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AVANT-PROPOS

L'objet, l'esprit, les sources et la division de cette thèse

Toutes les colonies n’ont pas eu une même origine,

Les premières durent vraisemblablement leur naissance à l’inquiétude de quelques hordes barbares qui, après avoir longtemps erré dans les contrées désertes, se fixèrent enfin, par lassitude, dans un pays où elles formèrent une nation. D’autres peuples, chassés de leur territoire par un ennemi puissant ou attirés par quelque hasard dans un sol préférable à celui de leurs pères se transplantèrent sous un nouveau ciel et y partagèrent les terres avec les aborigènes. L’excès de la population, l'horreur pour ia tyrannie, les factions, des évolutions déterminèrent des citoyens à quitter leur patrie, pour aller bâtir ailleurs de. nouvelles cités. L'esprit de conquête fit établir une partie des soldats vainqueurs dans des Etats subjugués, pour s’en assurer la souveraineté. Toutes ces migrations dérivaient plutôt du plan politique. Les relais même que fondèrent Tyr, Carthage, Marseille, républiques commerçantes, n'étaient que des retraites nécessaires sur des côtes barbares, et des entrepôts, où les vaisseaux, partis de différents ports et fatigués d’un long périple, faisaient réciproquement leurs échanges (1).

La découverte de l'Amérique donna, par contre, lieu à une espèce d'établissement né de besoins économiques. À la question de savoir qui révéla les « terres-neufves », la chronique répond: le pêcheur de « moluës ». À celle de savoir quel influx mystérieux attira dans Pintérieur du continent nord-américain l’homme civilisé et ly établit à

* (x) À consulter sur le caractère des colonies de l'Antiquité, Thomas Raynal: Hist. philosophique et pol. des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Amsterdam 1770, T. 5 de l'édition parue en 10 vol. à Genève en 1783 chez Les Librairies Associées; Octave Narël: Histoire du commerce du Monde (Paris, Plon, 1804, 3 vol.), T. I, pp. XVITI-XIX et p. 45.

DS

demeure, l’histoire témoigne que ce fut bien plutôt l'illusion de trouver, à travers les « eldorados » et les « pampas », une voie vers « le pays des épices », que le dessein prémédité d’y asseoir des colonies de peuplement. Avant que de penser à mettre en valeur le sol nouveau, Champlain poursuivit, de vague en vague, le mirage de l'Orient: Panama, au bras musclé de montagnes, brima le conquistador sans l’arracher à son rêve, Prenant alors plus de patience et plus de précautions, afin d’avoir plus de certitude dans l’événement, il se préoccupa de fonder une base d’opérations d’où il comptait s’élancer derechef en avant comme d’un tremplin et atteindre, à la faveur d’un réseau commode de lacs et de rivières, « Cipangu », objet de ses convoitises: du désir d’ouvrir au commerce des débouchés naquit Québec (1608).

Persuadé qu’il ne réussirait dans sa tâche qu'avec le concours des indigènes, maîtres des voies de communication, notre gentilhomme s’efforça de gagner leur amitié en liant avec eux des relations d'échange: il donna une vive impulsion à leur principale industrie, celle des fourrures. Il en résulta entre les deux races diverses juxtaposées une interdépendance économique, une solidarité sociale qui se perpétua, en se renforçant, pendant tout le régime français.

La pénétration faite en cette forme pacifique réclama des années. Entre temps, il fallut organiser la contrée conquise sur linconnu. Le mercantilisme, ou mieux le Pacte colonial, régnant, marqua la constitution à son coin: il fut de règle pour la colonie de ne consommer que les marchandises finies que lui fournirait la métropole, de ne vendre qu’à la métropole les productions de ses domaines. En formulant cette double obligation la monarchie française entendait user de représailles contre les Cours espagnoles, anglaises et bataves, qui tenaient fermés aux flottes de la France leurs établissements des Deux- Indes.

Il n’est donc pas téméraire de conclure que ce sont bien des mobiles économiques qui déterminèrent, au premier chef, la genèse du Canada et qui présidèrent à son évolution (1). Dans les cas exceptionnels, comme celui de la Société de Notre-Dame, où le mobile avoué

(1) Contra, voir Prince de Beauvau-Craon, La Survivance française au Canada, Paris, Emile-Paul, 1914, pp. 219-220: « L'intention de la France au XVII° siècle (à l'égard du Canada) fut uniquement religieuse » et M. G. Vatier, Essai sur la Mentalité canadienne-française, Paris, Champion, 1928, p. 17, et id., Esquisse de la Colonisation de la Province de Québec (1608-1925), Paris, Champion, 1928, p. 26.

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