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II. — LE CLIMAT

L’étendue sur laquelle nous venons de jeter un coup d’œil couvre une superficie immense, égale à trois fois la France et les Iles britanniques réunies; mais cette immensité ne doit pas faire illusion: il y a de vastes surfaces gelées, de sorte que la partie utilisable est bien moindre. Quoique placé dans la zone tempérée, le Canada ne jouit pas d’un climat aussi doux que celui des Etats de l'Europe qui sont sous les mêmes parallèles. II supporte des hivers plus longs et plus froids. Ceux qui n’attribuent cette singularité qu’aux bois, aux sources, aux montagnes, dont ce pays est couvert, n’ont pas tout considéré. D’autres observateurs ajoutent à ces causes du froid, l’élévation du terrain, un ciel tout aérien, et rarement chargé de vapeurs, la direction des vents qui viennent du nord au midi, par des mers toujours frigides.

La succession de saisons tranchées, également rigoureuses, conditionne le mode de vie: l'hiver qui glace les rivières et couvre le sol d'un manteau de neige dure, est l’époque de la circulation par terre, alors que le tapis végétal est endormi sous les frimas; la débâcle, au printemps, donne le signal d’une activité nouvelle: les marchandises accumulées en dépôts dans les criques des rivières descendent en bateau vers les confluents; au printemps seulement, les vaisseaux de France peuvent monter jusqu’à Québec, cependant que les paysans

(1) Nous avons emprunté les trois derniers paragraphes à l'ouvrage de MM. Capitan et Lorin, Le Travail en Amérique, pp. 176-177: — Champlain (éd. 1830), Ï. 177, 248, 181-187, 104-197, IIL. 223 et s.: Sagard, 59 et s.; Cartier, 155: Champlain (1922), IL. 150, IV. 42-43, 73, 74: Sagard, 115-117; Cartier, 205-200:

accomplissent, avec une rapidité ‘inconnue outremer, le cycle complet des façons agricoles. Ainsi, tant qu’il n’aura pas corrigé la nature en créant des voies de communication artificielles et fondant des industries indépendantes de la marche des saisons, l'homme sera contraint, ou de demeurer pendant des mois enfermé dans ses habitations, où d'employer les mois d'hiver à lPexploitation extensive de Ja forêt, au métier de coureur de bois (1).

Par la rigueur singulière d’un froid long et violent, la température canadienne ne perd, toutefois, rien de la salubrité: « on y est peu souvent malade et on y vit toujours très longuement » (2). Sans doute, les froidures exercent une influence marquée sur le cours du travail, en modifiant les occupations du dehors et en fermant la navigation fluviale, Mais la neige crée des emplois, si elle en supprime. Elle prime le vigoureux et gèle à mort l'être débile. Les frimas élèvent une barrière au flux des races molles. Le Canada ne connaît pas, comme les Etats-Unis, de zone noire et de question nègre. Un ciel boréal comme celui de la Nouvelle-France, âpre pendant de longs mois, enseigne la prévoyance; il guérit ou élimine Ie prodigue ct le vagabond; et lhistoire démontre qu’à la longue il fait les races fortes (3).

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