IV. — ORGANISATION DE LA PRODUCTION
Les individus de l’un et l’autre sexe ne travaillent pas isolément, sauf si la nature de leur labeur ne se prête pas au concours des forces. Personne n’aime le travail ni le jeu solitaire. Le clan, c’est-à-dire la communauté des mâles ou des femelles, considérée en dehors des cadres de la famille, forme l’unité industrielle. Aïnsi les femmes choisissent, au printemps de chaque année, un chef de corporation. L’époque des semailles venue, l’équipe se rassemble, un matin, aux abords de la bourgade, pour de là gagner la campagne, où elle défonce le sol, puis l’ensemence. Elles ne procèdent pas différemment au temps de la récolte. De même les femmes font de concert, sous l’œil d’un contremaître, du bois de chauffage et le charroi des fagots.
(1) Voir Schoolcraft, Onéota, p. 82 et Longfellow, The Song of Hiawatha, «hant XIII, Blessing the Cornfeld.
(2) Voir Lévy-Bruhl (L.), Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, Paris, F. Alcan, 1910, p. 34, et Id., La Mentalité primitive, 1922, ch. KX, par. II, pp. 360-361. Aussi l’Ame primitive, du même auteur.
Les hommes recourent également chaque fois qu’ils le peuvent, à la coopération (1). Les chasses et les pêches poursuivies par des « partis >» nombreux rapportent plus de fruits. Importe-t-il de « lever » une cabane de quelque dimension, on convoque les jeunes gens de la bourgade, on leur sert un festin pour leur donner du courage, puis, en moins d’une couple de jours, l'édifice est debout. Les Canadiens s’inspireront de ce procédé pour ériger leurs constructions.
* Lorsque les deux clans tendent au même but, et que l’un devient solidaire de l’autre, le clan qui assume le rôle principal exerce aussi le commandement suprême. Ainsi dans les grandes chasses d’hiver, la corporation féminine se désagrège, et chaque femme se met au service de l’un ou l’autre des chasseurs. Inversement, dans la bourgade, les femmes dirigeant la production, les guerriers remplissent, séparément ou en corps, la fonction subalterne de sentinelles.
Sous la loi des clans, composés de sujets libres, vit une catégorie de producteurs moins avantagés: la classe des esclaves et des efféminés. Captifs épargnés à la mort précisément en vue d’être réduits en servitude, les esclaves font ce qu’il y a de plus dur et de plus vil dans tous les genres d'industries. D’aucuns finissent par gagner la confiance de leurs vainqueurs et ils sont adoptés comme des « frères ».
L'autre élément de la classe servile se recrute parmi les membres de la bourgade que la peur des fatigues'et des privations de la chasse ou de la guerre a induit à déserter le camp des hommes pour se vouer aux occupations féminines. Ils en sont punis par le dédain et le mépris de leurs congénères. Quand un homme, autre qu’un infirme, un vieillard, s’abaisse à cultiver les champs, il est banni, sauf chez les Hurons, de la société de ses semblables, est classé comme femme, et exclu des conseils de sa nation.