‹ Les Origines Économiques du CanadaChapitre 40 sur 149 · VI. — LA PÊCHE · texte numérisé non relu

VI. — LA PÊCHE

Le pêcheur, comme le chasseur, doit subir une préparation mysfique. « En chacune des cabanes de la pêche, il y a ordinairement un prédicateur qui a accoutumé de faire un sermon aux poissons. Il prêche tous les jours après souper, après avoir imposé silence, et fait ranger un chacun à sa place, couchés de leur long sur le dos. Il exhorte, il conjure les poissons d’avoir bon courage, de venir et de se laisser prendre, puisque c’est pour servir à de leurs amis, qui les honorent et ne brülent point leurs os » (4). On brûle aussi parfois, pour obtenir bonne pêche, du tabac, en prononçant des paroles caba-

(1) Marie de l'Incarnation, II. 306.

(2) Charlevoix, IT. 118; Perrot, 66; Champlain (1830), I. 353: Heckewelder, The Indians Nations (Trans. of the Amer. Phülisophical Soc, I. 240).

(3) Champlain (1830), I. 106, I. 235. — Lescarbot, III, liv. CACHET Sagard, ch. XIX,.

(4) Sagard, 257-250.

listiques. On en jette aussi dans la même intention à l'âme de l’eau, en la priant de remplir les rêts.

Les rites propitiatoires accomplis, on procède à la capture. Trois cents, quatre cents hommes, quelquefois y collaborent. Dans ce cas, les uns marchent le long des rivages, en tenant les extrémités d’un immense treillis fait de ceps de vigne, tandis que d’autres, munis de fourches, en soutiennent le milieu; on balaye ainsi le cours d’eau et on dirige les poissons vers une natte, d’où les canotiers les retirent sans peine. Par ce moyen, ils attrapent quelquefois plus d’un millier de truites ou de saumons en une dizaine d'heures.

Enfin, après la pêche, comme après la chasse, il est nécessaire de pacifier « l’esprit >» de la créature, de paralyser son ressentiment et de regagner son amitié: « Aussitôt qu'un esturgeon est pris, le péêcheur se met à chanter, et par ce chant il apaise l’animal qui se débat, et qui alors se laisse tuer » (1).

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