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III. — CONCLUSIONS

Eclairée par ces vues préliminaires et d’ensemble, l’histoire industrielle du Canada, des origines à la domination anglaise, nous paraît se diviser logiquement en deux grandes périodes, l’indigénat ou l’économie naturelle, la colonisation ou l’économie d'échange.

L’éloignement dans le temps ne doit pas nous arrêter. Il faut aimer tous ceux qui sont nés sur ce sol et qui ont contribué à en faire un Etat. Les hommes de l’âge néolithique qui ont vécu entre les monts Apalaches et les blancheurs du pôle posaient déjà les assises du pays. Ils sont l’anneau premier d’une chaîne sans terme de générations. Nous leur devons une tendresse particulière, parce qu’ils ont combattu au bord des mêmes collines où s’est développée la longue lignée d'hommes dont le courage, les vertus et les défauts ont constitué le Canada. Aujourd’hui, le pauvre Indien, refoulé ou submergé, contemple, tel un panorama de rêve, les plaines que jadis ses pères ensanglantèrent de leurs pieds, il travaille et souffre en silence, mais imprègne un peu de sa tristesse le soleil impassible qui l’a abandonné. Et la nuit, l’engoulevent criard (notre bois-pourri) répète sans cesse la plainte des âmes des Peaux-Rouges morts dans les combats contre les Blancs (1).

D’entre les Européens, les administrateurs, auxquels va, et justement, notre admiration, auront une place à part; mais nous parlerons des humbles en même temps que des grands; c’est rendre à quiconque travaille Ia justice à laquelle il a droit, c’est nous habituer à ne mépriser aucune tâche et à ne jalouser aucune gloire. Le Canada n’a pas été informé seulement par le glaive de ses capitaines et la pensée de ses hommes d'Etat: il est aussi l’œuvre du dévouement infatigable, du travail silencieux, de labnégation héroïque de la foule obscure de ses plus modestes serviteurs. C’est avec incroyable peine et incroyable risque que les précurseurs dans le domaine pratique de notre existence nationale ont, avee des mobiles ou des buts différents, mais avec une égale obstination, semé la vie et le mouvement dans les solitudes où ne régnaient que le silence et Pabandon. Tenaces et laborieux, répétant mille fois la même besogne ignorée, ne

(r) Pour cette légende, voir Kalm, L.'114.

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se rebutant jamais, ils sont arrivés peu à peu à réunir les trésors anonymes qu'ils nous ont transmis et qui nous font relativement libres et opulents. Créateurs du « milieu », ils méritent, inconnus ou méconnus, d’apparaître comme les tisserands authentiques de lépopée industrielle canadienne. Forcément ils ont détruit une civilisation indigene qui, d’ailleurs, portait déjà des germes de mort; mais, en la remplaçant dès leurs premiers pas par une autre d’essence supérieure, ils nous ont incorporés, corps et âme, à l’histoire d'Europe, et du continent nouveau ont fait la prolongation de l’ancien, et la réserve de son avenir.

SECONDE PARTEE

L'activité économique

RERUER L’indigénat ou léconomie naturelle

L'activité économique, au Canada, a tout d’abord son centre dans la maison. L’Indigène ne poursuit, à l’origine, d’autre fin que la satisfaction de ses besoins propres et de ceux de sa famille. Les relations d'échange font défaut à l’intérieur des premières communautés nordaméricaines ou ne comptent pas (1). C’est seulement pour certains buts

(1) En effet, il ne faut pas être trop absolu. Les Peaux-Rouges font des échanges. Même, des tribus, telle celle du Petum ou des Cheveux Relevés (Champlain, 1830, Î. 357; Sagard, 78, 124, 101-102), y consacrent presque exclusivement leur activité. Mais ces échanges prennent une forme originale, la forme de présents mutuels (Lescarbot, I. 52), sans marchandage aucun (Lescarbot ,III. 885). [is soulignent ou symbolisent, comme l’expliquent une pantomine et une harangue, les intentions désintéressées et tout amicales du donateur. En voici un exemple: « Tous étant assemblés et chacun ayant pris sa place, le grand Iroquois se leva, et regarda premièrement le soleil, puis ayant jeté les yeux sur toute la compagnie, il prit un collier de porcelaine en sa main, et commença sa harangue d'une voix forte en ces termes : Ononthio, prète l'oreille à mes paroles, je suis la bouche de tout mon pays. Il se mit à chanter Après qu'il eut bien chanté, il dit que le présent qu'il tenait en la main remerciait M. le Gouverneur de ce qu'il avait sauvé la vie à Tokhiahenchiaron. Il en tira un autre, qu'il attacha au bras du sieur Couture (interprète) en disant tout-haut: C’est ce collier qui vous amène ce prisonnier. Le troisième témoignait que les présents que M. le Gouverneur avait donnés à l’Iroquois qu'il avait renvoyé, avaient été distribués aux nations qui leur sont alliées, pour arrêter leur colère Le quatrième collier était pour nous assurer que la pensée de leurs gens tués en guerre ne les touchait plus, et qu'ils mettraient leurs armes sous les pieds... Le cinquième présent fut donné pour nettoyer la rivière et en ôter les canots ennemis qui la pourraient troubler et empêcher la navigation. Le sixième pour aplanir les sauts et chutes d'eau. et avec ses mains et ses bras, il arrêtait ces torrents et les mettait à l’uni. Le huitième frayait tout le chemin qu'il faut faire par terre. Vous eussiez dit qu'il

agraires qu’intervient l’économie collective ou de la peuplade (Sagard, 133)

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