C.— LES MANUFACTURES
Une demande plus étendue donne naissance aux manufactures, c’est-à-dire à des ateliers où un certain nombre d'hommes de peine travaillent sous les ordres d’un entrepreneur, le patron, à la transformation de matières premières. Le régime capitaliste fait son apparition sur les bords du Saint-Laurent (1).
= Hest passé en dicton que, ambitieuse de conserver son commerce d'exploitation, la métropole vit d’un œil jaloux l'établissement de manufactures dans un pays que ses négociants avaient coutume de considérer comme un simple comptoir.
Cette théorie est diversement fondée. L'abbé Raynal la professe par esprit d’opposition systématique à la Cour de Versailles (2). Les écrivains de langue anglaise, dont Parkman, concluent, par simple analogie et pour des raisons de synchronisme (3), à l’identité des régimes industriels mis en vigueur dans les colonies de la France et celles de l'Angleterre (4). D’autres historiens, dont on ne peut suspec-
(1) « J'ai formé des ateliers qui ont entretenu près de 350 hommes durant toutil'été > (Talon à Colbert, 2 novembre, 1671, AC. Crr. À. 3. 172).
(2) La condamnation de l'Histoire philosophique et politique se faisant attendre, on prêta ces vers à l'abbé Raynal:
Quoi, dit l'abbé Raynal, ce chien de Parlement Ne veut pas d’un fagot honorer ma mémoire!
(3) Voici un exemple de cette sorte de raisonnement: « Madame de Repentigny… en 1707, avait vingt métiers à Montréal. M. Raudot demanda pour elle une gratification du roi. L'histoire ne dit pas s'il réussit. C’est assez peu probable, vu qu'à la cour l'on s’imaginait bouleverser tout le système colonial en permettant à l'industrie étrangère de faire concurrence à l’industrie de France. » (N. E. Dionne, Les Raudot, Revue Canadienne, 1805, pp. 605-606). Or, l’histoire dit que la Cour encouragea et gratifia Madame de Repentigny, voir AC. Cr. G. 2. 164 (6 juin 1708).
(4) A l'encontre de Parkman citons ce témoignage d'un des savants qui ont le mieux approfondi l’histoire économique de la Nouveïle-France: « That jealousy of industrial development which marked the policy of England toward her American colonies seems never to have characterized the policy of France toward Canada The French government strove very earnestly to foster it by encouragement of various sorts Despite these various encouragements, however, colonial industry would not thrive.… The main obstacle was found in the superior profits of the fur-trade.… » (W. B. Munro, The Office of Intendant in New France, The American Historical Review, vol. XII, octobre 1906, pp. 33-
ter la bonne foi, font état de certains passages (1) de la correspondance échangée entre le pouvoir central et le pouvoir local, qui formulent une doctrine dont voici l’expression la plus complète: « On n’établie (les colonies) que pour l'utilité du pays qui les forme et jamais dans l’intention de se passer de ces pays » (2).
La forme lapidaire de cette pensée, concise, absolue comme l’éuoncé d’une loi physique, suffirait à nous mettre en garde contre sa vertu pratique, si d’autres documents, si des actes positifs, ne ve-. naient confirmer que nous sommes en présence d’un hommage de style consenti aux dogmes, aux axiomes du siècle, et nullement en face d’un principe d’action gouvernementale. Toujours réaliste, la monarchie ne régla jamais sa conduite sur de pures théories. Le ministère de France était trop clairvoyant pour ne pas voir que, le travail des champs n’occupant pas toute l’année les habitants de la colonie, c’eût été une tyrannie que de les obliger à perdre, dans l’inaction, le temps que la terre ne leur demandait pas; que les produits de l’agriculture et de la chasse ne fournissant pas à toute l’étendue de leurs besoins, c’eût été les réduire à la misère, que de les empêcher d’y pourvoir par un nouveau genre d'industrie; enfin que la prohibition des manufactures ne tendrait qu’à faire renchérir toutes les denrées dans un Etat naissant, qu’à en diminuer ou arrêter peut-être la vente, qu’à en écarter tous ceux qui pouvaient songer à s’y aller fixer.
La preuve que le passage de la correspondance que nous citons demeura inopérant, appert au contenu des chartes successives octroyées aux compagnies concessionnaires, à la teneur des instructions, précises, détaillées, remises aux intendants, ainsi qu’à la nature d’une série d’actes que nous allons rapporter: l’histoire proteste contre les détracteurs de la politique suivie par la France au Canada.
La charte de la Compagnie de la Nouvelle-France (1628) prévoit des mesures pour « exciter les sujets de Sa Majesté à se transporter ès dits lieux (du Canada) et y faire toutes sortes de manufactures ». Elle relève notamment les ouvriers de l'obligation de se pourvoir de
34); et cet autre passage du même auteur: « As usual, the king, professing his constant interest in the development of colonial industry » (/d., The Seigniorial System in Canada, 1907, p. 116).
(x) Voici où l'on trouvera quelques-uns de ces passages: AC. B. 23. 62, 101, 20. 66, 32. 173, 30: 230, 42. 451, 52. 481, 87. 48.
(2) Le roi, 14 juillet 1704, AC. B. 23: 101.
lettres de maitrise (art. 13), et elle exempte (art. 14) les marchandises ouvrées au Canada « de tous impôts et subsides bien qu’elles soient voiturées, amenées et vendues en ce royaume » (1).
On retrouve des clauses de même nature dans l’ordre du roi Louis XIV, créant en mai 1664 la compagnie des Indes Occidentales. Il investit la nouvelle société du pouvoir de fabriquer de la poudre, fondre des boulets et forger des armes, et la dispense des droits d’entrée et de sortie sur les munitions de guerre, bois, cordages, goudrons, canons de fer et de fonte (2).
Dans le même temps, le puissant monarque fait observer au sieur Talon, s’en allant prendre charge de l’Intendance « que l’un des plus grands besoins du Canada est d’y établir des manufactures et d’y attirer des artisans pour les choses qui sont nécessaires à l’usage de la vie; car jusqu'ici il a fallu porter en ce pays des draps pour habiller les habitants, et même des souliers pour les chausser, soit qu’étant obligés de cultiver la terre pour leur subsistance et celle de leur famille ils en aient fait leur seule et plus importante occupation, soit par le peu de zèle et d'industrie de ceux qui les ont gouvernés jusqu’à présent. C’est pourquoi il examinera tous les moyens que l’on pourra embrasser pour l’introduction d’une chose si utile au dit pays, à laquelle Sa Majesté contribuera par l’ouverture de ses coffres, étant bien persuadés qu’elle ne saurait employer une bonne somme d’argent à un meilleur usage » (3).
Conformément à la volonté du roi, Talon s’attache dans son ressort à développer l’agriculture en y annexant diverses industries: luimême fonde à Québec une tannerie; il fait commencer aussi la brasserie dont le bâtiment sera affecté, par la suite, aux séances du Conseil Souverain (4).
Colbert l’encourage et lui trace la forme de ses efforts: « Il est
(x) Acte pour l'établissement de la Compagnie de la Nouvelle-France, mai 1628, I EO 5-11.
(2) Edit d'établissement de la Compagnie des Indes Occidentales, mai 1664, I EO 40 et suivantes, art. 10, 25, 26, 35.
GMACACITMAT 2 4100:
(4) Talon à Colbert, 21 mai 1665, AC. Cri A2 Mr37s dd, 051 avrilt 1666, 1bid., 2. 109; id., 18 mai 1669, b., 3. 39, etc.; 1d., 2 novembre 1671, ibid., 3. 159, 172; id., 10 novembre 1070, 1b., 3. 77; Frontenac à Colbert, 2 novembre 1672, AC. Crr. À. 3. 233: Description du Canada, 1671, 1b., 3. 192; Patoulet à Colbert, 11 novembre 1660, ibid., 3. 61; Relation des Jésuites, 1607-1668, p. 3.
ER pes
de grande conséquence, écrit-il que vous excitiez les habitants à profiter de la nécessité que l’on a aux Iles d'Amérique (Antilles) de bois propres à la confection des barriques et des futailles, par l'utilité et les avantages qui leur en reviendra ». « Pour ce qui est des manufactures de toiles, droguets et tanneries, il n’y a que le nombre des habitants et la nécessité qui puissent faire ces établissements; ainsi, il faut laisser agir l’industrie et observer néanmoins d’aider ceux qui voudront s’y appliquer ». Le même Secrétaire d'Etat suggère un moyen de multiplier chaque espèce d’animaux, « en moins de temps parce que quand le Canada sera rempli d’une quantité de bêtes à laine et à cornes, on pourra, par le moyen de leur dépouille et de leur peau, manufacturer des draps et autres étoffes et des cuirs que l’on convertira en divers usages, à la commodité et à l’avantage des habitants ». I1 conseille « d’ensemencer du chanvre, et au bout de quelques années y établir une manufacture de toiles qui par la qualité du chanvre deviendra peut-être aussi florissante que celle de la Basse-Bretagne ». Enfin, il enjoint de construire des fourneaux et de construire des navires. La règle et la fin de (sa) conduite c’est de « mettre la colonie en état de se suffire >» et même d’alimenter le commerce extérieur. En 1675, en effet, la Cour ordonne à l’intendant Duchesneau « qu’il porte les habitants à établir des manufactures de laines, de cuirs et généralement de tout ce qui peut leur être nécessaire (aux Canadiens), même qui peut servir à envoyer au dehors » (1). Le roi émet le même vœu en 1687, car il voit « que la cause principale de la disette qui est dans le pays (de Canada) est l’extrême cherté de toutes les marchandises que les habitants sont obligés de faire venir de France pour la nourriture et le vêtement. ». Et que l’on ne prétende pas que cette politique d'initiative et d’assistance industrielle suivie par Louis XIV et Colbert pendant toute leur administration n’ait pas été continuée après eux: Si Pontchartrain intime à Raudot de ne pas encourager les manufactures canadiennes au détriment de celles de France, il s’empresse d’ajouter que l’intendant ne doit pas non plus les décourager. I1 les subventionne (2).
(1) AC. Canada, expéditions 1674-1675, fol. 43 (7 juin 1675).
(2) Citons entre autres pièces, AC. B. 2. 16 (mai 1660), 133, 135, B. 3. 22, 61 (1671), 4. 50 (1672), 5. 25, 20 (1673), 7. 4, 15 (1676), 26 (1677), 10. 4 (1682), 12. 19 (1686), 30. 60 et 61-64 (1687) ; F3. 2. 85 (1672), 6. 266 (1686), 7. 107 (1692): C1r. G. 2. 58 (1705), 164 (1708), 3. 5 (705); B. Sulte, Les Canadiens français, V. 27; Marie de l’Incarnation, IT. 446, etc.
Telle est l’idée directrice, libérale, et étendue, de la politique in:dustrielle de la France au Canada. Scrutons maintenant le détail des applications.
Tout d’abord on s’adonne naturellement aux industries de première nécessité. Ce sont les fruits de la pêche et de la chasse, des bois, des champs et du cheptal qu’on transforme au début: on a dans cet ordre la colle forte (1), l'huile de poisson et de tournesol; les cuirs les brasseries (2), l’industrie textile et l’exploitation du bois et de ses sous-produits.
Une seconde catégorie d’établissements que nous avons étudiés au chapitre des Mines travaillent le minerai. Quelques-uns, on s’en souvient, visent à fournir les matériaux de construction: briques, tuiles, ardoises, chaux (3); les autres, de caractère plus extractif, tendent à alimenter le marché de charbon, de fer et de cuivre.
C’est à Jean de Poutrincourt, seigneur de Port-Royal en Acadie, qui établit, vers 1606, le premier moulin à grains que nous ayions eu au Canada. Apparemment ce moulin était actionné par la force de lhomme, puisque Lescarbot raconte de Poutrincourt que « considérant combien le moulin à bras apportait de travail, il fit faire un moulin à eau, qui fut fort admiré des Sauvages » (4). C’est également à bras qu'était mû le premier moulin de Québec, celui des Pères Jésuites (3). Mais on ne tarda pas à avoir des meules à Tadoussac (6) et
(x) Sur la colle forte de poisson, voir AC. B. 68. 6 (7 avril 1730), 74. 43 (17 avril 1741), 105 (18 juin 1741); Cri. A. 71. 142 (28 septembre 1739), 76. 28 (28 octobre 1741), 326 (6 septembre 1741), 80. 09 (24 octobre 1743), 81. 427 (24 octobre 1744).
(2) Dans le but de mettre un frein à l'abus des liqueurs alcooliques (Ordonnance du Conseil Souverain en date du 5 mars 1668), Jean Talon fit construire à Québec une importante brasserie, capable de « fournir deux mille barriques de bière pour les Antilles et en travailler autres deux milles pour l'usage du Canada, ce qui donnera lieu à la consommation de plus de 12.000 minots de grains par chaque année » (Talon au ministre, le 2 novembre 1671). La brasserie de Talon ne fut pas longtemps en opération. Vers 1675 on “essa d'y faire de la bière, parce que les Canadiens préféraient les vins et eaux-de-vie (Voir P.-G. Roy, Les Petites Choses de notre histoire, 5° série, Lévis, 1923, pp. 120-123; AC. F3. 2. 22 (1671), Cri. A. 8. 69; 4 BRH 185.
(3) « Je laissé ( à mbn retour en France en 1624) deux fourneaux de chaux cuitte » (Champlain, édition de 1830, IL. 01).
(4) Lescarbot, IL. 580.
(5) Champlain, édition de 1830, IT. 204.
(6) Id., 1bid., 205.
d'utiliser pour les mettre en action la force de l’eau (1). À quelque temps de là une troisième sorte de moulin fit son apparition, dont le toit en planches « tourne avec les ailes suivant la direction du vent » (2). C’est en 1647 ou en 1648 que « pour uarguer davantage les Iroquois on commença le premier moulin de Montréal » (3). Le recensement de 1719 dénombre 76 minoteries, celui de l’année 1734 en mentionne 118. Il y en a 120 en 1739. Chaque seigneur près a le sien, d'obligation. Dans le seul moulin de Saint-Nicolas il est moulu 60.000 boisseaux par an. « Afin d’épurer de toute poussière et mauvaises graines et convertir en bonne farine » les blés panifiables d’exportation, le roi expédie en Amérique à ses frais des cribles cylindriques, dont six pour Québec (1732-1737) et quatre pour la région de Montréal. Défense est faite, sous peine d'amende de moudre sans bluteau. Le roi accorde six deniers de prime pour chaque minot tamisé. Les criblures font retour, sans frais, aux paysans (4).
Au cours de l’année 1668, Bissot, censitaire de la seigneurie de Lauzon, fait une prise d’eau au ruisseau qui borne son domaine en vue d'alimenter des cuves à tannin. La colonie et la métropole secondent ses projets. Le roi fait à l’entreprise l’avance, considérable pour l’époque, de 3.200 livres; la communauté des Habitants lui baïlle la moitié autant et dispose que les boucheries seront tenues de livrer eux tanneurs les peaux provenant des abattoirs. Grâce aux subsides et à ce règlement, la tannerie Bissot est bientôt en état de fournir de cuirs la cordonnerie québéquoise. Elle obtient même de l'Etat de chausser les troupes. Peu s’en faut même qu’elle commande le marché. Etienne Charest, successeur de Bissot, son beau-père, retient à Jong terme les services d’une douzaine de manœuvres et de quelques bottiers, et garde toutes les peaux pour la consommation de sa fabrique et ne les vend qu’à des prix exorbitants. Privés de matière première, les savetiers libres et les marchands de crépins vont être réduits à
(1) Id., 1ibid., 206.
(2) Kalm, II. 62.
(3) Dollier de Casson, Histoire du Montréal, Revue Canadienne, 1869, p. 201.
(4) Voir sur les moulins à farine en Nouvelle-France, AC. Cr. À. 41. 6 (26 octobre 1719), 54. 57 (1731), 57. 203 (1732), 61. 3 (1734); Eo I. 255-256, II. 39, 62-63,,65-73, 169-170, 352,353, III. 241, 286-280, 323; AC. F3. 6. 325; 30 BR 180; Munro, The Seigniorial System, 1907, 110-116; Henneker, The Seigniorial Regime in Canada, 1927, 113-131, 180-105; Salone, 377.
fermer boutique. Ils en appellent à administration. Afin de mettre fin à l’accaparement, le Conseil souverain fait défense aux corroyeurs de donner la dernière façon aux cuirs. Charest devra apporter à la ville et céder aux cordonniers de la place à un prix fixé par expertise tous les cuirs propres à la confection des souliers (1).
Le succès de l’entreprise Bissot-Charest engage d’autres colons a embrasser la même carrière. Mais il y en a qui ne connaissent pas le métier, d’autres, par avidité, ne laissent pas les peaux assez longtemps dans les fosses, pour qu’elles atteignent la perfection voulue; l’intendant Raudot doit intervenir pour maintenir la qualité de la marchandise. Il n’accorde licence à Montréal qu'aux nommés de Launay et Barsolot (2); à Québec, qu'aux cinq tanneurs Charest, Larchevêque, Thivierge, Jehan et Dedieu (3).
I ne suffit pas à la France que sa colonie d’outre-mer trouve sur place le froment et le cuir dont elle a besoin, elle l’engage à s’habiller elle-même. Talon est bientôt en mesure d'annoncer que l’on fait au Canada, avec les laines du pays, du droguet, du bouracan, de l’étamine et de la serge de seigneur et que l’on se propose de faire du drap (4). Et comme on vient d’ouvrir une tannerie et une cordonnerie et qu’il y a des chapeliers, l’Intendant se vante qu’il a « des productions du Canada de quoy (se) vestir du pied à la teste » (5).
Entrant dans les vues de la Cour, les frères hospitaliers de Saint- Joseph de la Croix (Frères Charron) (1694-1747), font bâtir à Montréal, non loin de la rivière Saint-Pierre, un bâtiment de 150 pieds
(1) Sur la tannerie de Bissot, voir Histoire de la Seigneurie de Lauzon par M. Edmond Roy.
(2) 20 juillet 1706, AC. F3. 0. 24. et 2 EO 265.
(3) 29 janvier 1707, AC. F3. 9. 42 et 1 o1 25. Voir encore sur la tanneri® de M. Bégon, AC. B. 58. 130 (21 avril 1733), sur celle du sieur Muirion à Louisbourg, AC. B. 68. 22 (11 juin 1739), celle du sieur Juchereau au Mississipi, AC. B. 22. 263 (4 juin. 1701) et Cri. A. 36. 305 (1701-1702), sur la chamoiserie de M. de La Mothe-Cadillac, AC. B. 27. 73 (o juin 1706), sur les souliers sauvages et les souliers de bœuf, 30 BRH 370, sur le scandale des seigneuries, 20 BRH 350, sur les tanneries en général, AC. F3. 6. 266. (C'est l'ordre donné à Denonville de soutenir les tanneries qui s’établissent (1686); enfin sur l'industrie du cuir, 31 BRH 80. L'existence d'une tannerie est signalée en 1669 par Patoulet (1t novembre 1669, AC. Cri. À. 3. 61). Sur ce qu'on faisait autrefois de la peau d’anguille, 4 8RH 63, 118. Marie de l’Incarnation, II. 446.
(4) AC. Cir. A. 3. 159 (2 novembre 1671) et F3. 2. 22.
(5) Zbid.
qu’ils destinent à des fins d'éducation technique, d'hôpital et de manufacture. Le roi, à qui ils demandent le passage de six ouvriers et de vingt tonnes de fret le leur accorde, laissant l’intendant maître de leur permettre ou de leur refuser de conduire en leur enclos l’eau des rivières voisines et d’usiner. Versailles émet des lettres patentes ex leur faveur le 30 novembre 1698 (1), que le Conseil Souverain homologue le 9 décembre 1704. De ce jour les frères produisent des toiles et des étoffes, des articles de laine et de fil. À partir de 1707, l’'établissement « ne subsiste plus que de la gratification (3000 livres) que PEtat donne tous les ans. Sa perte serait consommée en 1719, par suite de la mort du directeur de la manufacture, François Charron, si François Darle et André Souste de Rochefort n’avaient convenu d’y fabriquer au métier des bas de soie, de fil et de coton (2). Dès l'été de 1721, tous deux se voient congédiés du service de la maison. La liquidation suit. :
Au temps même où l’infortuné Charron débutait dans l’industrie textile (1705), une veuve du nom de Repentigny (née Agathe de Saint- Père), s’était mise à tisser elle aussi de la toile, du droguet et de la serge, mais avec cette originalité qu’au lieu d'utiliser du chanvre et du lin, elle empruntait ses éléments à la nature sauvage. Pour faire de la filasse, c’est des orties qu’elle emploie, c’est le brin d’un cotonnier inculte « qui renferme au haut de sa tige un duvet dont on fait les lits », c’est encore la laine des buffles (3) qui paissent dans la val-
(x) Il ne s’agit pas ici des lettres patentes d'établissement, lesquelles portent la date du 15 avril 1604, mais des lettres patentes du roi portant permission aux Frères Hospitaliers de Montréal d'établir des manufactures d'arts et métiers dans leur hôpital (AC. F3. 8. 100).
(2) Aux références que nous avons données plus haut sur l'Institut Charron (article sur l'artisanat), ajoutons les suivantes, savoir: AC. B. 19. 90 (26 mars 1606), 22. 85 (5 mai 1700), 40. 7 (5 juillet 1718).
(3) Le bœuf sauvage donne de quatre à cinq livres de laine (Neill, op. cit., p. 171). Cette laine est, dit-on, en longueur et finesse, égale sinon supérieure à la laine du mouton. On en fait des bas, des chapeaux, du drap, des gants et diverses étoffes, qui paraissent aussi bonnes que si la toison du plus beau mérinos en avait fourni la matière première (Kalm, II. 46-48). Au temps de Kaim (1740), les Canadiens étendaient les robes de bison sur le plancher, en hiver, pour se tenir les pieds chauds. Ils se servaient de leurs cornes, courtes mais très épaisses à la racine, en guise de poudrières de chasse. La chair du bœuf sauvage vaut celle du bœuf domestique, au dire de certaines gens, tant en substance fibreuse qu'en graisse, et sa peau, lorsqu'elle a une épaisseur suffisante, ce qui arrive quelquefois, est d'aussi bon service que le cuir de la vache d'Europe. Ces qua-
lée du Mississipi. La dame prend comme auxiliaires neuf prisonniers anglais achetés des Sauvages (1). Les tissus qu’elle livre à la consommation, quoique d’un bon usage, manquent de fini, parce que les cardes qu’on a commandées en France ont péri en mer. Toutefois elle réussit à leur donner une apparence agréable au moyen de teintures extraites d’essences forestières et d’une terre bleue (2). Le roi estime qu’il y a lieu d’être satisfait des résultats acquis et témoigne sa gratitude à la dame de Repentigny sous forme d’une gratification
lités, sans compter beaucoup d’autres qu'il a en commun avec le bœuf domestique et à un plus haut degré de perfection, ont induit quelques expérimentateurs (Nicolas Gatineau dit Duplessis et François-Etienne Cugnet dit Provençal, AC. Cire 2%00 (1730) 263356: 54. 210, 22 (1731), 56. 11, 57. 09 (1732), B. 54. 401 (25 avril 1730), 87. 50 (1 avril 1748), 80. 10 (11 avril 1740) et BRH 22. 223, 23. 275, 277) à tenter de l’apprivoiser, afin de mieux tirer parti de sa fourrure pour l'industrie, et de sa grande force pour l’agriculture. Dans ce but, on s’est procuré des veaux qu'on a apportés à Québec et dans d'autres localités, pour les croiser avec des animaux domestiques; mais ils moururent au bout de trois ou quatre ans. Bien qu'accoutumés à voir du monde constamment, ils avaient toujours retenu leur férocité naturelle et leur caractère ombrageux, dressant les oreilles et tremblant à la vue d'un homme, ou prenant la clef des champs: de sorte qu'on n'a pu encore aujourd'hui trouver moyen de domestiquer le bison (Kalm, loc. cit., AC. Cri. A. 57. 09 (1732). Les bœufs sauvages étaient en si grand nombre dans la vallée du MisSissipi qu'une seule bande de Sauvages, sans chevaux pour forcer leur proie, en tuaient parfois jusqu'à douze cents en huit jours. Cavelier de La Salle espérait pouvoir « en tirer avec le temps jusqu'à cent mille par an ». (Margry, Lettres de Cavelier de La Salle, Paris, Maisonneuve et Cie, 1870, p. 244); L.-A. Prud'homme, Le Bison, Revue Canadienne, 1006, pp. 229-250. ;
(1) Voir Baker (C. Alice), True Stories of New England Captives carried to Canada during the Old French and Indian War, 1807.
(2) « Il se rencontre des teintures de toutes sortes de couleurs dont les Sauvages se servent. Ils se servent (d’une petite racine de bois) pour teindre en couleur de feu qui a la couleur bien ‘vive. Pour les autres couleurs, ils se servent d'herbes, de pierres et de terre. Tout ce que je peux dire, c’est que leurs couleurs me semblent bien belles et bien vives; je leur ai vu du bleu semblable à notre azur, et je ne sais pas si ce n’en est point ». (P. Boucher, op. cit., ch. XV). « Le gaillet des teinturiers, galium tinctorum appelé Tisa voyanne rouge (Rubiacées) par les Français du Canada, abonde dans les bois autour de cet endroit, se plaisant dans un sol riche mais humide. Les Indiens se servent des racines de cette plante pour teindre en rouge les dards de porc-épic américain, qu'ils emploient dans plusieurs parties de leurs ouvrages, et il est rare que la couleur change, quoiqu'exposée à l'air, au soleil ou à l'eau. Les Français du Canada, pour teindre leurs vêtements en rouge, se servent aussi des racines de cette plante, qui sont petites comme celles du galium luteum, ou gaïllet jaune
ZNADO
annuelle de 200 livres (1). En 1707, la dame avait vingt métiers à Montréal; l’année suivante, elle en a soixante-treize. En 1725, le naufrage en mer du navire Le Chameau avec toute sa cargaison vint donner une nouvelle impulsion à l’industrie textile du pays (2). Bougainville nous apprend que sur la fin du régime on travaillait beaucoup en broderie dans les couvents des religieuses Ursulines à Québec et aux Trois-Rivières, et en « quantités d’ouvrages faits dans le goût des Sauvages et que l’on envoye comme s’ils les avaient faits » (3). L'exploitation des bois prend une ampleur que ne connaît pas l'industrie textile. Le Canada est une contrée couverte de cupulifères et de pins, essences éminemment propres à la confection de planches, mâts el merrains, de brai, de potasse et de goudron (4); le fleuve et ses affluents innombrables sont des voies de transport économiques et facilement accessibles (5). On ne saurait négliger tant de richesses.
(Kalm, II. 12). « Les femmes teignent la laine en jaune avec les graines du myrthe-bâtard appelé poivrier ici et qui se plaît dans les terrains humides » (id. II. 172). Voir encore le même, II. 121. « Chaque habitant élève ordinairement quelques moutons qui lui fournissent toute la laine dont il a besoin pour se vê- COM NA LI ET42);
(1) AC. B. 23. 85 (14 juin 1704), 20. 113 (30 juin 1707), 16 (juin 1708), 67 (6 juin 1708), Cri. A. G. 2. 58 (10 juin 1705), 154 (6 juin 1708), 1. 3 (10 juin 1704), 3. 5 (1705); AC. Crr. À. 22. 343 Lettre de Mme de Repentigny, 13 octobre 1705). Denonville signale au ministre, le 8 mai 1686, que les habitants des côtes de Beaupré font des toiles (AC. Cri. A. 8. 6). Revue Canadienne, 1805, p. 605.
(2) 14 mai 1726, AC. B. 40. 545. Un document du 26 septembre 1747 nous apprend qu'il n'y a point d’étoffes manufacturées dans le pays à -part celles que les habitants font pour eux-mêmes (AC. Cri. À. 00. 40). Voir encore AC. Crr. A. O1. 67 (1747). Dans le bas Poitou, les fabricants de grosses étoffes de la Gatine eurent beaucoup à souffrir de la perte du Canada. En effet, ils exportaient à la Nouvelle-France, par le port voisin de la Rochelle, leurs gros et solides tissus, très appréciés dans les contrées froides de l'Amérique du Nord. En échange, ces industriels recevaient des pelleteries qui, apprêtées à Niort, ont rendu la chamoiserie de cette ville justement célèbre (Cf. Thibeau, Histoire du Poitou; Basquet, Histoire de Niort). Voir ce que nous disons des écarlatines fabriquées à Montpellier à l’article « Marchandises de traite », chapitre des Fourrures.
(3) Bougainville, Mémoire sur l’état de la Nouvelle-France, 1757, 3 RAQ 42-70.
(4) Les bois au Canada, 22 BRH 270, 23. 222.
(5) Les cajeux à Québec en 1759, 0 BRH 356, 364; Les cajeux à l’Abord-à- Pleuffe, 28 BRH 344.
La Cour fait connaître ses vues à l’Intendant pour qu’il les communique aux colons. Un Mémoire expose les avantages qu’on attend de la mise en valeur des forêts, étudie le mode qu’il convient de donner à l'entreprise et promet le concours royal. La coupe des bois, observe le Conseil, peut former l’objet d’un commerce maritime considérable, capable d’occuper vingt à trente navires. Elle tirera l’homme de son inaction pendant l'hiver; elle augmentera l'aire de Pélevge et des emblavures; elle ouvrira la région qui sépare Lévis de lAcadie et de l'Ile Royale, faisant de tous les Français établis en Amérique du Nord un seul tenant compact et redoutable. A la Baie Saint-Paul, à Chicoutimi, dans les vallons du Richelieu, partout la France enverra des ouvriers entendus, — mateurs, charpentiers, faiseurs de douves, — qui enseigneront comment travailler les bois, pour qu’il y ait justes proportions et jamais de rebut dans les fournitures. M. de Tilly, lieutenant de vaisseau, sera commis à l’inspection des futaies, au choix des coupes et à la conservation des chênaies et des pinières. Il importe, en effet, que « les Canadiens se conservent pour les temps à venir les moyens de continuer ces fournitures de bois », et, pour cela, « il est nécessaire de régler les coupes qui s’en feront de façon que les bois se reproduisent comme en France ». L'envoi d’un maître-ès-forêts re signifie pas que l'Etat exploitera par régie directe; l’œuvre appartient aux particuliers. La marine ne se réserve pour son service que les chênes (1). Des moulins à scie hydraulique seraient avantageusement
(1) Sur la coupe des chênes, 2 o1 289 (20 mars 1740), et 301 261; Sur les moyens pour établir le commerce des bois du Canada propres pour les constructions, AM. B. 2. 24. 336 (1674); Bois de construction à l'Ile Royale, AM. B. t. 55. 104 (1721); Les Mémoires du sieur de La Potherie sur les bois du Canada, AM. B. 2. 160. 50, 67 (1702; Demande des députés de la colonie du Canada sur des chargements de bois, AM. B. 3. 111. 73 (1700); Hàvre: offre par M. Bégon de fournir des bois du Canada, AM. B. 3. 342. 118 (1731); On trouvera dans la sous-série D3 (AM. B.) des pièces relatives aux bois de construction du Caneda; Conservation des bois, AC. B. 78. 25 (24 mars 1745); Qualité des bois; recherche des bois, AC. B. ro1. 16 (15 juillet 1755); Que les bois de l’Acadie se sont trouvés bons et abondants, qu’il en faut continuer l'exploitation (Le ministre à Bégon, 15 février 1702, AC. B. 23. 8); Mémoire de M. de la Potherie au sujet des bois du Canada qu'il s'offre à fournir, AC. B. 23. 83 (6 mai 1702); Ordre du roi aux capitaines des vaisseaux du roi de prendre à leur bord des mâts et autres bois pour le compte des particuliers, AC. B. 27. 82 (1705); Mémoire du roi au sieur de Tilly, lieutenant de vaisseau, pour le service qu'il doit rendre au Canada au sujet de l’exploitation des bois de construction, AC. B. 47. 1197 (b juin 1724); Le Conseil de Marine à Vaudreuil et Robert, Qbservations sur l'ex-
établis, puisqu’une roue mécanique débite autant que « douze scies à bras, pour chacune desquelles il faut trois hommes ». En fait, des moulins surgissent de toutes parts: d’abord, c’est à
ploitation des bois que l'on propose de faire à la baie Saint-Paul et à la Malbaie, AC. B. 47. 1104 (6 juin 1724); Le ministre à Bégon: Ne croit pas que les “propositions du sieur Carrey pour la fourniture de merreins, bois tors et plançons puissent être acceptées sans modifications. Les prix sont convenables, mais on ne, peut lui donner le pouvoir de prendre ces bois sur les terres des habitants à un prix déterminé, Il pourrait en abuser pour ravager les terres contre le désir des habitants, AC. B. 48. 815 (29 mai 1725); Le ministre à Beauharnais et Dupuy: Il conviendrait que l’exploïtation des bois à la Baie Saint-Paul et à Chicoutimi se fit par contrat et non directement. L'endroit le plus avantageux semble être celui de la rivière Richelieu où l’on a coupé des mâts de 78 pieds de iong, de 22 pouces de diamètre à 17 pieds du gros bout et 15 au petit, AC. B. 40. 638 (14 mai 1726); Le ministre: Il faut veiller à la conservation des chênaies du lac Champlain et de la rivière Richelieu et réserver au roi les bois propres à la construction de ses vaisseaux, AC. B. 50. 423 (14 avril 1733); Le ministre à M. de Villebon (Acadie) : Le roi envoie une escouade de charpentiers pour couper des bois, frênes, ormes et autres qualités pour les arsenaux de Sa Majesté. Ils seront chargés dans une flûte qui sera envoyée plus tard, AC. B. 20. 130 (18 mars 1600); Mémoire de François Hazeur, marchand de Québec, touchant les bois que l'on peut tirer de la Malbaie pour le service du roi, AC.:Cri. A. 11. 130, 279 (1690); Prix des espars, chevrons, et « bordilles » (bordaïlles) au Canada, AC. Crr. A. 28. 318 (27 octobre 1708); Mâts, planches et madriers fabriqués dans le pays, AC. Crr. À. 34. 303 (12 novembre 1714); Bois de construction, 1b., 45. 184, 108, 205 (14 octobre 1723); Procès-verbal avec détails d’une visite de Louis Morguez, maitre charpentier des galères de Marseille, aux pinières des environs de la Malbaie, AC. Cri. A. 46. 205 (18 septembre 1724); Aux pinières de la Baie Saint-Paul et de l'Ile aux Coudres, 1b., 46. 297; Sur le bois de Gaspé et de la Baie des Chaleurs, 1b., 48. 243 (1726); Bois, fournitures du roi, 4b., 48. 243 (1729); Bois de construction, 1b., 48. 297 (21 octobre 1726); Exploitation des bois, 1bid., 49. 18 (20 octobre 1727); Hangards requis pour la conservation du bois scié et coupé. Bois de construction et de chauffage, 1b., 40. 274 (20 octobre 1727) ; Etat des bordages de chêne et de pin embarqués, AC. Crr. A. 53. 164 (10 octobre 1730); Coupe de bois et construction de vaisseaux, 4b., 58. 5 (1 octobre 1732); Feux dans les bois et moyens de les prévenir. 1bid., 60. 21 (1733): Exploitation des bois, 1b., 209 (1733); Dangers des couvertures en bardeaux, 1b., 61. 65 (1734); Bois, 1b., 62. 265 (1734), 64. 01 (1735), 66. 2 (7 octobre 1736), 73. 121 (1740); Mémoire pour servir d'instructions au sieur Corbin, maitre-charpentier, au sujet de la coupe des bois de construction, AC. Cir. A. 74. 285 (29 septembre 1740); .Boïs de construction; ouvriers charpentiers à Québec, 1b., 75. ?. 2 octobre 1741), 81. 427; L'emploi des bois de construction, 1b., 85. 375 (1746): Merrains, 1b., 02. 147 (1748) ;. Brevet nommant le sieur Le Vasseur inspecteur des bois et forêts au Canada. Mesures à prendre pour la conservation des bois et forêts, 1b., 08..8 (1752); Bois de construction, 1b., 98. 367; Mémoire concer-
la Malbaie (1), sur la seigneurie du Hésoant François Hazeur (1687), puis à la Baie Saint-Paul, sur le domaine des messieurs du séminaire de Québec; en 1739, on compte 70 moulins en activité de service (2). L’un d’eux, celui de M. de Ramrezay, fournit, chaque année à l’administration, pour les chantiers de France, huit mille pieds de bordages et quatre mille madriers (3).
Mais pourquoi le Canada « bien instruit de la manière de gabariter et façonner toutes les sortes de bois », n’aurait-il pas ses propres chantiers? Le lancement dans la colonie de vaisseaux de guerre pour le compte du roi semble à Colbert un exemple de nature à porter les colons à bâtir chez eux des flottes de commerce (24 mai 1699) (4): il envoie donc au Canada des personnes compétentes dans les constructions navales avec ordre de mettre en chantier deux vaisseaux armés en guerre. Quarante mille livres sont affectées à cet objet. Trois mille
nant la conservation du bois au Canada, 1b., 08. 445 (1752); Mémoire de Levasseur, cadet, sur les bois du Canada, 11 octobre 1740, Dépôt des fortifications des colonies, Canada, Mémoires généraux, 309; sur la confection des mâts, ou nature, AC. B. 16. 44 (12 mai 1601) et 45, 20. 9, 30 (1697), 20. 145 (8 avril 1699). 20. ? (27 mai 16090: Rapporter 113 mâts du Canada), 22. 4 (1700), 28 (17 mars 1700), 23. 2 (4 janvier 1702), AC. B. 23. 33 ($ avril 1702), 60 (6 mai 1702), 191 (4 juillet 1703), 46 (4 juin 1704), AC. Cri. A. 12. 262-265 (1603), 17. 76 (1600), 18. 02 (1700), 34. 303 (12 novémbre 1714), 40. 145 (14 novembre 1719), 41. 31 (7 janvier 1720), 42. 224 (21 octobre 1720), 47. 228 (10 juin 1725), 264 (31 octobre 1725), 47. 311 (21 avril 1725), 90. 509 (1752), 102. 118 (1727), AC. Crr. D. 6. 20 (1704) ; Faire préparer d'avance du bois et du goudron pour le retour des vaisseaux du roi, chaque année, AC. B. 41. 540 (10 juin 1710); Le sieur de Tilly et la direction de la coupe des mâts au Canada et la visite des bois de construction, AC. B. 47. 1081 (13 mars 1724), 1183 (6 juin 1724).
(x) AC. F3. 7. 107; Le chanoine Joseph Thierry vend la seigneurie de la Malbaie au Roi, 1 BRH 123; sur François Hazeur, voir 12 BRH 98; AC. Crr. A. II. 130, 270 (1600), 12. 86 (3 novembre 1692); Requête de F. Hazeur, marchand de Québec, et de Jean Grignon, marchand de La Rochelle, son associé, à MM. de Frontenac et de Champigny, exposant qu'ils ont depuis 6 ans établi à grands frais des moulins à scie à la Malbaie, et qu'ils feraient des pertes considérables si Sa Majesté ne leur venait en aide en mettant ses vaisseaux à leur disposition pour transporter leur bois en France. Ordonnance faisant droit à cette requête, AC. F3. 7. 107 (30 octobre 1692).
(2) Censuses of Canada, 1876, t. IV.
(3) Sur les scieries, voir AC..B. 7. 4 (0 avril 1676), 20. 10 (1 juin 1707), 45. 800, 859 (1722), 50. 528 (8 mai 1727); BRH II. 352, 12. 5, 24. 214; sur les fournitures de M. de Ramezay, AC. B. 47. 1126 (30 mai 1724).
(DENCAB Tr eS3; 1135:
autres seront distribuées à titre de primes entre les différents ordonnateurs de navires marchands. Alléchés par les allocations royales, les armateurs de partout, de Québec, de Bordeaux, de Rouen, commandent des vaisseaux. Une égale activité règne sur d’autres points du territoire. Dans les pays d’en haut, La Salle lance « Le Griffon » (1) et Cadillac des barques légères pour intercepter le commerce des Anglais. En Acadie, M. de Brouillan arme de 14 canons la frégate La Biche. A Louisbourg, on met à la mer chaque année de dix à douze bâtiments neufs. L'industrie est florissante; le roi cherche à l’accroître encore. Il augmente de soixante charpentiers le personnel existant déjà sur les lieux, met à leur tête l'ingénieur René-Nicolas Levasseur (1739), homme d’expérience, ouvre un chantier nouveau au Cul-du-Sac (1745-1747), près de Québec, et donne ordre de bâtir pour sa marine des flutes du port de cinq cents tonneaux et armés de soixarte-douze canons, qu’il décore de noms du pays: Canada, Caribou, Castor, Saint-Laurent, Orignal, Algonquin, Sauvage, Outarde, Abénaquis, Québec...
Par malheur les résultats ne rencontrent pas les espérances. Les matériaux employés à la charpente des grosses frégates se trouvent être de mauvaise qualité. Il faudrait couper le bois sur les hauteurs, où le froid et l’air rendent les arbres plus durs en resserrant leurs fibres; on les prend constamment dans les marais et sur le bord des rivières, où l’humidité leur donne un tissu gras et lâche. Au lieu de les transporter dans des barques, on les fait flotter en « trains » ou « cajeux » jusqu’à l’endroit de leur destination, où ils sont oubliés et laissés dans l’eau: ils contractent une moisissure, une espèce de mousse qui les échauffe. Il faudrait les recevoir à terre sous des hangards; ils restent exposés au soleil de l'été, aux neiges de l'hiver, aux pluies du printemps et de l’automne. De là, trainés dans les chantiers, ils y essuient encore pendant deux ou trois ans l’inclémence de toutes les saisons. Pour toutes ces raisons, il arrive un ordre de France en 1750 défendant de mettre en chantier des vaisseaux de guerre, permettant néanmoins de finir ceux qui y étaient déjà (2).
(1) Voir une vignette représentant Le Griffon dans K. Coman, Industrial History of the United States, 1005, p. 21.
(2) Kalm, IT. 145. L'auteur ajoute: « On a trouvé, paraît-il, que le chène d'Amérique ne vaut pas celui d'Europe pour la construction des navires. Cet arbre est assez rare près de Québec, et lorsqu'il y croît, il est si petit qu'il ne
On ne se contente pas d’utiliser le bois comme tel, on en vient à en extraire de la forêt divers sous-produits. C’est même une nécessité, dès les débuts. Lescarbot rapporte que ses compagnons et lui furent arrêtés dans la « charpenterie d’une barque, à Port-Royal, parce qu’on n’avait point de « bray pour calfester » le bâtiment. « Cela [qui étoit la chose principale] avoit été oublié au départ de la Rochelle Que fit-on, « En ceste necessité importante, ledit sieur de Poutrincourt s’avisa de recueillir par les bois quantité de gommes de sapins. Ce qu’il fit avec beaucoup de travail, v allant lui-même avec un garçon ou deux le plus souvent: si bien qu’en fin il [en] eut quelques cent livres. Or aprés ces fatigues ce ne fut encore tout. Car il falloit fondre et purifier, cela, qui étoit un point nécessaire, et inconnu à notre Maitre de marine, Champ-doré, et à ses matelots, d'autant que le bray
peut servir. Aussi, fait-on venir le chêne des régions du Canada qui avoisinent la Nouvelle-Angleterre. Mais tous Îes chênes de l'Amérique septentrionale ont la propriété de durer plus longtemps et de résister mieux à la pourriture, à mesure qu'ils croissent plus au nord et vice versa. Le bois de construction qui vient des confins de la Nouvelle-Angleterre est apporté en trains flottants ou radeaux par les rivières qui se jettent dans la grande rivière Saint-Laurent, près du lac Saint-Pierre. Une partie du chêne employé vient aussi du pays situé entre Montréal et le fort Saint-Frédéric ou fort Champlain, mais il n’est pas aussi estimé que le premier, sans compter qu'il faut le faire descendre d’une distance plus considérable ». (Zbid.). Lescarbot rapporte que Pontgravé fit construire une barque, la première construite au pays, selon toute vraisemblance (Lescarbot, I. 490). Sur le dessein de bâtir des vaisseaux au Canada; establissement de marine au Canada AMP PB 2150, 107, 188 (T660) AM B T22055 (1717) 655.0250 (x721) ; AC. B. 1. 133 (16 mai 1660), 3. 22 (mars 1671), 16. 03 (28 mars 1692), 27. 38 (17 juin 1706), 20. 95 (30 juin 1707), 48. 875 (5 juin 1725), 50. 500 (29 avril 1727), 512 (20 avril 1727), 515 (8 mai 1727), 569 (4 février 1727), 52. 481 (11 mai 1728), 55. 487 (17 avril 1731), 501 (27 avril 1731), 562 (10 juillet 1731), 57. 632 (8 avril 1732), 50. 470 (12 mai 1733), 61. 537 (27 avril 1734), 63. 462 (11 avril 1735), 524, 578 (5 avril 1735), 528 (19 avril 1735), 65. 51 (3 mai 1737), 67. 13 (24 février 1738), 68. 22 (11 juin 1739), 34 (1° mai 1730), 74. 5 (12 juin 1741), 50 (17 avril 1741), 75. 88 (31 mai 1745), 76. 5 (12 juin 1745), 78. 25 (24 mars 1745), Sr. 54 (5 mai 1745), 85. 23 (13 mars 1745), 91. 22 (15 avril 1750), 101. 16 (15 juillet 1755); AC. Cri. À. 48. 90 (30 octobre 1726), 50. 247, 428 (1728), 51. 276 313, 355. 343 (1743), 80. 90, 317 (1743), 81. 12, 202, 217, 214 (1744), 82. 3, 87, 300, 83. 262 (1745), 85. 4, 54, 86. 253 (1746), 87. 122, 169, 90. 3, 18, 91. 269, 02. 79 (1747), 106, 140, 284, 308 (1748), 03. 267, 05. 23, 87, 06. 24, 07. 225 (1751), 98. 102 (1740), 75. 323, 76. 284, 202, 77. 54 (1741), 355, 78. 166 (1742), 70. 270, 300, 65. 55 (1736), 68. 28 (1737), 72. 239 (1739), 73. 68 (1740), 121 (1741), 73. 331, 74. (25 octobre 1729), 53. 181 (1730), 54. 106 (1731), SOMIO CC N720) 50 A 731); 87. 166, 58. 5 (1732), 50. 163, 60. 65 (1733), 61. 65, 107 (1734), 63. 74, 128 (1735),
que nous avons vient de Norvège, Suède et Dantzig. Néantmoins ledit sieur de Poutrincourt inventa le moyen de tirer la quinte essence de ces gommes et écorces de sapins: et fit faire quantité de briques, desquelles il façonna un fourneau tout à jour, dans lequel il mit un alambic fait de plusieurs chaudrons enchassez l’un dans l’autre, lequel il emplissait de ces gommes et écorces: puis étant bien couvert on mettait le feu tout à l’entour, par la violance duquel se fondait la gomme enclose dans ledit alembic, et tombait par embas dans un bassin. Mais il ne falloit pas dormir à l’entour, d’autant que le feu se prenant à la matière tout étoit perdu. Cela étoit admirable pour un personnage qui n’en avoit jamais veu faire: dont les Sauvages étonnés disoient en mots empruntez des Basques, Endia chavé Normandia, c’est-à-dire que les Normands sçavent beaucoup de choses. Ce remède nous vint bien appoint car ceux qui nous vindrent querir étoient tombez en même faute que nous » (1). Mais ces industries complémentaires du bois prennent du temps à s’établir d’une façon permanent dans la vallée du Saint-Laurent. Ce n’est pas que l’Intendance refuse son attention et des subsides aux initiatives qui se manifestent dans ce domaine. Au bénévole « faseur de goudron » Arnolf Allix (1671), elle accorde le nombre d’ouvriers qu’il demande, et l’em-
250 (1752), 100. 146 (1755), 101. 121 (1756), 101. 318, 102. 110 (1757), 104. 53 (ISO) AC CD 5 as avrilir04) D 62010704) A CE C7), 0. 208 (1711); Deux plans du cul-de-sac de la ville de Québec par l'ingénieur Chaussegros de Léry, 1° octobre 1744, Dépôt des fortifications des colonies, Canada, Mémoires généraux, 422-423; Plan du chantier de construction des vaisseaux à Québec et d’une partie de la rivière Saint-Charles, par M: le Ch. Lemercier, sans date, 1bid., 453); « Le sieur de La Salle a fait Hâtir au fort Frontenac des barques pontées », Margery, Lettres de Cavelier de La Salle, Paris, Maisonneuve, 1871, pp. 11, 15 , 31. Il commence une barque de 40 tonneaux au fort nommé Crèvecœur, pp. 32, 50, 51, 73, il fait la perte d’une barque, p. 67, naufrage du Griffon, vers le 20 de septembre 1670, « bastiment de cinquante tonneaux », p. 76; François Plet, de Paris, construit barque à Frontenac, 31 ortobre 1680, ibid., p. 110; Salome, 203, 330, 388; Raynal, VII, 270-280; BRH 2. 133, 8. 309, 9. 134, 224, 10. 179, 184, 185, 21. 337 23. 315, 27. 184, 186; P.-G. Roy, Les Petites Choses de notre Histoire, Québec, 1923, 5° série, pp. 175-178; 1 EO 377, art. 20.
(1) Lescarbot, I. 58r et III. 022. Ce qui étonne les Sauvages c’est le procédé et non pas le résultat, car « afin que l’eau n'entre point dedans (leurs canots), ils enduisent les coutures (qui joignent lesdites écorces ensemble, lesquelles ilz font de racines) avec de la gomme de sapins » (/d., III. 863): P. Bouchier, ch. IV.
placement favorable à ses projets. De même elle comble de privilèges Collinet et Nicolas Follin, qui prétendent connaître le secret de faire les savons mous de Hollande et la potasse moscovite, potasse qui « blanchit mieux et use moins le linge que les soudes d’Alicante ». Talon leur remet tous les ateliers requis, leur avance des fonds suffisants pour opérer pendant un an. Il se promet que cette utilisation des sous-produits des forêts mettra les colons, les gens de peine, à même de réaliser un gain appréciable, soit en coupant, soit en réduisant en cendres les bois nécessaires. Certains de rentrer immédiate- : ment dans leurs frais, les paysans se hâtèrent de défricher leurs terres. On évalue à quarante francs le coût du déboisement d’un arpent de terre; or chaque arpent d’abattis rendra de vingt à vingtquatre barriques de cendres qui, remises au magasin de potasse, seront payées à raison de quarante sous la barrique. Mais la suite ne répond pas aux promesses. Follin n’a pas la compétence dont il se targuait. C’est alors que le gouvernement fait distribuer parmi les habitants un certain nombre de copies des mémoires qui sont composées à leur intention par MM. Mithon et d’Erchigny. Il envoie un expert goudronnier, M. de Chevigny, lequel s'établit à la baïe Saint- Paul et produit, en 1733, dix mille livres de brai sec et de résine. « Afin de pousser à la production, et sur l’avis de Bégon, le roi s’est fait acheteur de goudron, de brai et de résine. Il fait même des avances aux constructeurs de fourneaux. Tous ces efforts sont couronnés de succès. Les fourneaux se multiplient. On en signale à la baie Saint- Paul, à Kamouraska, à la rivière Ouelle, à Sorel, à Dautré, à l'ile Sainte-Thérèse, bref dans toutes les parties de la colonie » (1).
(1) Salone, p. 385. Voir sur la fabrication du brai, de la résine, du goudron, de la térébenthine, de la potasse et des savons: AC. B. 5. 25 et 20 (13 juin 1673, 2. 70 (1670), 23. 04 (4 mai 1702), 29. 16 (6 juin 1708 et 5 mai 1700), 40. ? (6 juillet 1718), 41. 549 (10 juin 1719), 59. 463 (12 mai 1733); AC. Cir. À. 3. 77 (9 novembre 167 ), 4. 32 (1673), 6. 474, 30. 271 (1700), 43. 34 (1721), 49. 303 (20 octobre 1727), 50. 247 (15 octobre 1728), 49. 274 (20 octobre 1727), 51. 240, 276, 315, 320 (1720), 53. 113, 162, 219 (1730), 55. 88 (1731), 58. 5, 71 (1732), 50. 67 (1733), 60, 21, 219 (733), 62. 265 (1734), 53. 220 (Rôle des sergents et soldats qui ont été à la goudronnerie du roi en 1729), 65. 88 (1721), 70. 19 (1738), 71. 243 (1730), 77. 344 (1741), 85. 54 (1746), 02. 147 (1748), 64. 01 (1735), 68. ,31 (1737), 70. 19.(1738), 71. 243 (1730), 73. 162, 74. 320 (1741), 83. 270 (1745), 85. 54 (1746) ; Jugements et Délibérations du Conseil souverain, t. T, p. 664 (Concession faite à N. Follin);: Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, pp. 83- 84; Salone, 203, 248, 384-385; AC. F3. 2. 305 (1670); BRH IO. 224, 277, II. 21,