depuis quelque temps, se donnent l’accolade lorsqu'ils se rencontrent (6). Un étranger entre-t-il dans la maison d’un cultivateur canadien, aussitôt il se lève, salue le visiteur d’un coup de chapeau, l'invite à s’asseoir, puis il remet son, chapeau et se rassied luimême (7).

Les habitants de la campagne, malgré leur pauvreté, sont d’humeur joyeuse et gaillarde (8). Ils ont trop de penchant pour l’eau-defeu. Ils sont braves, surtout ceux qui voyagent dans les pays d’en Haut, mais s’exposent peu; ils se battent à l’indienne en s’éparpillant et en se couvrant de gros arbres (9). Comme les Sauvages encore, ils sont hauts, glorieux, peu véridiques; ils aiment la distinction et les

(1) Kalm, IL. 214.

(2) Collection Lévis, Journal du marquis de Montcalm, 5 janvier 1757, p. 145. (3) P. Charlevoix, Histoire du Canada, EL 371, III. 80. (4) Kalm, If. 102-103.

CYCMINEUTE

(6) Id., II. 102-103.

(7) Id. TT. 193-104.

(8) Id., II. 146.

(9) Bougainville, loc. cit.

caresses, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres punitions; ils passent pour hospitaliers: « Un Français peut aller avec: tout l'agrément possible et sans argent depuis Québec jusqu'à Montréal » (1); ils ont trop bonne opinion d'eux-mêmes, ce qui les empêche de réussir comme ils pourraient le faire (2). Leur vie d’aventures, en exaltant leur imagination, a créé chez eux une tendance à la vantardise. Infatigables pour la chasse, la guerre et les voyages (3), ils sont paresseux pour la culture des-terres (4). Le froid excessif des hivers, qui suspend le cours des fleuves et enchaînent l’activité des vivants donne au cultivateur canadien une habitude de l’oisiveté dont il se départ difficilement dans les mois de la germination et des récoltes (5). Les dames de Québec, surtout celles qui ne sont pas sous puissance de mari, mènent une vie passablement oisive et frivole,. Les femmes d’officiers en général aiment la dissipation; les maisons du gouverneur et de l’intendant, sont souvent leur lieu de rendezvous. Leurs jeunes demoiselles se lèvent à sept heures et s’occupent de leur toilette jusqu’à neuf heures, et cela en prenant leur café. La toilette finie, elles se placent à la fenêtre donnant sur la rue. Elles cousent un point de temps à autre, mais sans cesser de regarder au dehors, et quand un jeune homme entre dans la maison, soit qu’elles le connaissent ou non, elles mettent immédiatement l’ouvrage de côté, et vont s'asseoir près de lui pour caüser, rire, plaisanter. Pendant ce temps, la mère supporte tout le fardeau du ménage. À Montréal, les filles sont moins frivoles. En fait d'économie domestique, elles surpassent grandement les Anglaises des plantations, qui ne se gênent pas de jeter le faix du ménage sur leur mari, tandis qu’elles se prélassent toute la journée, assises, les bras croisés. Ainsi l’affirme du moins Pehr Kalm. Elles vont, habillées pour l’occasion, dans les cuisines et les celliers pour s’assurer que tout y est en ordre. Elles se lèvent de bonne heure, et se couchent aussi tard que personne. Elles vont au

(1) Le Beau, Aventures du sieur C. Le Beau, première partie, p. 65; Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, I. 371, III. 8o: « Il semblait que tous les biens fussent communs dans cette colonie, on fut assez longtemps sans rien fermer sous la clef, et il était inoui quon en abusat. »

(2) Hocquart, loc. cit.; Bougainville, loc. cit.

(3) Bougainville, ibid.; R. d'Auteuil, 2 RAQ 50; Hocquart, loc. cit. (4) Bougaïnville, loc. cit.; Franquet, 3 RAQ 134-135.

(5) Hocquart, loc. cit. 0

En PL « :

marché, de quelque rang qu’elles soient, et rapportent avec elles les provisions qu’ elles ont faites. Les femmes du bas peuple sont dures au travail et à la peine. On les voit aux champs, dans les prairies, aux étables, ne répugnant à nulle espèce d'ouvrage. Elles se relâchent un peu à l’égard de la propreté des ustensiles et des appartements. Dans quelques maisons, aussi bien à la ville qu’à la campagne, les planchers ne sont lavés qu’une fois par six mois. Pour empécher la poussière de nuire à la santé, on asperge le parquet plusieurs fois par jour et aussi souvent que la poussière est sèche et se soulève, Lorsqu’elles travaillent dans les intérieurs, les femmes fredonnent toujours, les filles surtout, quelques chansons dans lesquelles les mots amour et cœur reviennent souvent (1).

Les Canadiens témoignent d’un profond respect et de l’amour pour le Roi et les seigneurs, parce qu’ils sont très bien instruits dans la crainte de Dieu et de leurs devoirs par leurs dignes curés (2). Mais l'amour de l’indépendance et de la liberté qui les caractérise, ainsi que les Sauvages, les rend assez indociles aux directives des gouverneurs et des intendants. Ils-ont un grand fonds de religion; ils sont même très superstitieux (3). La Hontan estime les mœurs de par trop sévères, et parle de « despotisme spirituel ». « Vous avez au moins en Europe les divertissements du carnaval, confie-t-il à son oncle, mais c’est ici un carême perpétuel... Il ne faut pas penser ni au jeu, ni à voir les dames, ni à aucune partie d’un honnête plaisir. Tout est scandale et péché mortel. Il n’y a que les volumes de dévotion qui vont ici tête levée: tous les autres sont défendus et condamnés au feu. On défend sous peine d’excommunication la lecture des romans aussi bien que les masques, le jeu d’ombre et le lansquenet.… Chacun est obligé de donner à Pâques un billet de son confesseur.. Les gouverneurs généraux qui veulent avancer entendent deux messes par jour et sont obligés de se confesser une fois en vingt-quatre heures...

(1) Kalm, II, 42-44, 61-62, 215-216; Hocquart, loc. cit.

(2) Ruette d'Auteuil, 2 RAQ 50.

(3) Marie de l’Incarnation, I. 8, 46 (note 2), 46-46, 96, IT. 4, 207. 208-210, 231, 377-380, 226-244, 245-251, 268-260, 336, 307, 417, 460, 461, 403, 491-492, 503, 531-533; Mémoire anonyme sur le Canada conservé à la Bibliothèque de Saint- Pétersbourg, 4 RAO 104; Franquet, 3 RAQ 134-135; Abbé Casgrain, 1875, p. 262: & Quant au reproche de superstition, nous l’admettons volontiers. La crédulité publique était grande dans notre pays à cette époque, comine partout en Eu-

rope…. »

Mon bourru de curé a des espions partout. Ces argus ont toujours les yeux ouverts sur la conduite des femmes et des filles... » (1). Evidemment le fougueux baron exagère, Il a du penchant pour la satire, genre où il excelle. On s'explique qu’il soit devenu l’ami de Beyle. Kalm est sans doute plus près de la vérité quand il écrit: « Les manières m'ont semblé quelque peu trop libres dans la société de Québec; j'ai remarqué à Montréal plus de cette modestie qui va si bien au beau sexe. Les femmes en général sont vertueuses, (à Montréal), et elles ont un laisser-aller qui charme par son innocence même et prévient en leur faveur. Une fille de dix-huit ans passe pour bien mal partagée, si elle ne compte pas au moins vingt adorateurs. Les filles de Montréal ne voient pas, sans en éprouver un grand dépit, celles de Québec, trouver des maris plus tôt qu’elles. » (2). Le marquis de Montcalm confesse qu’il a trouvé chez les Canadiennes « plus d'envie de plaire que d’aller au fait » (3). Dans l’ensemble la moralité est très satisfaisante (4).

(1) La Hontan, 16, 20, 102-106.

CYKalm Il 242 215 2160277.

(3) Collection Lévis. Lettres du marquis de Montcalm, Lettre à Bourlamaque, 16 juin 1757, p. 168. Kalm assure que « la maladie vénérienne est commune» dans la colonie (II. 27). Les femmes de mauvaise vie-et les syphilitiques étaient enfermés à Montréal à l'hôpital Charron (Bougainville, loc. cit). On relève en 1736 une proportion de bätards considérable pour le chiffre de la population, soit 390 pensionnaires du Domaine. Le nombre décroît par la suite (Salone, 356).

(4) Pour le portrait des Canadiens, voir encore: Talon, 27 octobre 1667, AC. Cr1. À. 2. 403-524; Duchesneau, 10 novembre 1670, AC. Cr1. À. 5. 32; Denonville, 13 novembre 1685, AC. Cri. A. 7. 81, 10 novembre 1686, ibid., 8. 129, 210; Champigny, 1687, 1bid., 0. 144, 187; Mémoire non signé en date du 1° décembre 1719, AC. Crr. À. 40. 241, 256; Mémoire anonyme, mais probablement d'Hocquart, AC. Cri. À. 67. 07; abbé Joseph Navières, Lettre, 1734, Revue Canadienne, 1886, p. 30; Bougainville, Portrait des Canadiens, 28 BRH 143; Le Bourgeois sous le régime français, BRH 24. 278, 348, 29. 21, 225; Catlin (George B.), The Story of Detroit, 1923; Fuller (G. N.), Economic and Sotial Beginnings of Michigan, 1916, ch. III, p. 95 et suivantes; Raynal, VII. 268; Wood, Fight for Canada, pp. 69-70; Edmond Lareau, Revtue Canadienne, 1884, pp. 305-506: Séraphin Marion, Pierre Boucher, Québec, 1927, pp. 162-170; Chanoine Emile : Chartier, Revue Trimestrielle Canadienne, Montréal, 1921, p. 123; Salone (Emile), pp. 431-438; Munro (W. B:), Seigniorial System of Canada, 1907, Ch. IX, pp. 159- 178 ; id, The Seigneurs of Old Canada, Toronto, 1015, pp. 117- I21 ; Ud> A ee of New England village life with that of a French colonial village,

dans Crusaders of New France, pp. 180-227. en

: JM

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