II
(3) Lescarbot, I. 13-14: « D'autres exposeraient volontiers leurs vies pour la conversion des peuples de delà. Mais il y faut au préalable établir la Republique. si l'on veut faire! quelque avancement par-delà (car sans la Republique l'Eglise ne peut être) et y envoyer des colonies Françoises.… »
(4) Gabriel Hanotaux, La France vivante en Amérique du Nord, p. 80. Paris, Hachette, 1912. — Dans le même sens, Rameau de Saint-Père, Uné colonie féodale en Amérique, p. 301.
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conduite de son entreprise coloniale, Il convient de distinguer entre la claire vision des problèmes, la rectitude des vouloirs et la grandeur des moyens.
Au moment où elle se met en frais d'informer le Canada, la France ne jouit pas d’une complète liberté de mouvement, ni d’un fonds d'énergie illimité (1). Le prince est sans cesse occupé à contenir une noblesse inquiète et puissante. La plupart des provinces qui composent la monarchie, se gouvernent pas des lois et des formes différentes, Tous les corps, tous les ordres ont des privilèges, ou toujours attaqués, ou toujours poussés à l’excès, La machine du gouvernement est compliquée. Pour la conduire, il faut manier une multitude de ressorts délicats. La nation négocie sans cesse avec le prince, N'est-il pas naturel que la fortune de la colonie suive les vicissitudes du royaume, progresse ou périclite avec lui?
Quels que soient les destins, c’est la gloire de la France d’avoir embrassé le problème de la colonisation dans sa plénitude (2). Immigration, fixation au sol par la répression des fugues, concentration des établissements et unité administrative, tel fut l’objet constant de sa politique canadienne. Elle ne négligea aucune ressource à sa portée pour la promouvoir. Concession de privilèges, gratifications, collation de titres de noblesse, elle stimula par tous ces appâts et ces récompenses l'énergie de ses sujets; elle mit elle-même directement la main aux mancherons de Ja charrue, à partir de 1663.
Durant le siècle consécutif à la découverte, le Roi a les mains liées. Son attention est retenue par des questions de politique intérieure; il. a à faire face tour à tour à la Ligue, à l'Espagne et à Ja Fronde. Avant tout, il doit consolider son trône. Il ne saurait songer à accomplir seul le grand œuvre de la colonisation. Au lieu d’en laisser peser les charges sur le budget, il faut faire appel au capital
(1) Lescarbot, I. 4: « Que si le saint desir de ces bons Roys n’a réussi: comme il seroit à désirer, il en faut attribuer le défaut partie à nous-mémes, qui sommes en trop bonne terre pour nous en éloigner, et nous donner de la peine pour les commoditez de la vie, après que la longueur de plusieurs centaines d’années nous a (faute d'exercice) affaineantis: partie aux guerres externes et civiles qui ont continuellement surfaissé la France, et retenu noz François dans leurs bornes. soit lorsque l'étranger fomentoit noz divisions, et nous liguait les uns contre les autres, pour à notre ruine établir sa grandeur. »
(2) Contra: Adam Shortt, Canada and Its Provinces, Toronto, 1914, t. IE 446 et 477, sous réserves, p. 403-404.
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privé. Mais le trafic à attendre au début, n’est pas suffisant pour rémunérer les capitaux engagés; le roi ajoute donc des concessions de terres, parfois aussi un monopole ou des privilèges pour certaines opérations commerciales. Longtemps même, il charge une compagnie d'assurer la sécurité, par l’organisation d’une force armée, et il lui donne une véritable délégation de la puissance souveraine, pour lever des droits et pour exercer la juridiction répressive et civile. Il hâte ainsi le développement de la colonie en faisant appel, pour la mise de fonds initiale, à des capitaux privés qui trouvent une rémunération dans l’exploitation des richesses du pays (1).
Naturellement, une fois cétte première mise de fonds faite, üil devient nécessaire de mettre un terme à des privilèges qui, étouffant la concurrence, finiraient par retarder le progès d’un colonie devenue accessible à la liberté des entreprises; c’est ce que le Roi fait sous une forme mitigée en 1627, en créant læ Compagnie des Cent Associés, et sous une forme absolue en 1663, alors qu’il est le seigneur incontesté de la France, que Versaillés se couvre de palais et que des flottes entières sortent des chantiers maritimes. À partir de février 1663, tous les droits de propriété, justice et seigneurie, que possédaient au Canada les Cent Associés formant la Compagnie de la Nouvelle-France sont considérés par Louis XIV comme réunis à la Cou- : ronne de France; et quelques prérogatives qu’il accorde, en terre canadienne, à la Compagnie des Indes occidentales, c’est lui qui règne là-bas désormais, par un gouverneur et un intendant; la Nouvelle-France est à certains égards, assimilée à une province (2) de France (3).
(1) En faveur de cette politique, V. Colson, Traité d'Economie politique, I, p. 114, et Jean Bodin, et Montchrétien, et Roscher et Girault, et Chaïlly-Bert et Pauliat.
(2) « Pays d'exception » (Reinch) et non pas « pays d'élection >» (Wrong).
(3) Sur la politique coloniale comparée de la France, de l'Angleterre, de l'Espagne et de la Hoïlande, consulter: Herrick (C.-A.), History of Commerce and Industrie, 195-200, 227-229, 236-241; Bourne (E.-G.), Spain in America, 202-242; Moses (B.), Spanish Rule in America, 203-312: Munro (W.-B.), The Seigneurial System in Canada, 101-158; 1d., Canada and British North America, 133-155.