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VIII. — LES ARTS

L’Indien possède peu d'arts. Ses courses incessantes l’en éloignent, Si l’on met à part le travail des os et de la corne pour des objets de parure, de la paille et de l’osier pour la confection des paniers et des nattes, et du bois pour les rondaches ou boucliers, les toboggans et les ustensiles de cuisine, on peut appeler l’âge industriel de l’Indien, l’âge du cuir, de l’écorce et de la pierre.

L’Indien tanne admirablement les peaux. Et c’est heureux, car son accoutrement est tout de cuir, depuis le mocassin qui, épousant la forme du pied, le protège sans l’alourdir, contre les cailloux et les épines traitresses, depuis les guêtres à franges et la cape bigarrée de

(x) Lescarbot, III. 030.

(2) Id., TIL. 031. — Voir aussi Denys, Description, Il. 354, 308 (éd. de la Champlain Society, Toronto).

figures grotesques, jusqu'aux raquettes qui portent le chasseur sur les neiges profondes, et le carquois où se pressent, impatientes de bondir, des flèches empennées de plumes, de queues ou d'ailes. Ce cuir, l’Indien le décore par des procédés tinctoriaux. Sagard « prenait plaisir a voir les femmes peinturer leurs robes, et faire plusieurs autres petites jolivetés avec des pointes de porc-épic, teintes en rouge cramoisi » (1). L’Indien a la manie de se tatouer le corps et le visage, soit pour se reconnaître de loin, soit pour se rendre plus agréable dans lamour ou terrible à la guerre (2).

Il détache l’écorce avec une adresse consommée, découpant parfois un arbre entier en une seule pièce. Cet enduit, jeté sur une charpente de perches fichées en terre, mure la hutte, selon des contours qui rappellent, au gré du constructeur, la forme d’un tonneau ou d’un cône; une unique ouverture, pratiquée au sommet, fait fonction de fenêtre et d’issue à la fumée (3).

D’écorce on fabrique aussi le véhicule, le canot. Une membrure de bois résistant renforce le corps de l’esquif fait en facon de berceau large et ventru. Les bouts, étroits et relevés en bec d’aigle, ne coupent pas l’eau, et de ce fait restent parfaitement étanches. L’Européen qui ne pouvait s’imaginer qu’on se risquât dans de telles coquilles, même par un temps calme, fut ébahi de voir les aborigènes y affronter les tempêtes ou les cascades. La légèreté de la nacelle l'empêche de sombrer. Son poids plume facilite les « portages ». L’épaule ne plie pas

(x) Sagard, 47.

(2) Sur l'habillement, v. Lescarbot, III liv. 6, ch. 8, 11 et I. 202, LIT, 304. — Sagard, 101 et s., 207. — Champlain (1830), I, 111-112, 378-381, 120, 233.

Sur les armes, Sagard, 205-206 — La Potherie, Il, 157 — Lafitau, II, 106, 107. — Charlevoix, III. 238 — La Hontan, 02 — Perrot, 64. ;

Sur les mocassins, Marie de l’Incarnation, 1. 205 — sur les raquettes, Sagard, 104 — sur les « traînées > ou traines ou toboggans, Champlain (1830), (PAS

Sur l'utilisation du chanvre sauvage (apocyn chavrin), Champlain (1830), L r04-107, 380-381; Sagard, 131, 332; Kalm, L. 39, 114. ,

Sur le fait de se tatouer et de s'enduire le corps de peinture et d’huile, Champlain (1830), I, 95, 112. — Lescarbot, III. 812 ct lv. vr, ch. X — Sagard, 75, 161, 192. — Que le coureur de bois se tatouait, Bougainville, 3 RAQ 370. — De la matière et des plantes dont les Indiens tiraient ieur peinture et en quoi les Canadiens ont imité sur ce point les naturels, Kalm, IT. 12, 121, 122, 172.

(3) Sur les habitations des Sauvages, v. Champlain (1922), I. 105, (1830) I. 1112 372-374; —\Lescarbot, I. 37, IE 867; — Sagard, 63, 090-101, 115-121; — Marie de l’Incarnation, IL. 331; — La Hontan, 109.

sous ia charge d’une embareation propre à contenir cinq, six et même, ans certains cas, douze navigateurs (1).

Les arts, tant de la paix que de la guerre, mettent la pierre à rontribution. Les vulgaires cailloux servent, à l’état nature, aux fins de défense. Les habitants d’Hochelaga, dans la crainte d’une attaque de la part de Cartier, avaient empilé de ces grenades à l’intérieur des palissades. Deux pierres plates, mues l'une contre l’autre, écrasent le blé et le réduisent en poudre en vue de la consommation. Ces meules, rougies au feu et jetées dans la bouilloire à « sagamite » y dégagent la chaleur nécessaire à la cuisson. Mais on ne se contente pas d’user de pierres brutes. On en fragmente et polit, de manière à leur donner la forme des inoffensifs « calumets » (2), pipes néolitiques, ou encore le tranchant de la hache ou du ciseau, la masse du marteau ou du casse-tête. Les musées exposent une quantité de flèches triangulaires, de même matière, datant des jours antiques où l'arc était la seule arme à lancer des projectiles (3).

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