II. — L'HOMME BLANC
A. — Technologie (2)
C’est au moment où se fermait en Europe l’ère du moyen-âge que la race blanche développa de jeunes pousses en Amérique. Ainsi la chute de Troie aurait naguère marqué la naissance de Lavinium. Et non moins pieusement qu'Enée sortit d’Ilion chargé du poids sacré d’Anchise, oneralus pondera sacra, dit Ovide, les pères de Québec transplantèrent avec eux en terre d'adoption les mœurs et les coutumes de leur pays d’origine (3). Aussi ne saurait-on bien comprendre la marche qu’ont suivie les institutions économiques au Canada, si l'on ne connaît au moins superficiellement le régime de production qui, à l’époque des découvertes maritimes, fleurissait en France.
Si l’anarchie entretenait les peuples de l'Amérique septentrionale dans la misère d’une vie errante, son antidote, la féodalité, tendait en Europe, par un excès contraire, à figer les énergies personnelles dans des cadres fixes et rigides. L’ordre aussi bien que le chaos risquait d'aboutir, — ironie des choses! — à des résultats identiques, à savoir à la stagnation, quoique à des niveaux différents, de toute vie productive. La structure seigneuriale pourra bien retrouver au Canada, en face d’un équilibre instable, voisin de la mobilité dés inva-
(1) Sagard, op. cit; Birket-Smith (Kaj.) À geographical study of the early history of the Algonquin Indians (Internationales Arch. für Etnographie, vol. XXIV, IOI8, pp. 174-222. — Blair (E.-M.), The Indian Tribes of the Upper Mississippi and Region of the Great Lakes, Bibliographies, notes, index, 2 vol. Cleveland, Clark, 1011; 412 pp. — Sur le désir des Sauvages d’entrainer les blancs dars leurs guerres et de faire commerce avec eux, V. Champlain (1922), I. 206, (1830), I. 179; Lescarbot, I. 228, 552 et III. 628.
(2) Voir Noel, op. cit. IT, liv. I et IT; Pigeonneau (H.), Histoire du commerce de la France, 2 vol. Paris, Cerf, 1880, II, 1-20. — Baudrillard (H.), J. Bodin et son temps. — Semple, op. cit., ch. I, 1-19. — Ed. P. Cheyney, Européen Background of American History, 1300-1600, N.-Y Harper, TO0A Margry (P.), Les navigations françaises et la révolution maritime du XIV* siècle
(3) Kalm, I. 107.
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sions barbares qui avait été sa raison d’être, un renouveau de jeunesse et pousser de nouvelles fleurs, mais dans son officine elle était condamnée à mourir et déjà l’on pressentait son déclin.
Néanmoins elle marquait encore tout de son empreinte, industrie, commerce, crédit, aussi bien que la constitution de la famille, celle de la propriété et celle de l'Etat. La France, où le servage n’était plus qu'une exception, était encore un pays de grande culture. La propriété roturière, c’est-à-dire la petite propriété et une faible partie de la moyenne (nous entendons par petite propriété celle qui ne dépasse pas 6 hectares, par propriété moyenne celle qui a plus de 6 hectares et moins de 50) occupait à peine un quart du sol, les trois autres quarts appartenant au roi, au clergé et à la noblesse.
La grande industrie, au contraire, n’existait pas. Dans la plupart
des villes, les métiers étaient constitués en corporations, exerçant un monopole dans les limites de la commune. Les patrons qui se succédaient de père en fils, formaient une sorte d’aristocratie fermée; car le nombre des maîtres était le plus souvent limité, et le privilège dont jouissaient leurs fils et leurs gendres, les obstacles de toute espèce semés sur la route qui conduisait à la maïtrise, en interdisaient l’accès aux simples ouvriers qui n’appartenaient pas aux familles privilégiées. Chaque maître travaillait lui-même avec un petit nombre d’apprentis et de compagnons, suivant les règles minutieusement détaillées par les statuts de la corporation. C’était l’atelier, ce n’était pas encore la manufacture.
Les institutions de crédit répondaient à l’activité médiocre de la circulation et à la situation modeste de la richesse mobilière. Dans toutes les villes commerçantes, des changeurs, qui se livraient en même temps aux opérations de banque, et dont le ministère était rendu indispensable par la multiplicité des monnaies, par les perpétuelles variations du poids, du titre et de la valeur légale; l'intérêt commercial à 12 ou 14 %; l'intérêt du prêt sur gages à 35 ou 40 %; 800 à 850 millions de numéraire circulant en Europe, tel était l’état du crédit au commencement du XVI° siècle,
Cet édifice économique, qui conservait encore son ordonnance toute féodale, était cependant fort ébranlé avant que les Basques et les Malouins eussent déchiré le voile qui couvrait les approches du Saint-Laurent. Dans toute l’Europe, les mœurs s’adoucissaient, les coutumes internationales prenaient un caractère plus stable; la formation des grands Etats, en améliorant la police et en faisant tomber une
partie des barrières intérieures, favorisaient les échanges: le rôle du commerçant grandissait. La prise même de Constantinople (1453), ne put entraver longtemps ses transactions avec le Levant et avec la mer Noire. Au contraire elle stimula la curiosité et l'esprit d'aventure des nations de l’Europe et les engagea à s’affranchir de l'intervention pénible ct onéreuse des sectateurs du Prophète en recherchant une route nouvelle vers les Indes que des traditions lointaines semblaient leur révéler et dont la découverte transformerait assurément les relations internationales et l’existence même du vieux continent.
La découverte de la boussole ou l’application d’une force naturelle à la direction des navires devait bientôt satisfaire à ces aspirations nouvelles nées des événements et ouvrir à la science et aux ardeurs du prosélytisme chrétien vaincu dans sa lutte contre l’Islam un horizon désormais illimité. Le commerce, demeuré plus de cinquante siècles en possession des mêmes routes et des mêmes marchés, voit alors s'ouvrir devant lui des horizons inconnus et, en modifiant son allure et ses procédés, il allait faire avancer le monde à pas de géants dans la voie de la civilisation. Il était prêt pour l’exploitation de ces terres nouvelles que les découvertes maritimes lui révélaient. La Méditerranée cesse d’être la grande route du trafic avec les Indes; la vie commerciale se reporte vers l’occident: les ports de l’Atlantique, Séville, Lisbonne, Anvers et plus tard La Rochelle, Saint-Malo, Dieppe, Bristol, Londres, Amsterdam héritent de la-prépondérance maritime de Venise, de Gênes et de Lubeck. En même temps qu’il se développe, le commerce change de caractère, il n’allait chrcher au loin qu’un petit nombre de produits de luxe presque tous manufacturés, comme les soieries, ou des dentelles précieuses, comme les épices. La découverte de l'Amérique, de l'Afrique et des contrées de l’'Extrème-Orient lui révéla des produits nouveaux, les bois de teinture et d’ébénisterie, l’indigo, le tabac, le café et lui permit de se procurer, à moins de frais, des marchandises jusqu'alors réservées à la consommation de luxe, le coton, les soies, le sucre, le poivre qui entrèrent dans la consommation courante. Chacun veut s'assurer une part de ces richesses; le commerce devient partout comme il lavait été autrefois à Gênes et à Venise, colonisateur et conquérant. Dès lors, les réSsources des particuliers ne suffisent plus, c’est l'Etat ou les compagnies privilégiées qui vont se substituer à l'initiative privée.
L'industrie voit à son tour des débouchés nouveaux devant elle; elle peut se procurer, en abondance et à bas prix, des matières pre-
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mières, le coton, la soie, les bois précieux, les teintures que se réservaient jusque-là les républiques d'Italie, intermédiaires du commerce entre les Indes et l’Europe. En France, en Allemagne, dans les Pays- Bas, en Espagne, elle étend sa fabrication, elle essaie de s’affranchir du monopole italien; mais en même temps elle réclame l’appui des gouvernements contre la concurrence étrangère; c’est au XVI° siècle, et en faveur des industries nouvelles, que s’est organisé le système dont les timides essais n'avaient été jusqu'alors que des faits isolés et sans portée. Les prohibitions, les droits protecteurs, le pacte colonial, le monopole commercial de l'Etat, tout le système qu’essaieront d'appliquer le XVII° et le XVIII° siècle sont déjà en germe dans la pensée du XVI,
B. — Téléologie (1)
Les nouveaux venus au Canada pratiquent la propriété individuelle et le contrat d'échange, ils sont instruits dans les arts et métiers, ils arrivent pourvus d'outils, de semences, voire de vêtements et de provisions, pour subsister jusqu’à la première récolte. Grâce à l'apport de leur technologie, le Nouveau-Monde, jusque là stationnaire, va entrer résolument dans la voie du progrès. Toutefois, la révolution sociale et économique ne s’accomplira pas en un jour. Selon le mot de Choiïiseul, les immigrants ont à naître de nouveau sur le sol d'Amérique. La nature vierge, la pénurie des capitaux, les replacent dans les conditions primitives de l’humanité, au bas de l’échelle sociale, Le « milieu » recule l’aiguille du progrès et la remet à la première heure. Mais sa nouvelle révolution au cadran de l’histoire s’accomplit, en raison de l’expérience acquise, à une allure vertigineuse. Elle sonne coup sur coup les divers stades de l’évolution économique, et marque bientôt l’âge adulte de la nation.
L’aiguille ne s’avance guère d’un pas égal. Des influences diverses retardent ou favorisent tour à tour sa marche. Des forces psychiques, qui se présentent combinées et nuancées de toutes les manières possibles, l’une n’étant jamais complètement dépourvue de quelques traces de l’autre, agissent simultanément et en sens opposé: l’impulsion
(1) Cp. Georges Goyau, Les Origines religieuses du Canada, Paris, 1924, préface; — Fuller (G. N.), Economics and Social Beginnings of Michigan, 1916, p. v.
vers ce qui n’a ni face ni nom: l'inconnu, et l'impulsion vers la sociabilité. J’ai nommé la puissance morale, la puissance politique, la puis: sance économique, où pour employer d’autres termes, les trois plans humains: l’Eglise, l'Etat et le Peuple. C’est avec ces éléments qu’on peut expliquer Pâme, le caractère, l’atmosphère de la nation canadienne à ses débuts, c’est d’eux qu’on peut déduire sa manière d'agir, de voir, sa volonté et son imagination, ses sentiments enfin sous tous ses aspects et comprendre ses institutions, comme des faits nécessaires se produisant et disparaissant successivement suivant une série régulière.
Que le pays se cultive (1), qu’à la faveur de ses richesses naturelles l'étranger s’y perpétue, que le Canada devienne un prolongation de la France: de cette destinée, les marchands n’ont cure, qui obtiennent, dans le principe, le monopole du commerce. Avant tout, leur étude est d’avoir en quelques points choisis de ces terres lointaines, un certain nombre d’agents qui soient de bons interprètes et de bons courtiers, leur appétit de « profiter » avec le sentiment de l'insécurité du lendemain, de « profiter » sur l’heure, sans attendre on ne sait quelles maturités de l’avenir, profiter comme on respire, à pleins poumons.
Et quand le roi a réussi à transporter des laboureurs, ceux-ci, en mal d’imprévu, désertent habituellement les centres de colonisation, pour aller vivre la vie nomade, aventureuse et insouciante du coureur de savanes. À rôder dans les solitudes, allant où va le flot, ils apprennent quei ciel au loin brodent les étoiles, ils entendent la troublante symphonie des nuits magiques au désert, ils ont le frisson du merveilleux, quelques-uns font d’un coup des gains colossaux, mais leurs excursions menacent de devenir une source d’affaiblissement pour la colonie.
La mystique (2) agit, parallèlement à l’esprit mercantile, comme une force centrifuge qui éloigne chaque jour davantage le Canada entier du point qui est naturellement son ombilic: Québec. Plus encore que l’entreprise commerciale, écrit G. Bancroft, l’éminent D'Ée torien des Etats-Unis, la religion porta la France au cœur du conti-
(1) Sagard: « pour crainte, disent-ils, que les Espagnols ne les en missent g :
dehors >». (p. 58). #4 ; Ci MAC AP Lucas, À Historical Geography of the British Colonies, vol.
5 (Canada) pp. 84-80.
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nent américain, où elle s’épuisa (1). Ayant entendu la parole du : Maître: « Enseignez toutes les nations », les missionnaires se sentent poussés plus loin, toujours plus loin (2), vers le sud dans les régions chaudes des lianes, ou vers le nord, sous les froids conifères, pour y trouver de nouveaux peuples où la lumière de la foi n’a jamais encore pénétré (3). Ils ont pour maxime ces mots de messire Jean- Jacques Olier, curé de Saint-Sulpice de Paris: « Le salut des infidèles est bien supérieur aux œuvres temporelles les plus pressantes, étant en soi une œuvre spirituelle d’un mérite plus grand ». Pour ce salut des infidèles et ce mérite ils se dispersent à travers l’inconnu; ils s'opposent à la colonisation huguenote et dénoncent le commerce des protestants; à leur école enfin se forment nombre de coureurs de bois. À l’expiration de leur contrat triennal de service, les « compagnons » laïques des « robes noires » reprennent leur liberté d’action pour s’attacher aux Sauvages et se livrer à un commerce clandestin des pelleteries. C’est ainsi que Nicolas Perrot, Charles Le Moyne, Jean Nicolet, et d’autres encore ont suivi les Jésuites (4).
(1) Bancroft, Histoire des Etats-Unis, traduction Gatti de Gamond, IV, p. 131. Paris, Didot, 1862; — Dans je même sens, l'abbé Lionel Groulx, Discours sur l’histoire du Canada rapporté dans Le Devoir du 26 nov. 1925, p. 2: « la pénétration française au cœur du continent fut tout autant une avance de l’apostolat catholique qu'une pénétration commerciale. >» — Cependant voir B. Suite: « Mr Thwaites properly observes that « it is not true, as Bancroîft avers, that the Jesuit was ever the pioneer of New France; we now know that in this land, as elsewhere in all ages, the trader nearly always preceded the priest. But the trader was not a letter-writer or a diarist; hence we owe our intimate knowledge of New France, particularly in the seventeenth century chiefly to the wandering missionaries af the Society of Jesus. » (Note sur les « Relations des Jésuites », publiées par Thwaïtes, The American Historical Review, II, n° 3, avril 1807, pp. 522-523).
(2) V. Marie de l'Incarnation, Lettres, I. 84-85: « C’est une chose ravissante de voir tous nos révérends Pères prodiguer leur vie pour attirer tous ces peuples au troupeau de Jésus-Christ. C’est à qui tra aux lieux les plus éloignés et les plus dangereux, et où il n'y a aucun secours humaïn. Les souhaits qu’on fait ici les uns pour les autres sont: Allez, nous sommes ravis que vous alliez dans un lieu d’abondement. O plaise à Dieu qu'on vous fende la tête d’une hache! Ils répondent : Ce n'est pas assez; il faut être écorché et brûlé, et souffrir touf ce que la férocité des plus barbares peut inventer de cruel. Si cela arrive, leur dit-on, nous en chanterons le Te Deum.… Voilà. des sentiments d’apôtre. » |
(3) Georges Goyau, op. cit., p. 202.
(4) V. R. P. Taiïlhan, note dans Perrot, Mœurs des Sauvages, DD:257 207 et Séraphin Marion, Les Relations, etc., ch. 7, p. 154.
Cependant l’apostolat n’est pas-sans avoir acquis des droits à la reconnaissance et à l’estime de la patrie. L’idée de mission aide la Nouvelle-France à devenir populaire en Europe; la ferveur éveille la curiosité. Agents d’une propagande méthodique dans leur pays d’origine, les évangélisateurs contribuent aussi à la découverte des steppes du nord-ouest canadien et américain. Au milieu de quels dangers! Au prix de quelles fatigues! À chaque pas, la mort, qui les suit de son regard perçant, inlassable dans ses ruses, tourne autour du labyrinthe où ils errent. Elle les assiège de la crue des fleuves irrités, elle les épie dans la profondeur des gouffres où les cascades tombent en rugissant. Les forêts ferment la route, entrelaçant leurs chevelures, formant de noires murailles. Dans leurs profondeurs, au milieu des halliers obscurs, des draperies humides, oscillantes et visqueuses, pendent dans l’obscurité des nuits et tout un monde de reptiles sifflent dans les ténèbres; chaque feuille froissée exhale une plainte et une pupille méchante brille dans chaque tanière. Combien, nus, misérables, abandonnés, sèment ce Golgotha et. s’endorment du dernier sommeil!
De leur côté, les négociants concourent à augmenter l'influence politique de la France (1). L’échange des produits amène forcément l'échange des idées, le développement du bien-être. Civiliser un pays, c’est faire naître chez les habitants de ce pays des besoins nouveaux en leur procurant les moyens de les satisfaire. C’est, par exemple, inspirer à des peuplades le besoin de se vêtir, de se nourrir de façon plus saine et plus confortable, de se loger et de se meubler et leur fournir les moyens de satisfaire tous ces besoins. Or, c’est bien là le rôle des négociants qui créent des comptoirs dans le pays neuf. Et puis, d’entre les hommes venus pour vite s'enrichir et s’en retourner un grand nombre restent peu à peu captés par les charmes que versent nos climats. Il y vient, bien entendu, des oiseaux de proie, aux griffes rapaces; mais, dès les temps si durs de Pexploration et parmi les premiers transitaires, on voit des Français se laisser gagner par le sol qui a besoin d’eux. Ils ne se sauvent pas avec leur butin. Ils se différencient, en cela, des forbans et des corsaires qui, en ce même temps, désolent les mers, pillent et s’envolent insaisissables (2). Le
(1) V. À Bougainville, 3 RAQ 271.
(2) Sur les « picoreurs de mer », Lescarbot, III. 650.
Français, sobre et tenace, demeure attaché à sa proie, avec une sorte de rude tendresse, avec une jalousie qui, peu à peu, transforme sa cupidité (1).
Si les courses lointaines des missionnaires et des négociants ont l'effet de reculer les bornes du Canada, qui ne voit qu'elles sont impuissantes à elles seules à constituer en Etat les terres conquises, à limitation des pays d'Europe. Elles procèdent d’un principe trop spécial: le « trahit sua quemque voluptas. » & Chacun tend à ce qu'il aime », observe Marie de l'Incarnation (2) « les marchands à gagner de l'argent par la traite des castors et les Révérends Pères et nous à sauver des âmes ». Il est à souhaiter qu'une notion plus large que celle des comptoirs, plus humaine que celle d'une théocratie anime les esprits (3). Les populations devraient tendre au sédentarisme, d'où résultent la stabilité, la cohésion et l’industrie, sources de culture et d'amples horizons de vie, Mais elles n'y sont pas portées d'elles-mêmes; elles rouleront et n'amasseront mousse, aussi longtemps qu'une puissance extérieure ne les brimera, ne les maintiendra en laisse.
Cette puissance qui pratiquera l’adage: & Il vaut mieux tenir que courir », où la chercher, sinon dans l'Etal? Quel autre que lui est en mesure d'assumer la tâche immense qui se déclare? De fait, il offre ses bons oflices. Son génie ne tarde pas à découvrir l’étenduc du mal et le cautère spécifique. Le succès ne répond pas toujours à ses eMorts, mais nous commettrions un déni de justice que de l’accuser de ce chef de « n'avoir commis que des fautes » (4) dans la
(1) V. Lescarbot, I. 570: &« Quand chacun eut fait ses semailles, c'étoit un merveilleux plaisir de les voir croître et profiter chacun jour. si bien que ce commencement de bonne espérance nous faisait préque oublier notre pais originaire, » Et I. 585: &«.Ce nous estoit grand deuil d'abandonner ainsi une terre qui nous avoit produit de si beaux blez, et tant de beaux ornements de jardins...» Aussi M. de l'Incarnation, I. 467.