I1. — CAUSES PSYCHIQUES ET PHYSIQUES
Le défaut d'institutions qui consacrent les droits de propriété et de succession rend vaines les conventions d'échanges. L'état politique et religieux de sa nation ne lui permettant pas d’accumuler des richesses par la mise en vente sur le marché du surplus de son travail, l’Indien s’abstient de produire en superflu. « Des biens de ce monde, il ne fait compte » (2). Content de sa destinée, il n’éprouve pas nou plus de besoins artificiels. Le sentiment inquiet de sa propre faiblesse; cette lassitude de tout et de soi-même qu’on appelle ennui; le désir de fuir la solitude et de goûter au milieu des raffinements des villes la délicatesse des arts, ne troublent pas sa quiétude. Seule la nécessité brutale de se nourrir, comme de se protéger contre les intempéries des saisons et la malice de l’ennemi, constitue le moteur de son activité.
Encore ne ressent-il pas la pression de cette force au point de renoncer à sa vie indolente et à s’astreindre à déployer une activité régulière. Le Peau-Rouge n’est pas à l’heure; il suit le soleil et la saison de l’année. L’assiduité au labeur quotidien, fut-il du meilleur rapport, lui répugne. Seules les entreprises de combat et d'aventure exercent assez d’empire sur sa nature insouciante pour la tirer de la torpeur à laquelle il s’abandonne. Sa vie et sa gloire, c’est la chasse, jeu d’aristocrate (3).
La nature elle-même favorise son humeur vagabonde. Les forêts ne sont qu’un vaste repaire rempli d’une multitude de bêtes fauves. La disette du gibier règne-t-elle au midi, on dirige les battues vers le septentrion. Le Sauvage n’a pas de maisons bien fermées, ni de foyers commodes; mais les fourrures lui servent de toit, de vêtement et de
poêle.
(x) Sur les funérailles, Voir: Biard (VIII, 17-20); Champlain (1922), I. 40, (1830) I. 261, 303-305; Lescarbot, IL. 40, III. 067; Sagard, 233-234, ch. XXI (282 et suivants); relations de 1636 (VIII. 128-131) et de 1639 (X, 46, col. 1); — La Potherie, II. 43-45: Lafitau, IL. 388 et suivants; Charlevoix, III. 371-376; Ferland, I. 1o1, 102; — Lettres Edif, VI. 178-170.
(2) Lescarbot, I. 326. Voir aussi La Hontan, III, et Sagard: € Il n’a aucune passion pour les biens terrestres qu'il possède comme ne les possédant point ».
(3) Lescarbot, III. 860, 861, 873; — Marie de l'Incarnation, IL. 3, 306.
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Sa constitution physique même, douée de plus d’agilité que de vigueur, le rend plus propre à supporter les fatigues de la course que les peines du travail sédentaire. Une finesse de sens que tout cultive et rien n’émousse le prédispose à la vie nomade. Par la vue ou l’odorat, il découvre des vestiges sur le Jeune gazon, sur la terre sèche et dure, sur la pierre même; il distingue à la manière dont &?s figures sont imprimées, les traces des nations différentes, et ceux des hommes et des fermes. Sa mémoire topographique tient du prodige. Il suffit à ce peuple d’avoir été une seule fois dans un lieu pour en avoir une idée juste, qui ne s’efface jamais. Quelque vaste et peu battue qu'est la forêt, il la traverse sans s’égarer, et va déboucher précisément à l’endroit où il projetait de se rendre. Les fines modalités que revêtent les arbres et les buissons, suivant qu’ils exposent au nord ou au midi, lui üiennent lieu de boussole. Dans.le temps les plus nébuleux, il suit plusieurs jours le soleil sans se tromper (1).